‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 59 sur 297 · DU PALLIUM DEPUIS L'AN MIL · texte numérisé non relu

DU PALLIUM DEPUIS L'AN MIL

il célébrait la messe (An. 1071^ Eadm., Novor., L i^ vita LaDfr., c. xu). Longtemps ayant Lanfranc, saint Elplieg, archevêque de Cantorbéry, était allé à Ronie demander le pallium: a Cum iter versus Romam pro pallio habendo arriperety etc. Accepto a papa pallio, etc. » Ce sont les termes d'Osbert, dans la vie de ce saint prélat (An. i006^ apud Surium, die 19 april.).

Grégoire VII fit savoir à Tévêque de Vérone que c'était une loi de ses prédécesseurs : a Antecessorum nostrorum decrevit autoritas, nisi prœsenti personse pallium non esse concedendum (Gregor. VU, 1. 1, ep. xxiv, 1. ix, ep. i, xx). » Ce pape blâma fort Tarcbevêque de Rouen de trop différer de venir prendre le pallium à Rome, a Non credimus te ignorare, quam districte Patrum censura in eos judicandum sta* tuerit^ qui post consecrationem suam per très continues menses pallium oblinere tepuerint. d Il menaça Lanfranc de suspension, s*il n'allait recevoir le pallium à Rome. Saint Fulbert, dans sa lettre xlviii^ assure Tarchevêque de Tours qu'il doit différer les exercices de son ministère, s'il a différé par sa négligence de demander le pallium.

Pierre Damien justifia à TimpératriCe Agnès, épouse de l'empereur Henri II, le refus qu'on lui faisait d'envoyer le pallium à l'archevêque de Mayence, sur ce que l'ancienne tradition ordonnait, que les métropolitains vinssent recevoir la consommation de leur dignité dans le lieu même où en est la source, a Pontifices ex antiquae traditionis usa ad apostolorum debent limina properare, et hoc sine quo metropolitani esse non possunt, signum consummandae suse dignitatis accipere (L. yu, epist. iv). »

Il est hors de doute que le pallium a été sou* vent envoyé dans les provinces, mais ce savant cardinal répond que c'est parce qu'il y avait alors des légats du Saint-Siège qui examinaient les métropolitains avant que de leur donner le pallium, et recevaient d'eux les protestations de leur union avec le Saint-Siège apostolique, a Legati vice papee eos examinabant. d Témoin Syagrius, évêque d'Autun, qui ne reçut cette dignité qu'après avoir été examiné par l'apocrisiaire Candide : « Nisi Candidumqui apocrisarii fungebatur offlcio, adiret, sicque accipiens palh'um, dignam in legato suc Romano ponti^ flci reverentiam exhiberet. i»

Enfin , Pierre Damien cite la décrétale du pape Damase, qui dépouilla de leur dignité les

archevêques qui tarderaient plus de trois mois après leur ordination, de faire leur profession de foi et de demander le pallium au pape, ce Papa Damasus hoc decrevit, ut quisquis metropolitanorum ultra très menses post ordinationem suam Romano Pontiflci ûdem suam exponere, et pallium flagitare distulerit, commissa careat dignitate. b

V. Saint Anselme, successeur de saint Lan* franc dans le siège de Cantorbéry, nous apprend par son propre exemple, combien cette police était alors nécessaire pour la conservation de l'inviolable unité de l'Eglise.

Le roi d'Angleterre s'étant déclaré pour l'antipape Guibert contre Urbain 11 (An. 1034), et ne pouvant souffrir que ce saint prélat eût d'autres sentiments que les siens dans une matière d'aussi grande conséquence, ne voulut point lui permettre d'aller à Rome, pour y demander le pallium. a Pro stola sui archieplscopatus eundi Romam ad papam Urbanum, licentiam humiliter petiit (Baronius, an. 1095, n. 57). » Le roi envoya lui-même demander le pallium à Rome, on le lui envoya dans l'espérance de le gagner; Anselme le reçut ayant les pieds nus, et vêtu ponlificalement. a Venienti et sacrum insigne in vase argenteo deferenti, ab archiepiscopo nudipede, sed sacerdotalibus vestimentis induto occursum (Eadmer., Novor., 1. II). » Voilà ce qu'en dit Eadmer dans sa vie.

Il dit ailleurs qu'Anselme reçut le pallium, non pas des mains du roi, mais en le prenant de dessus l'autel. La même chose se voit dans les lettres de saint Anselme, dans Tune desquelles il reconnaît, que s'il passait la première année de son épiscopat sans aller à Rome et sans demander le pallium, il mériterait d'en être déposé : a Si metropolitanus sacratus episcopus per totum primum annum, nec papam viventem, nec pallium requiro, juste ab ipso honore reraovendus sum (Anselm., 1. ni, ep. XXIV ; 1. IV, ep. ii). b Dans une autre, il prie le pape d'envoyer le pallium à l'archevêque d'York, qui désirait beaucoup d'aller le recevoir à Rome, mais le roi et les princes s'opposaient à ce voyage.

