XV. Après ces deux manières de couronne
et de tonsure, qui n'ont pas été approuvées, il en reste deux qui ont mérité d'être attribuées l'une à saint Pierre et à l'église d'Occident, l'autre à saint Paul et à l'Eglise Orientale. Quant à cette attribution, il y a toutes les apparences du monde qu'elle n'est provenue que de la maxime de saint Jérôme, qui veut bien que chaque Eglise mette ses anciennes pratiques au rang des traditions apostoliques. En effet, dès que l'antiquité d'un usage est telle qu'on en a oublié le commencement, on se laisse insensiblement aller à la créance, qu'elle a pris naissance avec l'Eglise même, de ceux-là même qui ont donné commencement à chaque Eglise. Grégoire de Tours attribue aussi à saint Pierre la première institution de la couronne, ou de la tonsure comme nous le dirons dans le chapitre suivant.
XVI. Enfin l'abbé Céolfrid a remarqué que non-seulement les clercs, mais les moines aussi doivent porter la tonsure de saint Pierre, avec un cercle de cheveux qui fait comme leur couronne ou leur diadème. Cela s'était donc déjà introduit dans l'Angleterre ; car il est certain que ce n'était pas la coutume des religieux d'Espagne. Les conciles de Tolède n'ont donné de couronne qu'aux clercs, ils ont donné aux religieux la tonsure seulement de même qu'aux pénitents; saint Isidore l'a dit en termes formels dans sa règle ; et il l'a assuré, encore plus clairement quand il a dit que la couronne marquait la royauté du sacerdoce de l'Eglise. Ce n'est donc qu'aux clercs qu'il a donné la couronne.
XVII. Mais cette pratique de couronner d'un tour de cheveux la tête des moines, est apparemment venue de ce que dans ce même temps les religieux entrèrent presque tous dans la cléricature, surtout en Angleterre, où les successeurs d'Augustin et de ses confrères furent presque tous religieux aussi bien qu'eux, et ayant été les prédicateurs et les Pères de l'Eglise anglicane, ils firent un très-saint et trèsavantageux mélange de la profession monastique et de la cléricature. Aussi nous allons voir qu'en ces mêmes vi*, vn^ et vui* siècles la tonsure monacale était souvent donnée au lieu de la cléricale ; pour entrer dans le clergé, on commençait par se faire moine, les moines étaient appelés clercs, et la profession monastique suffisait pour faire l'office de lecteur dans l'église.
Au reste, si nous disons que la coutume de
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE
raser la tête a passé des moines aux clercs^ et que celle de laisser un tour de cheyeux a passé des clercs aux moiaes, comme nous le dirons
encore dans le chapitre suivant , il est ikiblo qu'en cela il n'y a nulle contrariété.