DU PALLTOM DEPUIS L'AN MIL
considéré le pallium comme la plénitude et la consommation de l'honneur et du rang qu'ils possèdent et l'ayant recherché avec tant de passion qu'ils l'ont enfln tous obtenu , ils se sont abstenus eux-mêmes de toutes les fonctions métropolitaines , jusqu'à ce qu'ils eussent reçu le pallium: et d'une longue coutume ils se sont fait une loi.
YII. Il se pourrait faire que cette coutume eût passé de l'Orient dans lOccident, puisque le concile VIII œcuménique (Can. xvii) suppose que tous les métropolitains ont reçu la consommation de leur dignité, ou par l'imposition des mains de leur patriarche, ou par le pallium qu'ils ont reçu de lui.
<K Tam in seniore et noya Roma , quam in sede Antiochiae et Hierosolymorum priscam consuetudinem decernit in omnibus conservari, ita ut earum praesules metropolitanorum uni- Yersorum , qui ab ipsis promoventur^ et sive per manus impositionem, sive per pallii dationem, episcopalis dignitatisaccipiuntûrmitatem, habeant potesta^em, etc. >
Comme la consécration des métropolitains semblait appartenir aux patriarches, de même que celle des évéques était réservée aux métropolitains, ce canon semble insinuer que les patriarches grecâ ne pouvant pas consacrer en personne tous les métropolitains de leur ressort^ ils envoyaient le pallium à ceux qu ils ne consacraient pas, comme une marque de la supériorité de celui qui l'envoyait, et delà dépendance de celui qui le recevait.
Dans l'Occident le pape n'avait jamais pensé à se réserver l'ordination de tous les métropolitains; le pallium n'avait été introduit qu'environ l'an cinq cent, et n'avait été d'abord communiqué qu'à un très-petit nombre d'archevêques, que le pape honorait du vicariat apostolique. Ce fut environ le temps du VHP concile que tous les métropolitains l'impétrèrent et, conformémeot àcecanon, ils donnèrent cours eux-mêmes à cette coutume de ne le point prévenir par aucune fonction de leur ministère.
VIII. En eflét si le pallium est la marque de la plénitude de la puissance pontificale^ c'est une suite comme naturelle de ne point exercer cette puissance, sans en avoir reçu les marques glorieuses, qui en sont comme l'investiture. D'ailleurs Taucienne loi étant, comme nous l'avons appris du grand saint Grégoire^ que le pallium ne se donnât qu'après de pressantes
instances, lorsque les archcTêques en turent si passionnés qu'ils l'impétrèrent tous, ils auraient eu mauvaise grâce de demander avec empressement les marques d'une dignité qu'ils auraient déjà exercée.
C'est sur ces principes que raisonnait le pape Léon IX (Epist. iv), quand il écrivait que l'archevêque de Carthage était le seul qui ordonnât des évéques en Afrique, parce qu'il était aussi le seul qui reçût le pallium de Rome, a Solus pallium in Africa ab Apostolica Sede habere solet, unde et episcopos consecrandi principale et antiquum jus retinet. »
Alexandre II (Epist. iv), marque aussi la nécessité de porter le pallium en conférant les ordres, et en consacrant les églises, a Quoties ordinationem vel consecrationem ecclesiarum celebramus. b
Grégoire VII défendit à l'archeTêque de Rouen d'ordonner des évéques ou des pré-» tres^ et de dédier des églises avant que d'avoir reçu le pallium , le blâmant d'avoir négligé de rendre cette déférence aux anciens statuts de l'Eglise. « Quia sanctorum Patrum statuta parvipendisti, nullum deinceps episcopum, vel sacerdotem ordinare, seu ecclesias pnesumas consecrare^ donec honoris tui supplementum, pallii videlicet usum, ab bac sede impetraveris (L. ix^ epist. d). d
Cette sentence rigoureuse^ en apparence, est pourtant pleine de douceur, si l'on a égard au décret soit de Damase, soit de Pelage, qui était alors en crédit par le monde, et qui privait de leur dignité les archevêques qui tardaient plus de trois mois après leur ordination de demander le pallium. Ce pape cite ce décret sans en nommer l'auteur.
