III INTRODUCTION
qu'on est convenu d'appeler le Roi-Soleil, s'il en est plusieurs auxquels on put attribuer la paternité de la Lettre d^un Sicilien^ il en est un surtout qui attirait tout d'abord l'attention, qui, plus que tous les autres, avait reconnu les bienfaits du grand roi par ses éloges ; car il faut bien le reconnaître, si Louis le Grand se montrait généreux envers les écrivains étrangers, c'était jfbur entendre chanter ses louanges. Au grand déplaisir de ses envieux et de ses ennemis, cet homme, ce noble étranger qui sut reconnaître comme le voulait le nouvel Auguste les bienfaits du roi de France, c'est l'auteur dcV Espion turc^ Marana, qui, ayant joui dans son temps d'une réputation justement méritée, est complètement ignoré de nos jours; Sa biographie, empruntée au Dictionnaire historique de Moréri (de 1759), édifiera le lecteur sur cet homme singulier, f Marana (Jean-Paul), célèbre par son ouvrage intitulé l'Espion turcj naquit à Gênes ou aux environs, vers l'an 1643, d'une famille distinguée par sa noblesse et les établissements qu'elle avait eus en Italie. Marana, fils d'un père vertueux, fut élevé d'une façon convenable à un gentilhomme né sans de grands biens et dont les talents devaient faire la plus solide ressource. Il répondit au soin que Ton prenait de son éducation et fit avec succès, par goût, ce qu'on fait souvent mal par nécessité. Après l'étude des langues, l'histoire ancienne et moderne, la philosophie, et sur-
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tout la morale et la politique devinrent l'objet de ses études. Il y acquit des connaissances qui lui donnèrent sans doute quelque distinction à Gênes, mais qui firent peut-être trop ouvrir les yeux sur lui, dans une république extrêmement jalouse du secret de son gouvernement. Marana n'avait guère que vingt-sept ou vingt-huit ans en 1670, lorsque la conjuration de Raphaël délia Torre et les desseins de la Savoie sur Gênes éclatèrent. Il se trouva impliqué dans ces mouvements. On l'accusa d'avoir pris des intérêts contraires à ceux de la République, et peut-être de complicité avec Raphaël délia Torre. Si on Ten croit, tout son crime était de s'être ingéré de donner des avis sur la conjuration et d'avoir découvert le faible du gouvernement de Gênes même. Quoi qu'il en soit, il fut arrêté et conduit à la Tour, la même année 1670. Il y resta prisonnier d' État pendant quatre ans vingt et un jours et trois heures, comme il le dit lui-même, et n'en sortit qu'en 1674.
f Des personnes de premier rang engagèrent Marana à écrire l'histoire de la conjuration de Raphaël délia Torre et de la guerre de Savoie. Il rassembla des mémoires et fit même un voyage en Espagne pour l'exécution de ce dessein. De retour de ce voyage, il passa quatre ans et plus à Gênes, occupé de son histoire, et dans une société de gens de lettres qui étaient d'honnêtes espions que le gouvernement lui