‹ Anciennes descriptions de Paris (volume 2)Chapitre 33 sur 77 · I. Et si les prez avolent des .fleurs · texte numérisé non relu

I. Et si les prez avolent des .fleurs

Les foDUÎMS ;itn. peu d'eau claire, fit Im poissons quelques étangs, On en ponrroit encore fiûre Un joly dos airec le tems.

Clkxtdk Le ?Enr, Paris ridicule,

a. Il entrait dans le plan de Le K6tre.de disséminer des «ouvres d'art dans le -fardtn des Tuileries ; Catherine de Médids l'avait d'ailleurs précédé dans cette voie. On fit copier à J(ome les meilleures statues du CapitoAe» Nqtee Sicilien Irouve qu7il.a'.7 en a pas assez et semble dire qu'il n'y en a pas du tout.

rable tous ceux qui ont leurs Abbayes dans le concave de la Lune et dans les espaces imaginaires^.

70. Quoique les hommes soient laborieux et ingénieux dans leur art, les femmes ne laissent pas de faire la moitié du travail, les plus belles gardent les boutiques pour y attirer les Marchands ' ; comme elles sont extrêmement ajustées, et qu'elles ont une voix et des paroles gracieuses, elles ne manquent jamais.

1. Qael abat! mais en yain tout le monde en marmure; Un ti vaste sujet a lassé la censure.

En vain, d'un roy pieux les ordres souverains Proscrivent tous les jours les abbez libertins ; En vain, pour emporter ou mithre ou bénéfice. De dévots aspirants on peuple Saint-Sulpice»

L'abus ne cesse point. Tel qui sort de ce lieu. S'en va tromper le roy comme il a trompé Dieu. A peine a-t-on quitté ces pieuses cellules .

Où la plus sainte estude est l'estude des bulles, Qu'on voit des cheveux plats sous le fer redressés, Pour se dédommager des outrages passés.

Déployer leur orgueil avec plus de licence, Et ne respirer plus que la poudre et l'essence. Qu'y faire ? C'est la mode, on n'en est plus surpris ; Le faste des abbés inonde tout Paris ; Le pauvre, gémissant de voir son héritage Confondu dans un train et dans un attelage.

Contre cette injustice a beau se récrier Et réclamer son bien qu'on veut s'approprier; C'est un vol déguisé que la loi authorise.

Et que l'on aime assez pour ne pas lâcher prise. Mais mon zèle trop loin m'emporte malgré moy, J'en dis peut-être trop et plus que je ne doy. Je vois à quel péril ma censure m'expose.

Offenser telles gens, ce n'est pas peu de chose ; Je pourrais payer cher un langage indiscret; Modérons notre fiel ou changeons de sujet.

a. Les chalands, les acheteurs.

comme j'ai déjà dit, de tirer tout nôtre argent, quoi qu'on n'ait aucune envie d'acheter.

71. On trouve sur le Pont-Neuf* une infinité de gens qui donnent des billets, les uns remettent les dents tombées, et les autres font des yeux de cristal ; il y en a qui guérissent des maux incurables ; celui-ci prétend avoir découvert la vertu cachée de quelques pierres en poudre pour blanchir et pour embellir le visage. Celui-là assure qu'il rajeunit les vieillards ; il s'en trouve qui chassent les rides du front et des yeux, qui font des jambes de bois pour réparer la violence des bombes : enfin tout le monde a une apli* cation au travail, si forte et si continuelle, que le diable ne peut tenter personne que les fêtes et les dimanches.

'^z. Comme les François ont trouvé le secret des peaux impénétrables, ils se moquent présentement des naufrages ; le tems est venu de marcher sur la mer et sur les fleuves avec sûreté, et sans se servir du manteau d'Elie. Un homme vêtu de ces peaux est porté sur l'eau sans se moiiiller, et on voit si souvent cette expérience sur la rivière, qu'on n'y fait plus d'attention*.

1. Le pont Neuf était alors l'endroit le plus fréquenté de la ville. Pour les détails, voir Éd. Fournief, Histoire dû pont Neuf, 2 vol. în-i2.

2. Même de nos jours, de pareilles épreuves ne sont ni auss fréquentes ni aussi populaires. Richelet a constaté Tune des plus sérieuses. Dans la première édition de son Dictionnaire (1680), il dit au mot Lanquerre : « C'est une peau en forme de gros et de

73. Voulez-vous être homme de bien à Paris pendant six mois seulement, et après vivre en scélérat, changez de quartier et personne ne vous connoîtra ; voulez-vous y vivre inconnu toute votre vie, allez loger dans une maison où il y ait huit ou dix familles, celui qui demeurera le plus près de vous, sera le dernier à sçavoir qui vous êtes. Vous prend-il envie d'être aujourd'hui tout couvert d'or, et demain

large bourrelet qui te met au-dessut des reins en forme de ceinture et qui soutient un homme sur Peau. La Lanquerre a été inventée depuis peu, et on en a vu paraître Teffet aux yeux de tout Paris, — le tout Paris de Louis XIV, — le 14 -septembre 1677. »