Pascal II écrivit à l'archevêque de Pologne que la coutume de l'Eglise universelle ne permettait pas aux métropolitains de consacrer des évéques, ou assembler des conciles, avant que d'avoir été ornés des marques de cette su « prême autorité, a In pallio plénitude conceditur pontificalis officii, quia juxta Sedis Apostolicae et totius Ecclesiœ consuetudinem, ante acceptum pallium metropolitanis minime licet, aut episcopos consecrare^ aut synodes celebrare (Baron., an. 1102^ n. 8, 9). »
Ce même pape avait mandé à l'archevêque de Palerme que la nécessité de prendre le pallium de dessus le corps de l'apôtre saint Pierre, ne tendait qu'à affermir tous les plus illustres membres de l'Eglise dans une union très-
iiO DU SEœND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE CINQUANTE-SEPTIÈME;
étroite ayec leur chef, ce qui n'est jamais plus nécessaire que dans l'exécution des plus éminentes fonctions de la sacriflcature. « Cum a Sede Apostolica vestrœ insignia dignitatis exigitis, qus a R. lantum Pétri corpore assumuntur; justum est ut yos quoque Sedi ApostolicaB subjectionis debitae signa solyatis^ quae vos cum beato Petro, tanquara membra de membro hœrere^ et catholici capitis unitatem serrare déclarent, b Cela regarde le serment dont nous parlerons plus bas.
IX. n n'y a donc rien ni de nouveau, ni de surprenant dans les décrétales d'Innocent III (Extra de Elect., c. xivin), qui interdisent toutes les fonctions pontificales aux métropolitains avant la réception du pallium, puisque ce n'est qu'une confirmation des décrets de ses prédécesseurs, depuis plus de trois cents ans, fondés sur la coutume universelle de l'Eglise. Mais il est bon de remarquer la manière dont ce pape se démêle d'une difficulté assez embarra&h santé : pourquoi Tarchevêque ne peut pas sans pallium faire les fonctions pontificales qui lui sont communes avec les évéques, et que tous les archevêques exerçaient librement avant que l'usage du pallium leur fût communiqué.
Ce pape dit que quoique ces fonctions lui soient communes avec les évéques, il les exerce néanmoins comme archevêque, a Cum id non tanquam simplex episcopus, sed tanquam archiepiscopus facere videatur. » C'est-à-dire, qu'un archevêque ne peut jamais se dépouiller de la gloire et de la majesté qui l'environne, et qui dans le ministère épiscopal le rehausse audessus des évêques, comme l'évêque exerce les fonctions mêmes de la prêtrise avec une éminence et avec des marques de supériorité qui le relèvent au-dessus des prêtres.
Ceux qui ne seront pas satisfaits de cette raison, pourront s'arrêter à celle-ci qui est plus historique, et qui a été touchée ci-devant : savoir que ce furent ou les patriarches, qui ont autorisé cette preuve de leur autorité sur les métropolitains, en les obligeant de recevoir d'eux ou la consécration ou le pallium, de même que les métropolitains se sont maintenus dans le droit d'ordonner les évêques, ou de leur donner des ordonnateurs ; ou que ce furent les archevêques mêmes qui introduisirent cet usage, qui a passé en loi au temps qu'ils avaient tant d'ardeur pour le pallium.
Enfin s'il est vrai, comme il faut le présumer, que ces archevêques demandaient cet orne-
ment avec les mêmes seniiments de piété et de religion que saint Grégoire le Grand le donnait, comme il est indubitable que saint Lanfranc , saint Anselme , saint Elpheg , saint Halachie, saint Charles et tant d'autres l'ont demandé, il ne faut pas s'étonner s'ils l'ont attendu avec patience, et s'ils ont cependant suspendu tout leur ministère pontifical.
X. Venons au dernier article qui regarde l'usage du pallium dans l'Eglise grecque. On doute s'il 7 était réservé aux métropolitains» aussi bien que dans l'Eglise latine.
Innocent IH, réglant les droits des quatre patriarches orientaux dans le concile général de Latran en l'an 1215, use de termes ambigus qui nous laissent dans la même incertitude. 11 y ordonne que ces quatre grands patriarches ayant reçu le pallium du pape, le pourront ensuite donner à leurs suffragants. a Et ipsi suis suiTraganeis pallium largiantur (Extra C. Antiqua. De purgatione canonica). a Ce terme de suffragants s'applique plus ordinairement aux évêques qui relèvent d'un métropolitain. Hais quelle apparence y a-t-il que ce pape et ce concile ne répande le privilège du pallium que sur les évêques suffragants immédiats des patriarches? Il faut donc comprendre les métropolitains sous ce terme de suffragants.
