C. XXV, XX vi
Si le relâchement de quelques moines attirait à eux quelques-uns de ceux qui aimaient mieux qu'on flattât leurs plaies que de les guérir; la fermeté inexorable de plusieurs autres semblables à saint Nil et à saint Romuald , était un puissant attrait pour tous ceux qui ne croyaient pas que le salut éternel leur pût coûter trop cher, et qui attendaient des conseils plus sincères, plus sévères et plus désintéressés de ceux qui, renonçant à toutes lesillusions du siècle^ s'étaient eux-mêmes consacrés à une rigoureure pénitence.
IX. On sait assez que plusieurs paroisses avec leurs églises, ayant été assignées à des monastères pour leur fondation et pour l'entretien des religieux, les prêtres de ces paroisses relevaient des abbés. Tel était celui dont Loup, abbé de Ferrières, écrivait à l'archevêque de Sens. « Hic presbyter ex ecclesia sancti Pétri et nostra, etc. ( Epist. Lxxxii ). » Nous parlerons ailleurs plus au long de cette matière.
Tels étaient encore ces deux autres prêtres 3u curés , qui se résolurent à embrasser la vie "nonastique en quittant leurs Eglises ; l'archev^f]v.r d'*Fen«Gftre!'^n nf vonluf unipt ;^crf|»ler
leur démission , que l'abbé Loup ne M ett justifié par les canons que cela se pouvaitfaiit Ce savant abbé commença sa lettre par luipntester que la chose n'a vait jamais été seutemoi mise en doute.
« Vcstra prudentia relînquendi suos eistiblos copiam negavit faciuram , ut liberins et districliusinstitutionemB.BenedicfisequaiîtQr, nisi forte nostra parvitas auctoritatem robis depromat, absque vitio posse fieri. M taniebi nunquam in controversiam vocatum,velaudie rim, vel magistra lecUone compererim, etc. (Epist. XXIX). »
Il lui représente ensuite que J.-C. ayant ooffvié les laïques mêmes à la perfection des oodseils évangéliques, il n*était pas séant à un évêque d'en détourner les prêtres. « Abeaigitur perfectione quam Deus etiam laicis pro posuit , absit ut summoveat sacerdotes. » Qoe c'est Dieu même qui est l'auteur de Ja diffo/ation du mariage spirituel du pasteur et de soo Eglise, quand il l'appelle à un état de pto grande vertu : qu'il n'y a presque pointdcmonastère où on ne voie quelque curé qui sy est retiré, comme en un port assuré après les orages du siècle : « Jam vero de presb^em quid dicam, cum nuUum fere monachonira reperiatur monasterium, quo non tdiqoi eorum, sœculi tumultus déclinantes, concesserin t. » Que Tarchevêque de Sens Aldric setait résolu à rentrer dans sa première retraite du monastère de Ferrières, d'où il avai^ ^^ tiré, et Peut fait si la mort ne l'eût préienu; enfin que la règle de Saint-Benoît, à qui ^^^ Grégoire le Grand a donné de si grands clde si justes éloges, permet à J'abbé de recevoir des prêtres dans son monastère, ce qui es* ""* marque certaine que cette coaduiie n'est p^ro contraire aux canons : «Cum beatus Gregon"^ regulam Patris Benedicti approba*, eadern autem régula sacerdotes cum officio suscipiendos censet, etc. » .
