‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 92 sur 297 · X. Des vigiles du samedi au dimanche · texte numérisé non relu

X. Des vigiles du samedi au dimanche

XI. Preuves que les fidèles, les clercs, les religieux qui n'avaient pat assisté aux heures canoniales de l'église, tes récitaient en pa(nicuher.

I. Après les devoirs importants et universels des ecclésiastiques, qui ooncernent leur tonsure et leur habit; le chant et les offices de l'Eglise sont le sujet qui se présente à traiter, comme le plus lié à celui dont nous avons parlé ci-dessus^ et comme contenant la première et

la plus essentielle obligation des clercs et des bénéflciers, qui est de chanter ou réciter tous les jours les louanges de Dieu*

Le but de ce discours sera : 1^ d'exposer les preuves de Tobligation constante des clercs à réciter les heures canoniales; ^ d'entrelacer les particularités les plus remarquables des origines de tout l'office divin.

Comme elles sont puisées dans les conciles et dans les écrits des saints Pères, elles poitT'ront inspirer plus d'estime et plus de vé* nération pour cet office vraiment divin : et ainsi ces origines mêmes pourront passer pour autant de preuves de la même obligation.

Commençons par la pratique de TEglise d*Orient à ce si\jet.

L'auteur des constitutions apostoliques ordonne aux fidèles de prier le matin , Theure de tierce, à sexte^ à none^ à vêpres et au chant du coq : aPrecationes facite mane tertîa^ sexta^ nona, vespere, atque ad galli cantum (L. viii, c. 34). n Le matin pour rendre grâces au Père des lumières , qui fait luire le jour. A tierce^ parce que c'est l'heure que Vautour de la jus-

tice fut oondamné à mort. A sexte, parce qu'il fut mis en croix à midi. A l'heure de none, parce que l'auteur de la vie expira. Au soir^ pour remercier Fauteur du repos. Au chant du coq, parce que le retour du jour appelle les enfants de lumière au travail et à l'œuvre du salut étemel.

Si révèque ne peut assembler les fidèles à Téglise cause des persécutions , il les assemblera dans quelque maison : a Si ad ecclesiam prodire non licuerit, propter infideles^congregabis, episcope, in domo aliqua. » Mais si l'on ne peut s'assembler ni dans l'église , ni dans aucune maison, chaque fidèle s'acquittera en particulier de ce pieux devoir, ou l'on se joindra deux ou trois ensemble : a Quod si neque in domo, neque in ecclesia congregari poterunt, psallat sibi unusquisque, légat, oret : vel duo simul, aut très. Ubi enim fuerint, inquit Dominus, duo aut très congregati in nomine meo, ibi sum in medio eorum. »

IL Ce peu de paroles renferme tout ce que nous avons à développer et à établir dans les deux ou trois chapitres suivants, où nous ferons voir : l"" que depuis la naissance de l'Eglise il y a eu un office divin^ composé à peu près des mêmes heures^ des mêmes psaumes^ des mêmes lectures spirituelles qu'à présent; 2" qu'on l'a chanté ou récité publiquement dans lès églises ou dans les oratoires particuliers, quand on a eu la liberté de s'y assembler ; 3"" que cette obligation regardait particulièrement les ecclésiastiques qui devaient présider à ces assemblées et à ces prières publiques avec l'évêque ; 4"* que les fidèles étaient autrefois aussi compris dans la même obligation de piété , puisque cette constitution apostolique est adressée à tous les fidèles en général ; b"* que si l'on ne pouvait s'assembler pour les offices divins , ni dans l'église , ni dans une maison particulière ; chacun était obligé de faire les mêmes prières en secret.

