‹ Anciennes descriptions de Paris (volume 2)Chapitre 22 sur 77 · L'usage de boire à la tanU a ^é longtemps msité -dans leé · texte numérisé non relu

L'usage de boire à la tanU a ^é longtemps msité -dans leé

jours de fêce qu'il ne fait rien, mais travaille tous les jours ouvriers avec assiduité. Il n^ a pas un peuple au monde plus industrieux, et qui gagne moins, parce qu'il donne tout à son ventre, et à ses habits, et cependant U est toujours content.

16. Le luxe est ici dans un tel excès, que qui voudrait enrichir trois cens villes désertes, il suffiroit de détruire Paris. On y voit briller une infinité de boutiques, où Ton ne vend que les choses dont on n'a aucun besoin ; jugez du nombre des autres, où l'on achète celles qui sont nécessaires,

17. La rivière appellée la Seine passe au milieu de la ville, elle y apporte tout ce qui est nécessaire pour nourrir un million de personnes; ses eaux sont tranquilles et salutaires, les hommes et les animaux en boivenx; mais on les achète toujours, soit qu'elles soient claires, ou qu^elles soient limoneuses. Ce que je trouve d'injuste, est qu'un sceau d'eau vaut autant quand la rivière est grosse que quand elle est basse*.

18. Les choses nécessaires pour vivre, se voyent en abondance, et dans tous les endroits de la ville. Témistocle auroit trouvé dans chaque rue de Paris, les trois villes que le Roi de Perse* lui donna, une pour le pain, et les deux autres pour le vin et pour les

repas, et se conserve encore dans quelques provinces. Il dégénérait quelquefois en provocations à boire avec excès. On ne porte plus de santés que dans les banquets et dtners d'apparat.

I Pourquoi augmenter le prix de Teau qui ne manque jamais?

a. Artaxercès I*'.

i8 MARANA.

habits ; tout se prend ici dans le même lieu, poiir la nécessité et pour le plaisir. Le plaisir étant autant recherché que le besoin, unt ont de pouvoir sur les hommes les choses vaines et inutiles.

19. Quoiqu'il ne pleuve pas^, on ne laisse pas de marcher souvent dans la boue*', comme Ton jette toutes les immondices dans les ruës^, la vigilance des Magistrats ne suffit pas pour les faire nettoyer',

I. Quand il ne pleut pas, il ne laisse pas d'avoir de la boue. 3. Scarron cite, comme exception, la place Royale, un

Pays où U botte Se conserve longtemps sans crotte.

Tallemant des Réaux raconte Phistoriette suivante, qui pourra donner une idée de l'état de Paris à cette époque : « A la Saint- Martin (1636), ma veuve (M"* de Louvigny) revint à Paris; |*y allaix tout aussitôt. J'avois honte de parottre crotté devant elle; alors il n'y avoit ni chaises, ni galoches, et de Ja place Maubert, où je logeois, il y avoit bien loin k la rue Montorgueil, où elle logeoit avec sa sœur. Je cherche chez les loueurs; j'y trouve un cheval, qui pouvoit passer pour un cheval bourgeois; je loua une selle honnête et une bride à un sellier ; j'avois déjà un laquais. » Que de frais pour éviter la boue et aller de la place Maubert à Saint-Eustacbe !

3 . « Paris, dit VHortentius du. Francioriy livre X, à cause de sa boue, fut appelé Lutôce, d'où il en prend Toccasion de « l'Oraison démonstrative des bottes. »

4. On jetait toutes les immondices et eaux ménagères dans les rues dont le pavé n'était pas parfaitement entretenu. Guy Patin, si mes souvenirs sont exacts, visitant un de ses amis qui habitait la Cité, fut étonné de voir les chenets en cuivre tout couverts de vert de gris. Sur la remarque qu'il en fit, son ami lui fit observer qu'ils étaient récurés tous les jours. On peut juj^er par ce fait de l'état hygiénique de Paris.

$. La Reynie commença à mettre « l'ordre et la règle dans Paris. »

cependant les Dames ne vont plus qu'en mulles*. Autrefois les hommes ne pouvoient marcher à Paris, qu'en bottines <, ce qui fit demander à un Espagnol, les voyant en cet équipage le jour de son arrivée, si toute la Ville partait en poste^.

20. On voit plusieurs Ponts sur la rivière, les uns de bois et les autres de pierres; il y en a sur lesquels on a bâti quantité de maisons agréables, et plusieurs boutiques pleines de marchandises précieuses : mais le Pont-neuf paroît plus digne de la Ville que de la rivière ; il est soutenu par douze grandes arches de pierres massives, il est large et majestueux, et c'est là principalement, où les carosses, les chevaux, les charrettes, et le peuple y sont nuit et jour dans un mouvement perpétuel *. On y voit au milieu la Statue

1. Maie ou mulles, chaussure de dessus, que Fon mettait autrefois pour se garantir de la boue, et que nous nommons aujourd'hui galoches.

2. « Les cordonniers qui vendent des bottes vieilles et neufves et qui entreprennent la fourniture des régiments sont placés rue de la Barillerie, près le Palais. » Livre commode (1693). « Ce sont eux qui font les souliers de fatigue qu'on nomme souliers de bottes. » Édition de 1691. On s'en servait pour aller par les rues, tant elles étaient boueuses, comme le prouve ce passage de la Lettre d'un Sicilien,

3. On en abusa comme de toutes choses. Voir, sur le ridicule des gens qui restaient toujours bottés : La grande propriété des bottes, sans chevaly en tout temps • {Variétés historiques et littéraires ^ t. VI, p. ap.) VHortentius du Francien dans sa fameuse oraison à propos de bottes (Liv. X) en démontre les avantages. N'y a-t-il pas un adage, s'écrie-t-il, qui dit que la crotte de Paris ne s'en va jamais qu'avec la pièce? »

4. Un vieux proverbe, d'abord appliqué au pont au Change, puis transmis ensuite au pont Neuf, disait que chaque passant devait y rencontrer : une de ces demoiselles, un moine, un cheval blanc.

équestre d'Henri le Grand élevé sur un magnifique pied d' estai, majestueux et. digne d'un si grand Roi. Il semble que le bronze, tout froid qu il est, respire encore l'ardeur martiale de ce prince guerrier, tant l'ouvrier* l'a vivement représenté.

21. Les femmes aiment ici les petits chiens* avec une passion extrême, et elles les caressent avec autant de tendresse que s'ils étoient de la race du chien qui suivit Tobie. Elles sont le plus beau, et le plus laid ornement^ de la Ville, parce que les belles sont rares; mais elles surpassent en agrémens et en vivacité toutes les femmes du monde, et cela fait qu'elles ont la facilité de persuader, de gagner tout à elles, et de ne perdre jamais rien. Elles ont aussi le privilège de commander à leurs maris*, et de n'obéir à personne. La liberté de ce sexe est ici plus grande que celle dont jouissent à la campagne les Arabes, qui ne couchent jamais le soir dans le lieu où ils se sont levez le matin. Elles sont également fines et éloquentes, elles vendent publiquement les marchandises dans les boutiques, et dans les places, et ne cèdent aux hommes ni en l'art de compter, ni en celui de chicaner, et de vendre chèrement les choses mômes qui leur demeurent.

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