La question est de savoir si les évêques y sont aussi compris. Ce pape si savant aurait-il exclu les évêques de la signification d'un terme, qui à la rigueur n'appartient qu'à eux seuls ? D'autre part il n'y a pas peu de difficulté de croire que ce pape, toujours zélé pour les pratiques universelles de l'Eglise latine, ait si facilement relâché un point d*une aussi grande conséquence, que de rendre tous les évéques d'Orient participants du pallium, qu'on avait à peine accordé à tous les métropolitains de l'Occident, après les efforts réitérés de plusieurs siècles.
Quelqu'un pourrait s'imaginer avec quelque vraisemblance que ce pape affecta adroitement des termes à deux sens, afin de ne pas abandonner ouvertement la pratique des Latins, qui réserve cet avantage aux métropolitains, et ne point aussi approuver Tusage des Grecs, qui en font part à tous les évêques, à ce que prétendent des gens fort savants.
XI. Le canon du ViU^ concile général, qui a été touché ci-dessus (Can. xiv), ne fait mention que des archevêques qui reçoivent ou la consécration, ou le pallium des patriarches. Le
DU PALUUM DEPUIS L'AN UIL.
fit
canon ixtii de ce même concile défend aux évêques qui ont reçu Thonneur du pallium de le porter hors du temps et des lieux qu'on doit en user, a Ita ut quibus concessum est palliis nti, temporibus certis, in iisdem temporibus et locis iis induantur, et tanto ac tali non abutantur amictu propter typhum, etc. »
Ce canon se trouve même dans rédition grecque de ce concile. Ainsi on ne peut douter que parmi les Grecs mêmes, Tusage du pallium ne fût limité, aussi bien que parmi les Latins, à certains jours et à certaines cérémonies d'une plus grande solennité. Ces termes mêmes rob;
dpiOcrraç ttucçopcîv intméivouç, « dcsignatos ad SUpcr-
humeralia gestanda episcopi, » semblent insinuer que tous les évêques ne jouissaient pas de cet avantage. Démétrius Choraaténus déclare qu'on ne doit porter le pallium qu'aux fêtes de Pâques, de la Pentecôte et de Noël.
Hais d'autre part Luitprand rapporte que le patriarche de Constantinople n'ayant pu porter le pallium jusqu'à son temps, qu'avec la permission du pape : a Scimus, imo videmus Constantinopolitanum episcopum pallio non uti, nisi sancti Patris nostri permissu (Baron, an. 934), » l'empereur romain, après avoir élevé à cette dignité son fils Théophylacte, obtint du pape Jean XII un privilège qui permettait aux évêques de Constantinople de porter à l'avenir le pallium sans demander la permission du Saint-Siège, «t Effecit ut pap© nomine Tbeopbylacto litter» mitterentur, quarum autoritate tum ipse, tum successores absque pa|)arum permissu palliis uterentur. » Si d'un côté les patriarches de Constantinople s'affranchi-
rent de cette servitude, les évêques aussi d'autre part obtinrent en même temps le pallium, et s'égalèrent en quelque façon à leurs métropolitains. 0 Ex quo turpi commercio vituperandus mos inolevit, ut non solum patriarchs, sed etiam episcopi totius Grœciœ palliis utantur. Quod quam absurdum sit, censere opus non est. »
Voilà le récit de Luitprand, évêque de Crémone, qui avait été lui-même ambassadeur à Constantinople dix ou douze ans après (An. 946), et qui y fut encore envoyé avec la même qualité une seconde fois (An. 968). D'où il résulte que sur le témoignage de cet évêque, qui ne peut être suspect ni d'ignorance, ni de mauvaise foi, nous pouvons dire qu'anciennement le pallium avait été affecté aux seuls métropolitains dans la Grèce même, mais qu'ensuite tous les évêques l'usurpèrent. C'est peut-être le moyen d'accommoder ce différent, qui partage les savants.