L'inventeur donna son nom à l'appareil imperméable qu'il avait trouvé. Voici le titre du livre très rare qu'il publia sur ce sujet : Le naufrage sans péril ou l'invention d'une machine qu'on peut porter à la poche, qui nous fait passer les rivières tous vestus et être plusieurs jours sur la mer sans aucun péril pour notre vie et sans mouiller nos armes et nos habits, par M. Richard Lanquer, gentilhomme d'Amiens en Picardie, capitaine de cavalerie, entretenu, en temps de paix et en temps de guerre, par le roy de Portugal, et Chevalier de l'ordre du Christ, A Paris, 167$, in- 80.

Mais, comme tant d'autres inventions modernes, telles que les bateaux cuirassés, les armes rayées, le revolver, etc., le scaphandre n'est que la résurrection d'inventions anciennes, du Vieux-neuf : c'est ainsi que l'on trouve dans le manuscrit n° 1914 du fonds Saint-Germain français de la Bibliothèque nationale, le curieux dessin d'un fantassin du xiv* siècle, armé de pied en cap, qui se soutient sur l'eau au moyen d'un sac de cuir plein d'air attaché autour de son corps ; il passe à gué une rivière ayant de l'eau jusqu'à mi-corps, ses pieds sont chaussés de patins, et il tient à la main une espèce d'oriflamme horizontale à deux pointes, ayant auprès de la hampe trois fleurs de lis. « Le sac s'emplit, dit la note jointe au dessin, par ce tuyau de bois qui est bouché d'un petit liège, et celui qui se sert de cette machine l'entretient avec la bouche. Les semelles qu'il a aux pieds lui aideut à nager ; cela est propre à passer une rivière ou le fossé d'une place. »

habillé de bure, personne n'y prendra garde, et vous pouvez marcher par la ville vécu en prince ou en faquin.

74. J'ai vu un dimanche dans une seule paroisse faire soixance-cmq mariages <• On dit qu'il y a ici jusqu'à quacre mille vendeurs d'huîtres'; que l'on y mange chaque jour qu'mze cens gros bœufs *, et plus de seize mille moutons, veaux ou cochons, outre une prodigieuse quantité de volaille et de gibier^. Le

I. Jamais on n'a célébré de mariages à Paris le dimanche ; il n'est pas croyable qu'on en ait béni soisante-cinq dans une seale paroisse, fût-ce à Saint- Eustache, réputée la plus populeuse.

a. Le Livre commode ne fait pas mention du commerce des huîtres ; on en mangeait cependant à Paris, pas autan, néanmoins que le rapporte l'auteur, sur un on-dit, il est vrai. « A quatre-vingthuit ans, écrivait Saint-Evremond à un de ses amis, je mange des huitres tous les matins; je dîne bien, je ne soupe pas mai ; on fait des héros pour un moindre mérite que le mien. »

3. Lister, tout Anglais qu'il était, ne trouva pas, sauf sur un point, la viande de Paris mauvaise : « Le mouton et le bœuf, dit-il, sont bons, et valent à peu près les nôtres, sans les surpasser toutefois. Quant au veau, il n'en faut pas parler : il est rouge et grossier. Je ne pense pas d'ailleurs qu'il y ait pays, en Europe, où l'on réussisse pour cet élevage aussi bien qu'en Angleterre. » Voyage à Paris en i6g8, ch. vi. Quoique inférieure, cette viande entrait pour beaucoup dans la consommation, que la Lettre du Sicilien évalue avec plus de fantaisie que de vérité.

^ « Les bestiaux arrivés en 1668, à destination de Paris, unt sur les anciens marchés qu'au marché central, dit M. Max. Du Camp (Paris, II, 76), forment des troupeaux près desquels ceux qu'Ulysse admirait dans l'île de Trinacria sont à peine dignes d'être mentionnés : ai8,8$| bœufs, vaches et taureaux, aox,$6a veaux, i$3,289 porcs, 1,308,} la moutons et 98 chèvres. Le toul représente i,68a,xi4 animaux vendus et réservés à notre nourriture. » Il y a de l'écart entre ce chiffre et celui de 179 $00 animaux de boucherie, consommés, dit-on, à Paris en KSpa « Le marché aux bœufs et aux moutons se tient à Sceaux, près Bourg-la-Reine, les

6o MARANA.

peuple dépasse un million chaque année pour se divertir au théâtre de musique, et aux deux théâtres de comédie * .