X. Quant à l'article des évêques qui paf "^ du cloître à Tépiscopat, le pape Nicola',^^' vant à l'archevêque de Sens Egilon, l«' «^ bien connaître que le décret d'Innocent h q^^ nous venons de citer, n'avait encore rien ^ de sa vigueur, et qu'il devait joindre aup saint et au plus élevé ministère de ijî'K^ toutes les pratiques saintes et les ^^^^^ religieuses dont il avait fait aupaia^^ F fession dans son monastère. nnsituin
(cTiMim Mr^^tert'M, frateroariPSi'^^.P'^P^
ALLIANCE DE L'ÉTAT MONASTIQUE AVEC LE CLERGE
ibserva^ et qui diu in monasterio moratus es, 1 pristino Toto diverterc noii. Quod enim diu .A bumili babitu custodisti, profeclo indecens îst, in poiiori positus dimi<eris ordine, hoc .psum saQclaquoque Scriplura^veneraDdisque decretis plenîter edoceaûbus (ConciL Gall., tom. III, p. 373). s>
Charlemagoe reuouyela le même décret d'Ianocent dans ses capitulaires : a Item in 'decretis Innocentii papœ, ut monachus si ad clericatum provebatur, propositum monacbics professionis non amittat (Capitulare, L i, c. 27), »
XI. Saint Rembert, malgré toutes ses résistances^ ayant été élu archevêque de Brème dès le jour de la mort de saint Anscharius, son prédécesseur, il ne crut pas, après sa consécration même, être dispensé du vœu qu'il avait fiait d'entrer en religion aussitôt après le déccs de saint Anscharius, sous la discipline duquel il avait été élevé. Les évêques mêmes qui rayaient consacré jugèrent qu'il devait accomplir ' son vœu ; il ne perdit pas un moment de temps et il alla faire profession dans le monastère de ' Corbie, en Allemagne^ promettant à Dieu Tobéissance, la conversion des mœurs et la stabilité, selon la règle de saint Benoit, autant que ces saints exercices seraient compatibles avec les travaux et les occupations de Fépiscopat.
« Tenebatur jam olim Rembertus veto ejusmodi obstrictus, ut post sancti Anscbarii obitum, mox et propositum et habitum monasticum amplecteretur. Quamobrem communicato cum ponliQcibus qui ipsum consecratant consiliOy statim ut ordinatus fuit, ad novae Corbeiae monasterium properans^ illius professionis habitum ex toto suscepit. Conversationis autem illius professionem ila fecit, ut obedientiam, et conversionem morum^ et stabiiitatem sccundum regulam sancti Benedicti exbiberet, quàtenus labores et occupaliones suscepti episcopatus permitterent (Surius, die 4 Febr., c. i). »
Eq effet, il prit un religieux avec lui^ dans son évêché^ pour apprendre de lui les exercices saints de la vie religieuse. Ce qui mérite une atientioD particulière dans cet exemple, c'est la dislinction que cet évêque fit entre Thabit et les exercices de la vie monastique. Pour rhabit, il le prit constamment pour ne jamais le quitter : « Uiius professionis habitum ex toto suscepit; » mais^ pour les exercices, il ne
s'y engagea qu'avec ce tempérament nécessaire, en tant qu'ils ne seraient point incompatibles avec les fonctions de Tépiscopat.
Je rapporterai ailleurs la lettre du pape Innocent 111, où il donne la même résolution de ce cas et oblige l'évêque d'aller accomplir son vœu de religion.
Saint Bernard^ évoque d'Hildesheim^ se voyant près de flnir la sainte et illustre carrière de son épiscopat, voulut prendre Fhabit monastique dans une chapelle, dans laquelle il se fit porter peu de temps après, pour quitter le monde dans le même lieu où il y avait renoncé : a Tactus infirmitate ullima, cum adesse exitus sui horam sensisset^ in eamdem capellam se ferri praecepit, justum esse asserens^ ibidem vitœ terminum sortiri,ubi sœculi abrenuntiationis habitu se contigisset insigniri (Surius, die 20 Nov.^ c. xi.ui; 1 1 De gestis Ponlif.^ Angl.). »
Guillaume de Malmesbury raconte comment Odon, évêque de Wilton, en Angleterre, refusa autant qu'il lui fut possible rarchevéché de Cantorbéry, sur ce que l'on n'en avait encore jamais élu qui ne fût moine : a NuUum enim ad id tempus, nisi monachili schemate indutum, archiepiscopum sedisse. » Enfln^ Odon fut forcé par le roi et par les évêques d'accepter cette prélature; mais, sans perdre un moment, il passa la mer, vint faire la profession monastique à Fleury, et repassa en Angleterre pour gouverner son archevêché : « Transite mari apud Floriacum mouachilia accepit, frugi homo et prudens^ ut nec favorem civium rideret, nec priscam consuetudinem decoloraret. »
XIL Ces exemples font voir que tous ces saints prélats étaient bien persuadés que Tépiscopat, qui est un état de la plus haute perfection, n'a rien d'incompatible avec la profession que les religieux font de la perfection des conseils évangéliques.