Ce sont là les points les plus importants à l'éclaircissement desquels nous ferons plus d'attention dans la discussion des Pères , des conciles et des historiens , qui peuvent nous faire comme la chaîne d'une tradition fidèle et non interrompue*

III. Eusèbe poussant sa prétention sur les Esséens et recherchant curieusement dans toute leur discipline toutes les ressemblances qu'elle pouvait avoir avec celle des chrétiens , n'a pas oublié le chant des psaumes , tout semblable

à celui des chrétiens en Orient, a Cum unus quispiam modulate ac decenter psalmum cancre exorsus fuerit, caeteri cum silentio auscultantes^extremasduntaxathymnorumpartes concinunt ( L. u, c. 17 ). »

Socrate dit que saint Ignace , qui fut le troisième évêque d'Antioche après saint Pierre , eut une vision des anges , qui chantaient à deux chœurs les louanges de la Trinité adorable et qu'il institua ensuite la même manière de chanter dans l'Eglise d'Antioche, dont toutes les autres églises furent depuis les imitatrices ( L. VI, c. 8. )

Ce récit de Socrate n'a pas paru appuyé sur des fondements assez solides.

Saint Augustin nous assure que le chant des offices divins dans l'église se peut justifier par l'exemple du Fils de Dieu même et de ses Apôtres , dont la psalmodie a été attestée dans les lettres saintes. Voici les paroles de saint Augustin : a Maxime illud quod de Scripturis defendi potest, sicut de hymnis et psalmis canendis, cum et ipsius Domini et Apostolorum habeamus documenta et exempta et prœcepta (Ep. cxix, ci 8). »

Le Fils de Dieu ayant donc chanté des hymnes et des psaumes avec ses Apôtres , et saint Paul ayant si souvent parlé du chant spirituel des psaumes, il est fort apparent que ce fut là le commencement du chant dans l'Eglise de la Palestine, où Ton était accoutumé à la psalmodie du temple de Salomon, et ensuite dans toute l'Eglise Orientale. Ce fondement est bien plus solide que la vision de saint Ignace sur le rapport de Socrate.

Le même saint Augustin nous apprend en un autre endroit que dans l'Eglise d'Alexandrie on chantait les psaumes d'une voix si unie et avec tant de simplicité, que c'était presque lire plutôt que chanter, et le chantre pouvait passer plutôt pour un lecteur que pour un chantre. Saint Athanase même avait confirmé cet usage. « Quod de Alexandrino episcopo Athanasio sœpe mihi dictum commemini, qui tam modico fiexu vocis faciebat sonare lectorem psalmi, ul pronuntiaati vicinior esset, quam canenti ( Confess., 1. x, c. 33 ). »

IV. C'est donc la vérité qu'on a chanté les psaumes dans l'Eglise dès sa naissance, aussi bien que dans le temple de Jérusalem , mais qu'il n'y avait qu'un chantre qui consacrât sa voix à cette divine mélodie, tout le reste du peuple et du clergé même priant en silence, et

DU CHANT ET DE LA RÉCITATION DES OFFICES DIVINS

chantant dans son cœur les mêmes cantiques , jusqu'à ce que le chant fût permis au reste du clergé et au peuple par des occasions extraordinaires, que nous rapporterons dans ce chapitre et le suivant. Alors on commença à chanter à deux chœurs^ et pour donner plus de vénération à une cérémonie si sainte et si auguste , on voulut lui donner aussi de Tantiquité et du merveilleux par la vision dont parle Socrate.

Le peuple ne chantait point dans le temple^ mais les chantres seuls que David avait formés pour cela, ou leurs successeurs. Le peuple ne pouvait encore avoir appris le psautier^ ni tout le clergé méme^ dans les premiers commencements. Eusèbe a cru faire une peinture des chrétiens, en représentant l'assemblée des Esséens , où un seul chantait, les autres écoutaient (Ensebius, L vu, c. 30). Saint Athanase ne faisait chanter qu'un chantre, ou qu'un lecteur à la fois,

La lettre synodale du concile d*Antioche, où Paul de Samosate fut condanmé, dit que ce prélat impie et audacieux , par une insolence inouïe, avait aboli les psaumes^ qu*on chantait auparavant dans TEglise, pour y faire chanter des cantiques à sa louange. Cela est bien plus faisable, si un seul, ou plusieurs successivement les uns après les autres^ faisaient la fonction de chantres.

