‹ Anciennes descriptions de Paris (volume 2)Chapitre 6 sur 77 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

avait donnés. On le remit même quelque temps dans la tour de Gênes, avec promesse de lui rendre la liberté et même de le récompenser de son travail, s'il remplissait dans son histoire le vœu de la République. Son manuscrit fut examiné avec beaucoup d'exactitude. On lui donna son congé parce que la vérité des faits n'y représentait rien de choquant : mais on s'empara de son ouvrage, et toutes les démarches qu'il fit pour obtenir que son livre fût rendu public par l'impression n'eurent aucun succès.

• La République de Gênes s'étant brouillée avec la France, et les semences des divisions qui pensèrent causer la perte de Gênes fermentant plus que jamais en 1681, Marana, qui avait eu toujours un penchant secret pour la France, craignant que sa liberté de parler et d'agir ne lui occasionnât de nouvelles disgrâces, sortit précipitamment de Gênes. Il alla à Monaco, où il avait deux filles dont il avait confié l'éducation à sa sœur qui y était religieuse. La maladie de l'aînée, qui fut longue et se termina par la mort de cette demoiselle, le retint à Monaco plus longtemps qu'il n'avait compté y demeurer. Se trouvant entièrement désœuvré, il tâcha de se rappeler les idées de son histoire de la conjuration de Raphaël délia Torre et de la guerre de Savoie, Les mémoires qui lui étaient restés lui donnèrent beaucoup de facilités, et il parvint à faire un ouvrage plus ample et plus exact que celui

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qu'il avait composé d'abord, parce qu'il avait plus de liberté. Marana se transporta à Lyon pour faire imprimer cette histoire, et elle y parut en 1682 sous ce titre : La Congiura di Raffaeîla délia Torre^ ton la mossa délia Savoia contra la Republica di Genova ; Lyon, r<582, in-12.

f II paraît, par Fépître dédicatoire adressée au seigneur D. Paolo Spinola, marquis* de las Balbazes, datée de Monaco le i*' août i68r, que cet ouvrage est le premier que Marana ait publié. La préface contient une partie des particularités de sa vie jusqu'à ce temps. On trouve dans cette histoire des anecdotes importantes et quelques faits qu'on chercherait peutêtre inutilement ailleurs sur la manière dont Louis XIV termina les différends d'entre les Génois et le duc de Savoie.

f Après que Marana fut débarrassé des soins de l'édition de son livre, il vint à Paris*. Il y arriva vers la fin de Tannée 1682. Marana s'était fait connaître avantageusement des ministres que la France avait eus à Gênes, et en particulier de Pidou de Saint-Olon*. Ce fut une protection pour lui à son

1 . Il ne serait venu à Paris, dit-il ail commencement de VEspion turc, que pour voir « une ville que sa vaste étendue a fait appeler un monde et par pure curiosité. » Journal de Verdun. Décembre Ï7S4.

2. Nous donnons plus loin une notice sur ce diplomate, qui fut en même temps un littérateur distingué, voir p. xx.

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arrivée en France. Son mérice perça promptement à Paris, et il y trouva d'illustres Mécènes, entre autres le Père de la Chaise et M. de Harlay, archevêque de Paris. Marana vécut à Paris dans un état fort cranquille et dans une médiocrité assortie à sa façon de penser, depuis Tannée 1682 jusqu'en 1689, que le désir de la retraite le porta à retourner en Italie, dans un lieu solitaire, où il mourut au mois de décembre 1693, selon une note du catalogue manuscrit de la Bibliothèque du roi.

« Pendant le séjour que Marana fit à Paris, il publia difiîérents ouvrages, dont le plus connu esc celui qu'il intitula l'Espion du Grand Seigneur dans les cours des princes chrétiens [Paris ^ 1684 et suivantes, 6 vol. in-12; Cologne^ 1697 et 1710; 6 vol. in-12 ; Amsterdam^ 17^6^ 9 vol. in-i2, craduics en plusieurs langues de l'Europe). Le premier volume parut en 1684, in- 13. Cet ouvrage fut extrêmement goûté, et Marana le conduisit jusqu'au sixième volume. * En 1685, il publia, par ordre de la cour, un ouvrage politique, sous le nom de Dialogo fra Genova et AU gieri^ cita fulminate dal Giove Gallico [Paris ^ 1685, in-12). La traduction française de ce petit volume parut en même temps, en même format et chez le même libraire, sous ce titre : Dialogue de Gênes et d'Alger^ villes foudroy ées par les armes de V invincible Louis le Grandj Vannée 1684^ avec plusieurs parti-

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cularîtis historiques touchant le juste ressentiment de ce monarque et ses prétentions sur la ville de Genes^ açec les réponses des Génois, Ce dialogue est suivi d^une relation du bombardement de Gènes, sous ce titre : Le t ter a délia republica di Genova al régna d'Algieri.

fl Marana travailla dans le même temps à mériter les bienfaits de la cour, en présentant au roi deux volumes de lettres, au nombre de trente-six. Ces deux volumes sont restés manuscrits. Ils portent pour titre : Le pià nohili aiioni délia vita e regno de Luigi il Grande y dope la sua minorîta^ contenata in moite tettere che Vautore escrive alla sua patria. En 1688 parut un ouvrage français qui nVst qu'un extrait de ce dernier*. Il est intitulé: Les événements les plus considérables du règne de Louis le Grandj écrits en italien par M. Marana^ et traduits en français (par François de Pidou de Saint-Olon), dédié à M. le cardinal d'Estrées. Il paraît, par un avertissement au lecteur, que l'ouvrage fut publié en 1688, et que, trois ans avant de le publier, Marana Pavait envoyé à la reine Christine de Suède. On trouve en effet, dans le volume, une lettre dont cette savante reine honora Fauteur, pour Ten remercier. Cette lettre, écrite en italien, est datée de Rome, du mois

I. Le manuscrit, remis à Pidou de Saint-OIon^ami de Tauteur, fat traduit par celui-ci.

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