Le saint prêtre et martyr d'Espagne Eulogius était encore bien persuadé de l'excellence de cet admirable mélange de la Tie cléricale avec les exercices du cloître, lui qui, sans avoir jamais fait profession du monachisme, en pratiqua toutes les vertus, alliant toutes les austérités monastiques aux divines fonctions du sacerdoce.
« Ita clericatum agens proprium, ut regularem ordinem non dimitleret alienum : ita monachis adhaerens, ut monachus probaretur :
DES CONGRÉGATIONS. - CHAPITRE DIX-SEPTIËME
ita in clero degens, ut monachus videretur, utrobique aptus adcurrens, et utrarumque professiones unus sufQcientissime complens : currebat sœpius ad cœnobiorum sacratissimos grèges. Sed ne proprium ordiuem contemnere putaretur, ad clerum itenim remeabat : in quo dum aliquod tempus persisteret, ne virtus animi curis sœcularibus eneryaretur, iterum monasleria repetebat (SuriuSi die ii Marlii^ c. m). »
XIII. Si nous passons en Orient, nous y trouverons une alliance incomparablement plus étroite entre ces deux professions saintes. Les patriarches et les évêques étaient ordinairement tirés d'entre les moines, et il y a une infinité d'exemples de ceux qui sont rentrés dans le cloître pour y finir encore plus saintement une sainte carrière.
Le patriarche Paul, à qui Taraise succéda, s'était retiré dans un monastère et y avait pris rhabit de la religion : a In numerum monachorum se retulit, mutato amiclu (Vita Tarasii Suri.^ men. Febr., die 25, c. v). »
Le patriarche Ignace était moine; mais Tau* teur de sa vie, Nicétas, assure que le scélérat et infâme Photius, qui le détrôna, de laïque qu'il était, se fit lui-même patriarche^ prenant tous les ordres en l'espace de six jours : le premier jour il se fit moine, le second lecteur, le troisième sous-diacre, le quatrième diacre, le cinquième prêtre, et le sixième évêque et patriarche : a Prima die monachus ex laico, secundo lector, etc. »
Ce seul exemple ne suffit point pour persuader, que tous les évêques orientaux fissent la même profession religieuse avant que d'être ordonnés évêques, afin de s'engager à une éternelle continence, à laquelle les autres ecclésiastiques et les prêtres inême ne s'obligeaient pas. La seule consécration de Tépisco* l)at était assez suffisante pour imposer aux évêques la loi d'une inviolable chasteté.
Il y avait de la difiérence entre les évêques qui passaient du cloître sur le trône de l'Eglise et ceux qui n'avaient jamais fait profession. Le concile VIII général (Can. xxvii) les distingue lorsqu'il ordonne- à ceux-ci de n'user du pallium que dans les temps et les lieux déterminés pour cela : et qu'il commande à ceuxrlà de conserver dans l'épiscopat le même habit qu'ils ont reçu et qu'ils ont porté étant moines, et de joindre à cet habit de sainteté toute la régularité de vie qui doit raccompagner.
a lilos autem qui reverenter moDadtte& vitam Bectati sunt, episcopalem meruerant^ norem, conservare schéma et amictaiDiD»
chicorum indumentorum , et ipsam bain vitam decernimus , et nullus omniiw bé& potestatem deponere jam dictum setoaa.
proptcr typhum et arrogantem voluotabm»
per hoc inveniatur propriorum trausjiTsss pactorum. »
Ce concile ne crut pas qu'un religieux qa^ appelait à la dignité épîscopale, pût ojnâR les pratiques saintes de la religion, ou en q# ter l'habit, sans se rendre coupable d'uoeTS' ni té et d'une présomption indigne de ce diable état, et sans devenir prévaricateor 4 vœux et des saintes promesses qu'il ayail M» à Dieu.
Il n'est donc pas véritable que toos lésé* ques commençassent leur ordinafioD f» « faire moines. Photius en usa artifideuseniefll de la sorte , pour rendre plus pardonnsHeh précipitation inouïe avec laquelle 0 reee^ tous les saints ordres.
On n'exigeait pas des moines les m*«w intervalles entre les ordres sacrés, go't» *• mandait aux laïques. On supposait une Iwp» course dans les austérités de l$T^len}0^ tique, et on jugeait qu'elle pouvait comp^ ce qui manquait aux interstices des orànS' Ainsi ce que Photius faisait, ne fonniif»^ que pour un déguisement, et unemion^
forme à son génie.