Voilà quelles étaient les psalmodies^ qu'Eusèbe dit avoir été rétablies, avec tous les autres ornements de l'Eglise, quand Constantin lui eût donné la liberté.

V. Il est vrai que Justin, ipartyr, ne décrit dans sa seconde Apologie, que la messe que l'on célébrait le Dimanche; il y parle de la lecture des écritures, et des prières qu'on y fait, mais il ne dit rien du chant. Cette Apologie n'élait pas un lieu propre pour y faire un dénombrement de tous les articles de la piété, et de la discipline de l'Eglise.

Les canons apostoliques font mention des cbautres : ainsi ils supposent le chant des offices divins tels que nous les avons rapportés des cooslitutions apostoliques.

Le concile de Laodicée (Can. xv, xvi, xvii) ne veut pas que personne chante dans l'Eglise, si ce n'est les chantres ordonnés pour cela : wvoytxGi 4^mi. Cela montre, que non-seulement le peuple, mais le reste du clergé même, ne chantait point encore , quoiqu'il assistât aux offices. Le même concilia ordonne qu'on lise

révangile le samedi, avec les autres livres de TEcriture. Dans TEglise d'Orient on fêlait le samedi comme le Dimanche. Nous ne lisons encore le livre des évangiles que les Dimanches et les Fêtes. On ne le lit point dans Tofflee férial. Il ordonne encore qu'cm ne chantera point les psaumes de suite , mais qu'après chaque psaume on fera quelque lecture. On voulait par cette diversité réveiller Tattention.

Comme la lecture ne se faisait que par les lecteurs^ ainsi les chantres seuls étaient chargés du chant; tous les autres, soit fidèles, soit clercs, écoutant et adorant en silence. La même coutume nous est demeurée d'entrecouper le chant des psaumes par la lecture des livres saints.

Enfin, ce concile (Can. ux) défend de chanter d'autres psaumes , et de lire d^autres livres, que ceux du vieux et du nouveau Testament. Ainsi on n'y mêlait point encore ni d'hymnes, ni de vies de Saints, ni d'homélies des Pères. La liturgie de none et de yêpres , dont parle ce même concile (Can. xviii, xix), est apparenmient la messe qui se disait tantôt à l'heure de none, tantôt au soir.

VI. La police sainte des solitaires nous donnera quelque lumière , pour mieux comprendre celle de l'Eglise dans ses offices. Car ces admirables enfants de cette divine mère lui rendirent avec usure ce qu'ils avaient emprunté d'elle : Us furent d'abord ses disciples ; mais elle fit gloire après cela de les suivre et de les imiter.

Denys le Petit, dans la version latine qu'il a faite de la vie de saint Pacôme , dit que ce saint solitaire apprit, par une vision du ciel , qu'il fallait prescrire à ses religieux douze prières pendant le jour , autant le soir , autant la nuit; et ce saint jugeant que c'était peu, l'ange lui répondit, qu'il fallait s'accommoder aux faibles ; mais que les parfaits priaient sans interruption dans leurs cellules, et y goûtaient en paix les saintes délices de la contemplation.

Sozomène parle des disciples de saint Pacôme , au nombre de treize cents ; et des autres moines jusqu'au nombre de sept mille, qui chantaient douze psaumes la nuit, autant le matin, autant le soir (Sozom., 1. m, c. 13). L'office férial de la nuit contient encore le même nombre de psaumes , les quatre petites heures du jour autant, et les vêpres, avec les compiles, environ autant.

