X. Preuves qu'il y en avait aussi dans l'Occident
XL EzpUcalion des terme&grecs qui signifient la tonsure.
I. Etienne II étant à Cressy, en France^ prononça analhème contre les clercs et les moines
DE LA TONSURE ET DE LA COURONNE
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qtii portaient les cheveux trop longs, o Ut nullus clericus, aut monachus comam laxare prœsumat, aut anathemasit (Concil. GaU., t. ii, p. 17. Can. xviu). » Les moines et les clercs étaient donc simplement tonsurés, c'est-à-dire qu'ils afaient les che-veux courts. Ce qui parait encore par le concile de Hayence de Tan 813 (Can. xxui). a Ut sive in canonico, sive in monachico ordine nuUus tondeatur sine légitima œtate. » Un clerc était diocésain de Tévêque qui lui avait coupé les cheveux : a Nostra in parœcia instruclus et detonsus (Ibid . pag. 666, 667). »
La même tonsure était en usage parmi les Grecs, d'où vient que le pape Nicolas !•', répondant aux invectives des Grecs^ leur oppose qu'eux-mêmes tonsurèrent d'abord un laïque et le firent patriarche : a Ex laico subito tonsoram ac monachum factum, ad episcopatus apicem provehant (Epist. lxx). »
' Celte tonsure qui était propre aux clercs et aux moines parmi les Grecs, était bien différente de celle de ces laïques dont il est parlé duns une lettre d'Adrien I" à Cbarlemagne^ où il lui raconte comment Arichise^ duc de Bénévent^ s'est mis sous la protection de l'empereur de Constant] nople, et a promis de conformer ses habits et ses cheveux à la mode des Crées : a Promittens se sub imperatoris ditione f uturum, Qt Grscorum vestitu, atque tonsura usuTum (Ibid., p. 202). s
Les Lombards et leurs sujets avaient aussi ufie mode particulière de porter les cheveux. îfim vient que lorsqu'ils rentrèrent dans l'obéissance du pape Adrien I^, ils coupèrent leurs cheveux à la façon des Romains : a In fide pontificis jurantes^ more Romanorum tonsurati sunty etc. Post prœstitum sacramentum omnes more Romanorum tonsurati sunt. »
Les Lombards laissaient croître leurs cheveux sans'bomes^ les Romains ne leur laissaient qu'une longueur médiocre, les ecclésiastiques les avaient tort courts.
II. 11 est encore remarquable, dans les textes que je viens de citer, que la tonsure des clercs et des moines était la même. Aussi, dès qu'on se faisait moine, la même tonsure était suffisante pour la cléricature. Aoastase, bibliothécaire, dit que le prince Carloman reçut la cléricature du pape Zacharie, à Rome, et se retira ensuite dans un monastère, où il promit de persévérer jusqu'à la mort. « Atque in spécial! habitu se fore respondens pcimansurum^ de-
ricatus jugum a pontifice suscepit, etc. Profectus est in monasterium^ in que et finire vitam jure professus est jurando. »
Rachis, roi des Lombards^ reçut du même pape l'habit de religion avec la cléricature : a Accepta a sanctissimo papa oralione, clericusque effectus^ monachico indutus est habitu. » Etienne lY, étant encore jeune, avait été clerc et moine en même temps dans le monastère de saint Chrysogone, à Rome : « In monasterio sancti Chrysogoni clericus atque monachus est effeclus. d
En effet, puisque les abbés, qui étaient prêtres et qui avaient été bénis par Tévêque, pouvaient créer des lecteurs dans leurs monastères, ils pouvaient à plus forte raison donner la tonsure cléricale à leurs religieux en les recevant dans leur monastère. Mais comme tous les moines étaient tonsurés comme moines, et que tous les moines n'étaient pas lecteurs, il faut reconnaître au moins après le VIP concile une couronne ou une tonsure cléricale entre les moines mêmes, différente de la monacale.
III. Les moines rasèrent enfin leurs cheveux aussi bien que leur barbe, mais cela leur tenait lieu de la tonsure cléricale. Le chapitre général des abbés, sous Louis le Débonnaire, régla les jours que les moines se feraient raser, a Ut in quadragesima nisi in sabbato sancto non radantur; in alio autem tempore semel per XV dies radantur, et in octavis Paschse (Capit. Carol. Hag., add. 1. 1, c. 6). »
Réginon ne laisse pas de confondre cette tonsure monastique avec la cléricale : a Clericus quem progenitores tradiderunt monasterio, et in Ecclesia legit, nec uxorem ducere nec monasterium deserere poterit. Sed si discesserit, reducatur. Si tonsuram dimiserit, rursum tondeatur (In Append. u, c. 37). »
Hincmar est dans le même sentiment quand il parle de la pénitence du prince Pépin : « Reconciliatus tonsuram clericalem accipiat, ethabitum monasticum recipiat, etc. (Tom. ii,
On pourrait même douter si les ecclésiastiques de la Grèce ne rasaient point aussi tout à fait leur tête, au lieu que les Latins n'en rasaient que le sommet, et laissaient le reste couvert de cheveux, afin de pouvoir faire le divin service la tête nue, et non pas la tète couverte d'un drap, comme les Grecs étaient obligés de faire, pour défendre leur tête rasée
contre la violence du fipoîd. Ce que le moîne Ratram semble nous apprendre, en répondant aux reproches des Grecs contre les Latins.
a Hinc igitur considèrent clerici, qui barbas quidem nutrientes, at yero caput penitus capiliis omni ex parte nudant, vel vim frigorîs vel caloris ferre non valentes, vel potius hujusmodi deturpationem habitus, utcumque celare volentes, capita ves(e cooperiunt, an contra praeceptum Apostolicum venire cornprobentur. Siquidem negare non possunt, contra sententiam Pauli se facere^ dicentis, Omnis vir orans velato capite^ deturpat caput suum (L. lY, c. 5). »
IV. Hais quant aux Latins, le même Ratram assure que s'ils rasaient leur barbe, ils se contentaient de porter leurs cheveux courts, n'en rasant que le plus haut, et laissant modestement croître le reste en forme de couronne^ afin de représenter le diadème royal du sacerdoce de Jésus-Christ dont ils sont revêtus, par ce cercle de cheveux, et la tiare pontificale par la partie de la tête qui est rasée.
« Hune morem sequentes clerici Romanorum, sive cunctarum fere per Occidentem Ecclesîarum, barbas radunt et capita tondent^ accipientes formam, tam ab eis qui in veteri Testamento Nazarsi dicebaotur, quam ab eis qui in novo Testamento talia fecisse leguntur. Sed non penitus capillis capita nudant, verum pro parte^ significantes tali schemate, tam regale decus, quam insigne sacerdotale. Siquidem regibus decus est proprium coronas capite ferre. Ponlifices autem in templo tiaras capite portabant. Et tiara quidem hemisphaerii gerit similitudinem, corona vero circuli gerens figuram, caput assolet ambire. Loquitur Petms^ vos autem genus electum, regale sacerdotium. Quod signiflcare volentes^ clerici Romanorum sive Latinorum, in verlicis nudatione, tiara similitudinem figurant, per quam sacerdotale decus insinuant. Porro reliquapars capillorum caput ambiens, neque tamen verticem contingens^ speciem coronas reprœseniat^ qua regalis dignitas ostentatur. Sic utraque bac specie regale sacerdotium designatur. o
Enfln il ajoute que non-seulement l'histoire fait foi que plusieurs d'entre les apôtres et les disciples eurent la barbe rasée , mais que les images mêmes de saint Pierre rendaient le même témoignage, le représentant toujours avec la barbe rase.