Au reste, le pallium des Grecs, quoiqu'un peu différent de celui des Latins, n'est pourtant qu'une bande ornée de croix qui entoure les épaules et prend sur l'estomac, comme si c'était un collier sacré. Hais quelque privilège qu'eût obtenu le patriarche de Constantinople, il est certain que les patriarches latins de tout l'Orient demandèrent toujours le pallium. Innocent 111 nous l'a fait voir ci-dessus, et avant lui, sous Innocent II, en 1136, Rodolphe, patriarche d'Antioche, vint quitter à Rome le pallium qu'il avait pris de sa propre autorité, pour en recevoir un autre du pape. C'est ce que Baronius rapporte de Guillaume de Tyr (!)•
(1) D'après to cardinal Baronlo (ad annom 336), la PhrygiMm, qni est un ornement brodé et marqué de croix, est un insigne spécial au ■oaTeraIn ponufe, comme symbole de la plénitude de la puissance et de l'honneur. Les papes l'ont quelquefois accordé à des métropolitains, comme pour atieeter qu'ils étaient leurs lieutenants. C'est ce que fit le pape saint CélesUn, dit-il, à saint Cynlle d'Alexandrie, Pourquoi, demande le savant cardinal, le Phrygium^ qui est brodé avec des croix, s'appelle-t-il bien souvent Pallium ^ quoique sa forme soit bien dilTérento et beaucoup plus petite que celle des manteaux ordinaires T Je l'ignore. On peut conjecturer cependant que de même que le Grand-Prétre des Hébreux portait un riche super* bornerai, que les autres prêtres n'avaient pas le droit de revêtir, de même les souverains pontifes de la loi nouvelle usèrent de l'ornement que nous apnelons Pallium, en souvenir du superhuméral. On l'appela aussi Pkrygium, parce qu'il était brodé à la mode phrygienne, avec des croix. Les premiers pontifes, en offiant le saint sacrifice, étaient vêtus d'une espèce de manteau brodé, que plus tard nous avons appelé chasuble. Or, il a pu advenir insensiblement que le manteau devenant moins ample, la broderie ou le Pkrygium se changeât en ornement distinct qui, quoique très-étroit, conservât le nom du tout, c'est-à-dire Pallium, Primitivement, le vêtement qui couvrait les épaules et les bandelettes de l'ornement de la tête se réunissaient ensemble et formaient à proprement parler le PaUium pontifical* Plus tard et insensiblement on sépara les broderies de la tiare ou de la mitre, Phryyium miiTm, des broderies étroites qui cgnabioèfeot le Pallium ccmme insigne spécial de la pléoiiode da
sacerdoce. Ce qni démontra qoe cet oraement a tov^jours exprimé cette idée, c'est que dans toutes les peintures ou sculptures des catacombes olk l'image de saint Pierre est représentée, on le voit toujours recevant les symboliques clefs sur son manteau PaUium, de la main du divin Rédempteur. Ainsi, en définitive, le manteau de saint Pierre est l'origine ▼éritable du Pallium des souverains pontifes, pour exprimer leur toute-puissance, Pallium qu'ils ont ensuite accordé k tous les métropolitains. Les premiers successeurs du saint apêtre conservèrent religieusement la forme de son manteau. Mais peu à peu on y ajouta des bordures de couleur blandie entremêlées de croix brodées. Le savant Blancbini nous apprend que l'on trouve sur les plus anciennes moeaSqoes de Rome, celles du Vf siècle, dea papes avec cette riche bordure du manteau , réunie autour des épaules et descendant jusqu'aux pieds, e Par» osro, ■ ajoute-tpil, c ejusdem integumenti seu pallii ad occiput reflexa, qu« constituebat capitium sacerdotale, cum ornaretur eadem phrygiata iÎMcia, retinuit idem omamentum phrygii etiam quando capitium a pallio sejunctum constitait mitram quam dicimus preiiosam : rctioeute etiam pallio in ora anteriori ex collo et humeris ad pedes descendente eumdem phrygiatum limbum, sub quo ad oscula principum sanctuarif exdpienda manum porrigit hierarca summus. Fsscia vero crucibus phrygiata, quœ amoveri ac removeri facilius poraet, in sacro mioisierio supra humeros et pectus sptata fuit, eaque retinuit nomen PALLII, eut aptabatur, et indtcationem maximas potestatis in munere sacerdotii f non secus ac LATICLAVIUM, insigne potesUiis prsssldis provuKàanim et magistxaiuum miyoi um apud Romanoa, par eadam tain«