Hais il faut entendre Cassien, qui a excellemment bien développé cette histoire , et toutes ses circonstances, il raconte donc, que les moines de la Tliébaïde et de l'Egypte étant partagés sur le nombre des psaumes qu'on devait chanter à Tofflce divin , un ange revêtu de leur habit, leur apparut au commencement de l'office, chanta onze psaumes qu'on interrompit par autant de ces prières courtes et ferventes^ qu'on appelle Oraisons^ ou collectes; et ayant après cela chanté encore un douzième psaume, et l'ayant conclu par un Alléluia^ il disparut. Il ne fallut pas d'autre décision de leur différend. Mais il faut rapporter les paroles propres de Cassien : elles nous apprendront des particularités très-considérables.

aUnusin médium psalmos Domino cantaturus exurgit. Cumque sedentibus cxmctis , ut est moris nunc usque in iEgypti partibus , et in psallentis verba omni cordis intentione deflxis, undecim psalmos orationum interjectione distinctes^ contiguis versibus parili pronuntiatione cantasset , duodecimum sub AUeluia responsione consummans, qusestioni pariter et cœremoniis finem imposuit (Cassian. De Can. Noct. Orat., 1. ii, c. 5, 6). »

Cassien ajoute, qu'on chanta depuis douze psaumes aux offices de la nuit et des vêpres , a Tam in vespertinis, quam in nocturnis conventiculis ; » on fit ensuite une addition extraordinaire et libre pour ceux qui auraient un désir plus ardent d'imprimer dans leur cœur et dans leur mémoire leâ saintes Ecritures. Cette addition fut de deux leçons, l'une de r Ancien^ et l'autre du Nouveau Testament; si ce n'est qu'au samedi on les prenait toutes deux du Nouveau Testament , l'une de saint Paul^ ou des Actes , l'autre des Evangiles : ce qui se pratiquait aussi depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte, parce que c'étaient comme autant de jours de Fêtes.

VU. Nous remarquerons sur ce fidèle rapport de Cassien^ à la sainte curiosité duquel rien n'avait échappé de toutes les coutumes des monastères de l'Orient et de l'Egypte , que les psaumes étaient chantés par un seul chantre , tous les autres écoutant et priant avec une extrême attention.

Comme l'Eglise était plus ancienne dé plus de trois cents ans que l'état monastique , ainsi que nous le ferons voir dans un des chapitres suivants^ il est évident que les moines avaient imité en cela l'Eglise où un seul chantre psal-

modiait et tout le reste du peuple et du clergé unissait sa voix pour le chant du Gloria PxUri; et dans les monastères , à la fin de chaque psaume, le supérieur disait une collecte.

C'est ce que Cassien dit dans la suite , qu'à la fin de chaque psaume ils se levaient tous ensemble , priaient mentalement en peu de temps , puis se jetaient tout à coup à genoux pour adorer Dieu , et s'étant aussitôt relevés, le supérieur disait la collecte, a Antequam fiectant genua , paulisper orant stantes, post base puncto brevissimo procidentes humi , velut adorantes tantum divinamclementiam, summa velocitate consurgunt, ac rursus erecti expansis manibus^ etc. Cum is qui orationem coUectiirus est, e terra surrexit , omnes pariter eriguntur (Ibid.y c. vu). » Voilà d'où vient le mot de collecte.

Cassien remarque qu'on affectait la brièveté dans ces oraisons mentales , afin qu'elles fassent plus ferventes et moins sujettes aux distractions; que l'on interrompait les psaumes qui étaient \m peu longs par ces prières mentaies, et si les jeunes chantres continuaient un trop grand nombre de versets , l'ancien du chœur faisait un signe et on se levait pour prier Dieu en esprit.