75. On compte cinquante mille' maisons, dans chacune desquelles les familles sont si nombreuses, qu'elles logent depuis le grenier jusqu'à la cave ; on y compte aussi cinq cens grandes rues, outre une infinité de petites, dix places, plusieurs marchez, dix

lundis et mardis; et celui des veaux, à Paris, sur le port delà GrèTe, presque tous les jours et principalement le vendredi. » (Livre commode), a La consommation de la viande était telle, même à l'Hôtel-Dieu, qu'on y avait dressé un tourne-broche qui pouvait en faire rôtir 1,200 livres à la fois. » (Inventaire des archives hospitalières, Hôtel-Dieu, p. 300.) « En 1876, il a été vendu à Paris pour a,$43, 092 fr. de poisson d'eau douce; pour i8,884,9(k>fr. de poisson de mer; pour 34,065,244 francs de beurre; pour 20,417,103 francs d'œufs; pour 4,174,015 francs de fromages; pour 5,462,777 francs de fruits et légumes. Enfin, il est passé sur le carreau spécial 17,428,405 kilogrammes de volailles et gibier. » (Comptes des recettes et dépenses de la ville de Paris pour 1876.)

• Le marché de la volaitfe et du gibier, — dont la consommation était prodigieuse^ comme le remarque la Lettre, — se tient sur le quai des Grands-Augustins presque tous les jours, mais principalement les mercredis et vendredis, m (LÀvre commode.) W y avait pour ce marché des « jurés vendeurs et conducteurs de volailles » dont les jetons, — le Cabinet des médailles en possède un de 1709, — sont des plus curieux. Ils représentent, au revers, Adam et Eve entourés des animaux de la Création, et on y lit cette devise : Proderit his pecus et volucer (l'animal et l'oiseau leur servirent de nourriture). En 1694, on créa de nouveaux offices de vendeurs de veaux et de volailles, qui produisirent, avec ce que rapporte en même temps « le traité des eaux et fontaines», 4>S3^j40o livres. (Forbonnaîs, Essai sur les Finances, année 1694.)

I. Ce n'est pas trois, mais sept théâtres que Paris possédait à cette époque.

a. Il est difficile de contrôler ces assertions, auxquelles se mêle toujours un peu d'exagération; la statistique, science toute moderne, n'existait pas encore.

LETTRE D'UN SICILIEN. 6i

sept portes*, neuf ponts, avec autant de faubourgs, et plus de trente hôpitaux ; on y voit un grand nombre d'églises, de collèges, plusieurs belles bibliotéques publiques ou particulières et quantité de cabinets riches et curieux, ornez de médailles, de peintures, et remplis des plus belles rarecez de l'Europe *.

^(t. Ce n*esc pas ici Tusage de rien prêter, ec c'est quelquefois une forte injure d'oflFrir de l'argent et d'en emprunter : on n'offre jamais dans sa maison des logemens aux étrangers, ni même à ses amis.

'jj. Il y a dans chaque quartier une manière de juge qu'on nomme commissaire ^^ qui décide sur le champ de certaines petites contestations, et qui empêche le bruit et les querelles.

1. « La ville est ronde et environnée de très anciens murs de pierre... Dans ces murs il y a actuellement quatorze belles portes ». Thomas Coryate. Voyage à Paris (1608). En 1692, Paris n'avait que six portes roonumeniales proprement dites : les portes Saint- Antoine, Saint-Bernard, Saint-Denis, Saint-Martin, de la Conférence, Saint-Honoré ; les anciennes portes de l'enceinte de Philippe- Auguste furent démolies de 168^ à 1686 par arrêt du Conseil ou par ordre des Prévôts des marchands et Écfaevins.

2. L'auteur est resté dans des généralités peu compromettantes. Voir, pour plus de détails sur ce sujet, le Voyage de Lister et notre édition de Marollcs (t. III de la Collection des anciennes descriptions de Paris,, ses Mémoires,

3. L'ordonnance de Henri III (i$86) créa des commissaires examinateurs distincts des juges dans les tribunaux de police. Un seul commissaire par quartier ne fut bientôt plus suffisant; on en établit deux et même trois pour le même quartier, «c Quoique ces messieurs aient chacun un quartier affecté, ils chevauchent sur les quartiers les uns des autres, soit pour veiller à la police générale et à la sûreté publique. » Hurtaut, Dictionnaire historique de la ville de Paris

rîà MARANA.

78. Ceux qui ne sont pas François, ne peuvent souffrir que les hommes se peignent publiquement dans les rues *, que les dames portent toujours un petit miroir à la main*, et qu'elles aillent masquées toute Tannée '. Les jeunes gens se divertissent à tous les exercices du corps, et surtout à la paume, dans un lieu fermé et couvert, les hommes âgez passent le tems aux dez, aux cartes, et à dire des nouvelles, et les dames joiient plus ordinairement que les hommes ; elles font aussi quantité de visites, et sont assidues à toutes les comédies^.

I. Les petits-maîtres peignaient leurs perruques, comme leurs descendants de nos jours leurs moustaches et leur barbe en éven-

un.

a. Le miroir ne se montre plus, mais existe toujours, plus ou moins dissimulé.

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