Le roi d'Angleterre ayant laissé vaquer le siège de Cantorbéry l'espace de cinq ans après la mort de saint Anselme, par des raisons basses d'intérêt et d'avarice , enfin Radulphe fut élu , qui était déjà évêque de Rochester. Le chapitre de Cantorbéry pria le pape Pascal II d'agréer cette translation , et d'envoyer le pal-

lium à Radulphe , dans une nécessité si pressante de son Eglise^ outre les infirmités corporelles dont il était accablé. « Ipsemet tanta corporis imbecillitate gravatur^ ut non sine magno periculo sui , et detrimento omnium nostrum yaleat boc tempore Yestigiis vestris se prœsentare (Post. Ep. cciv. Paschalis II).»

Iycs, évéquede Chartres, écrivit au pape pour le même sujet, rassurant que Radulphe avait résolu d'aller adorer les tombeaux des apôtres, selon les canons , mais que ni sa santi languissante^ lii l'état de FEglise d'Angleterre ne le lui permettaient point, et qu'il n'y eut jamais une plus juste cause de dispense. « Hic in propria persona Sedem Apostolicam visitare^ secundum majorum instiluia deliberavit^ sed eum partim corporis débilitas impedivit, partim, etc. Cum aliqua dispensatione subveniatis languenti Ec^ clesiae, et propter necessitatem, etc. (An. 1114, Ivo Epist. cgl). »

Quelque fréquentes que fussent les occasions d'une légitime dispense , on ne laissait pas d'aller en personne à Rome pour le pallium. Thibaud, abbé du Bec^ ayant été élu archevêque de Cantorbéry en 1138, s'en alla luimême recevoir le pallium de la main du pape.

Ce fut dans le même temps que saint Halachie fit le voyage de Rome, pour obtenir le pallium à son Eglise et à une nouvelle métropole, a Maxime quod metropolicae sedi deerat adhuc , et defuerat ab initio pallii usus , quod est plenitudo honoris (Anno 1138. Hatth. Paris). B C'est ainsi qu'en parle saint Bernard dans la vie de ce saint. Guillaume de Tyr assure en la même année, que les archevêques de Tyr allaient en personne demander le pallium à Rome, c More prsdecessorum suorum. »

Saint Thomas de Cantorbéry n'avait garde d'aller demander le pallium , lui qui résistait avec tant de fermeté à la violence qu'on lui faisait pour le faire archevêque (Baronius, an. 1162, n. 21). Le pape Alexandre 111 lui envoya le pallium de Montpellier, où il était alors^ au rapport de Jean de Salisbury (Baron., an. 1127, n. 91).

Les légats du même Alexandre III, portèrent en Danemark le pallium pour l'archevêché de Luden, au saint évêque de Roschild Absalon, avec de terribles menaces d'excommunication s'il persistait à s'opposer à l'élection unanime qu'on avait faite de lui , pour remplir le premier siège du royaume, a 0 novam et inaudi-

tam curis muniflcentiam I Recufanti pallium ingestum est, insignequequod |ietentibus œgre pnestari potest, repugnanti violenter imprimilur. » Voilà ce qu'en dit Saxon le gram* mairien (Saxo Grammat., 1. xiv).

Il est aisé de conclure que l'impossibilité d'aller recevoir le pallium à Rome a été si fréquente^et que les dispenses ont été si souvent nécessaires, que cette loi ecclésiastique a été presque abolie dans les deux siècles même , où l'on a témoigné plus de zèle pour la faire observer. En effet, le fondement de cette loi n'était établi que sur une prétendue décrétale que Gratien et Ives rapportent comme du pape Pelage (D. 100) et Innocent 111 après eux, mais dont Burchard^ Anselme et la Pannormie font le pape Damase auteur.

Les correcteurs romains du décret ont remarqué cette diversité , et nous ont fait justement conjecturer que c'est plutôt une supposition du faux Isidore. Aussi dans tout le titre, c De usu et autoritate Pallii » des décrétales grégoriennes , il n'y a pas un seul mot qui tende àobligerles métropolitainsd'aller demander eux-mêmes le pallium à Rome , quoiqu'il y soit marqué qu'un métropolitain ne peut prêter le sien à un autre , ni le laisser à son successeur, mais qu'il doit être enterré avec celui qui en a été orné.

Roger (Anno 1070) racontecomme Stigard fût chargé, entre autres crimes , quand on le déposa , d'avoir usé du pallium de l'archevêque Robert, sur qui il avait usurpé le siège de Cantorbéry.

VI. Je viens au troisième point qui est le plus délicat , c'est-à-dire , à la défense de consacrer des évêques, ou de célébrer des conciles avant que d'avoir reçu le pallium.

Nicolas I*' assure, dans sa réponse aux Bulgares, que c'était une coutume reçue parmi toutes les nations de la chrétienté, a Archiepiscopum episcopi simul congregati constituant: sane intérim in throno non sedentem, et praeter corpus Christi non consecrantem , priusquam pallium a Sede Romana recipiat : sicut Galliaruni omnes et Germanise etaliarum regionum archiepiscopi agere comprobantur (Cap. Lxxni). »

On ne peut pas dire que ce pape en ait fait une loi. C'est un simple témoignage qu'il rend de ce qui se pratique par tout le monde.

Il y a en effet toutes les apparences possibles que ce furent les archevêques mêmes qui, ayant

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