Cet auteur remarque enfin qu'on partageait ces douze psaumes en sorte qu'un religieux en chantât six et un autre autant , ou bien [que trois en chantassent chacun quatre, ou quatre chacun trois, afin qu'il n'y en eût jamais moins de deux , ni plus de quatre^ qui chantassent a Quantalibet multitude convenerit, nunquam amplius psallant in synaxi, quam quatuor fratrès. 9

VIII. La plupart de ces usages sont encore en vigueur : l'office férial des douze psaumes , d'être assis ou debout , ou les uns assis et les autres debout , d'affecter les lectures du Nouveau Testament aux jours de Fêtes ou du Dimanche, de finir et d'interrompre la psalmodie et la lecture par des brièves prières mentales , par des génuflexions et par les oraisons ou collectes; enfin^ de couper les psaumes qui sont trop longs et en interrompre le chant.

On peut croire qu'au lieu de l'oraison mentale à laquelle la lie du peuple avait peu de disposition , on a substitué en quelques endroits rOraison Dominicale, laquelle se dit ordinairement tout bas^ ou la doxologie , c'est-à-dire l'hymne faite en Thonneur de la sainte Trinité. U ne faut pas oublier ce que dit Cassien^ que

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ri ces saints solitaires d*Egypte étaient assis , Bumillimis sedibus insidentes ( Ibid., c. xii), pendant que Fun d'eux étant debout psalmodiait ; c'était par une nécessité inévitable de se reposer, parce qu'ils avaient employé toute la journée au travail des mains , et qu'après l'office fini ils se retiraient dans leurs cellules et eontinuaient les prières jusqu'au jour , faisant saecéder à la prière le travail manuel. « Idem rursus orationum officium, velut peculiare sar crificium studiosius célébrant, donee nocturno operi ac meditationi operatio diuma succédât, b Le peu de sommeil qu'ils prenaient avait précédé l'office de la nuit.

IX. Le même Cassien assure que les moines d'Egypte ne s'assemblaient dans l'Eglise que pour l'office de la nuit et de vêpres ; si ce n'est le samedi et le dimanche qu'ils s'assemblaient à l'heure de tierce, pour la messe et pour la communion. Aux autres jours de la semaine, ils ne faisaient aucune distinction d'heures ; mais durant tout le jour ils s'occupaient de leur travail, en chantant, lisant et méditant l'Ecriture.

Au contraire, les monastères de la Palestine, de la Mésopotamie et de tout l'Orient, distinguaient les heures de tierce, sexte et none, chantaient trois psaumes à chacune et passaient alternativement de la prière au travail, et du travail à la prière : < Supradictarum horarum solemnitates trinis psalmis quotidie finiuntur, ita ut necessaria operationis officia spiritualibus obsequiis nuUatenus valeant impediri (De Canonic, diurnarum Orationum et Psalm. modo. L. m, c. 2, 3, 4). »

Cassien ajoute que l'heure de prime fut ajoutée de son temps dans les monastères des Gaules, et qu'on y assigna trois psaumes et les collectes : « Tribus psalnûs et orationibus celebratis. » Il l'appelle : « Matutina canonica fuDctio, B ce qui pourrait la faire prendre pour les laudes qu'on chante au matin; aussi dit*il qu'elle se célébrait avant le soleil levé : alJsque ad solis ortum , quo jam sine ofiensione , vel lectio parari, vel opus manuum possit assumi.»

Enfin , Cassien ajoute que ce sont là les sept temps différents que le divin auteur des psaumes avait consacrés à la prière, quand il disait : € Septies in die laudem dix! tibi. » Pour trouver ce nombre de sept, il faut apparemment distinguer les vêpres en deux offices, dont l'un est ce quils appelaient : Lueemariurn^ et l'autre Têpres^ comme nous dirons ci-après.

X. n faut dire un mot des ^vigiles qu'on célébrait une fois toutes les semaines, la nuit du samedi au Dimanche.

Cassien dit qu'en hiver les nuits étant trop longues , on prolongeait ces vigiles jusqu'au quatrième chant du coq , qu'alors les religieux prenaient deux heures de sommeil, afin de pouvoir avec plus de vigueur s'occuper durant tout le saint jour du Dimanche aux mêmes exercices de piété.

