‹ Anciennes descriptions de Paris (volume 3)Chapitre 61 sur 88 · Aux religieux de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés · texte numérisé non relu

Aux religieux de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés

2. Au mois de novembre 1310, Guillaume de Cuignières, que les chartes qualifient de vir nobilis et miles y comme noble et chevalier, acquit du chapitre de Beauvais le château et une grande partie de la terre de Saintines (Oise), en échange des biens qu'il possédait à Lieuvilie. A sa mort, ^son frère, le célèbre Pierre de Cuignières, lui succédant dans la plus grande partie de ses biens, entra en possession de la terre de Saintines et prit le titre de che* valier ; jusque-là il n'avait porté que le titre de professeur es lois. En sa qualité de cadet, — les biographes ont ignoré la date de sa naissance, qui est restée inconnue, et celle de sa mort, que nous donnons plus loin, — son père l'ayant destiné à l'état ecclésiastique, il avait fait d'excellentes études, sans cependant s'engager dans les ordres. Bien que son mérite lui parut un moyen sûr pour s'avancer, il ne dédaigna pas néanmoins de s'appuyer du crédit et de l'influence de Guillaume de Crépy, chancelier de Philippe le Bel, qui lui fit obtenir un archidiaconé dans l'église de P^ris. Il quitta depuis ses bénéfices, renonça à la cléricature et épousa Jeanne de Néry, petite-fille du chancelier Guillaume. Dès lors, Pierre de Cuignières fut employé dans les affaires les plus impor-

82. HosTELD'HERcvxES.Vne voirie eftoit jadis en ce lieu. Alain, gentil-homme flamand, y fonda cet Hoftel, ainfi furnommé, à caufe que les proiiefles héroïques de

tantes et admis dans les conseils de Philippe le Bel. Il conserva son crédit sous les règnes suivants^ mais ce fat sous celai de Philippe de Valois que sa faveur fut portée au plus haut degré. Philippe le Bel avait rendu le parlement sédentaire et inauguré l'ère des légistes ; ce que furent pour ce prince Çuillaume de Nogarety professeur en droit de Toulouse, et Guillaume de Plasian, autre juriste du Midi, Pierre de Cuignières résolut de l'être pour ses successeurs; il en trouva l'occasion dans l'assemblée de 1329, où la noblesse, réunie à la royauté, défendue par les juristes, attaquait le pouvoir spirituel. Le 1$ décembre, Pierre de Cuignières, prenant la défense de l'autorité temporelle, combattit les remontrances de Roger, archevêque de Sens, — depuis pape sous le nom de Clément VI, — et celles de Bertrandi, évêque d'Autun. Cette défense, prononcée en présence du roi, des pairs et des barons du royaume, donna naissance à V Appel comme d'abus^ qui dès lors devint une partie de notre jurisprudence : les légistes poursuivaient leur but; ils servaient d'instrument aux haines du pouvoir. Pour lui plaire. Us cherchèrent partout des matières im^* posables et en trouvèrent une très productive pour le roi, — mais très onéreuse au peuple, — dans le. sel dont il s'attribua le mono» pôle. La haine du clergé se manifesta contre le courtisan apostat et prévaricateur et se déchaîna avec fureur* Tous les moyens lui parurent bons pour le tourmenter, et l'arme puissante du ridicule fut dirigée contre lui. Les chanoines de Notre-Dame de Paris affectèrent de méconnaître le nom de leur ancien confrère et ne l'appelèrent plus que Maître Pierre du Cuignet, une petite figure de diable qui faisait partie de la représentation de l'enfer, placé à l'angle de la clôture dans le jubé : c'était dans les larges narines de cette grotesque figure que les familiers de l'église et les enfants de chœar éteignaient leurs cierges, sans oublier de lui faire la gri' mace et d'exercer leurs langues par maints quolibets, par mépris ponr Pierre de Cuignières, qui eut la faiblesse d'être sensible à cette grossière injure, dont il conserva un vif ressentiment. Dans le peuple, on avait coutume d'appeler Pierre de Cuignières ceux qu'on voulait traiter de stupideset d'ignorants : ce qui montre combien sa complaisance envers la royauté avait trouvé d'opposition dans l'opinion publique. Son nom, qu'on trouve écrit Cu-

io6 ESTIENNE CHOLET.

cet {fie) Héros incomparable y eftoient dépeintes au vif. Loys XII Tachepta enuiron Tannée 1506.

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