Il dit qu'on partageait cet office de la nuit en trois parties, afin de réveiller la piété par cette distinction , qu'on chantait trois psaumes debout d'un chant alternatif à deux choeurs; après on s'asseyait et on écoutait chanter trois autres psaumes , par trois religieux difTérents. A quoi on ajoutait trois leçons: «Easvigilias tripartitis distinguunt offieiis, etc. Nam cum stantes antiphonas très concinuerunt , humi post hœc, vel humillimis sedibus insidentes, très psalmos uno modulante respondent : et his sub eamdem quiète residentibus, temas adjiciunt lectiones (Ibid. c. 8). »

Cela approche extrêmement de notre office de la nuit avant le Dimanche, divisé en trois nocturnes, avec dix-huit psaumes, et neuf leçons. Nous les appelons matines depuis qu'on y a joint l'heure de laudes, qu'on appelait Laudes matutinœ.

Cassien remarque que les monastères de l'Orient récitaient à la fin de l'office de la nuit presque les mêmes psaumes qui composent encore nos laudes. Ainsi on peut dire que cette partie de l'office divin ne leur était pas inconnue, et que dès lors on commençait à la joindre avec les nocturnes. Enfin il remarque qu'on ne s'assemblait qu'une fois le Dimanche au matin, parce qu'on joignait tierce et sexte avec la messe.

XI. Quelque diversité qu'on ait pu remarquer, il est certain qu'il y avait une extrême convenance et une admiraî)le uniformité entre tous ces monastères répandus dans l'Egypte, dans la Thébaïde, dans la Palestine, dans la Mésopotamie et dans tout l'Orient : et cette si grande uniformité d'offices ne peut provenir que de ce que ces saints religieux faisaient gloire de faire dans la solitude les mêmes offices qu'ils avaient vu célébrer dans les églises.

^ Comme ce n'étaient pas les seuls religieux engagés dans les saints ordres qui chantaient l'office divin, mais encore ceux qui pouvaient absolument passer pour laïques, dans ces siè-

clés de ferveur les laïques mêmes s'acquittaient de ce devoir de piété avec une assiduité fort grande, sans y être obligés. Bien plus, c'est que ni les religieux ni'les religieuses ne faisaient aucune profession particulière qui les engageât à la récitation de l'of&ce; ce n'était qu'une continuation et un renouvellement de la ferveur des premiers fidèles qui les réunissaient tous dans cette pratique si universelle et si indispensable.

3^ Ces religieux récitaient dans leurs cellules les heures canoniales qu'ils ne chantaient pas dans l'église, et il y avait des monastères où les quatre petites heures du jour ne se chantaient qu'en particulier. C'était une marque de la coutume pareille des fidèles et surtout des clercs, de réciter chacun en secret les heures canoniales qu'ils n'avaient pas chantées dans l'église.

4*" Ruffin dit que les religieux, s'entrevisitant dam la solitude récitaient les heures cano-

niales, soit du jour soit de la nuit^ envirou le même temps qu'on les chantait dans les monastères, a Facto vespere orationes et psalmos secundum consuetudinem compleverunt; similiter etiam et nocte fecerunt, etc. Vespere ad luminaria addidit super consuetudinem alios psalmos, et post complétas orationes, dixit eis, etc. Non possumus propter vos omnem canonem psallere, ideoque repausate modicum quia de itinere fatigati estis (Ruffin. De vitis Patrum, 1. m, c. 5).

Voilà d'où vient ce terme d'heures canoniales du canon ou de la règle, c'est^-dire du nombre des psaumes prescrit pour chaque partie de l'office divin que les particuliers récitaient même dans la solitude, sans en excepter les hôtes et les voyageurs.

Cette piété des religieux n'était qu'une imitation de celle des clercs et des plus ^fervents entre les fidèles, qui se sont rendus si recommandables dans les premiers siècles de TEglise.

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