AvGvsTiNs. Ces Frères, Hermites de Tordre
gnières et Congniëres, semble être Culgnières, par mépris^ le public paraît l'avoir dénaturé à plaisir et lai avoir donné une teroiinaison ridicule^ le mot y prêtait; en enlevant une voyelle on lui donnait un sens ordurier, et l'on sait que nos ancêtres ne reculaient pas devant l'équivoque grossière^ le rébus par à peu près ; le mot y prêtant, il ne s'en fit pas faute : de là la colère mal dissimulée da légiste. Le public lui faisait payer un peu cher ses succès oratoires. A qui serait tenté de reléguer au rang des légendes le marmouset de Maître Pierre du Cugnet, nous opposerons ia grave autorité de l'abbé Lebeuf, qui s'est occupé de la question :
c( De toutes les remarques sur le dedans de cette église « (Notre-Dame), dit-il dans son Histoire de Paris, t. I, p. iS» « faites par Du Breul et les écrivains postérieurs, je ne m'attache « qu'à celle de la figure de Pierre de Cugnières, qu'ils ont dit « avoir été posée dans cette église en un pilier au bout du jubé, du « côté méridional. Corn me cette affreuse figure a été ôtéede ce lieu « depuis la confection du nouveau jubé, j'ai cru devoir placer ici la « preuve qu'elle y était au xiv° siècle. Je la trouve dans Thomolo- « gation d'un accord fait entre l'évêque et le chapitre en l'an 1590. « En voici les termes : L'évêque aura la moitié du luminaire offert et sur la rangée estant à l'entrée du Cuer où l'on a accoustumé « de mettre les chemises, c'est-à^sçavoir depuis le Crucifix « jusqu'à icelui gros pillier qui est au bout du Cuer d'icelle « rangée, auquel est M. Pierre du Cuignet, par devers l'Hostel « Épiscopal. »
L'historien du Valois royal (iS<53), Nicolas Bergeron, avocat au parlement de Paris, a tenté de le réhabiliter, en affirmant que « la haine et les reproches qu'il s'était attirés ne nuisirent point à la bonté de sa cause, n'étant pas le premier qui ait été lapidé pour la bonne cause ». C'est précisément ce qu'il fallait démontrer, que Pierre de Cuignières était dans le vrai, le témoignage de Bergeron est un peu suspect, on eût pu lui dire comme à M. Josse : Vous êtes orfèvre.
Pierre de Cuignières mourut à son château de Saintines, vers i3S<5, et fut inhumé dans l'église paroissiale de ce village, sans qu'on ait pu jusqu^à ce jour découvrir le lieu de sa sépulture. ^
de S. Auguilm ont demeuré en deux autres lieux de la ville, aiïauoir prés la porte de Montmartre, & près celle de S. Vidor *. Puis logez icy, où habitoient les Frères de la pénitence de léfus-Chrift furnommez Sachets^ régnant Philippe le Bel, & féant en rÉpifcopat Simon Matifas de Bufly. Charles V fit baftir TÉglife de préfent, où fe voyent plufieurs fépultures remarquables. Les Royales cérémonies des Cheualiers de l'Ordre du S. Efprit y font célébrées. L'an 1548, on tint pluûeurs femaines le Parlement dans ce Monaftère*. La Congrégation des Pénitents y fut pareillement eftablie par le Roy Henry III, Tan 1583. Poncet, Curé de S. Pierre des Affis, vomit en fes Prédications vn monde d'iniures contre cette compagnie, & fon Inftituteur, pour lefquels il fut faia prifonnier. Au coin de la rue eft repréfentée Tamende honorable de centains Sergens à verge, pour auoir commis des excès violens fur quelques Religieux Auguftins '.
1. Ils avaient acheté du chapitre de Notre-Dame et de l'abbaye de Saint- Victor une maison et six arpents et demi de terré au lieu dit le Clos du Chardonnet, en 128$.
2. Dans dififérentes occasions, le parlement, la Chambre des comptes, le Châtelet et des commissaires du Conseil y ont tenu leurs séances.
3. Sous prétexte de la signification d'un exploit, ils tirèrent de force un religieux du cloître des Augustins, en tuèrent un autre qui avait pris sa défense et avait voulu s'opposer à cette violence. Du Breul cite la sentence du Prévost de Paris du 13 septembre 1440, ajoutant oque les Sergents furent condamnés à faire trois amendes « honorables, Hune au Châtelet, l'autre au lieu du forÊiit et occi- • sion, et la dernière en la place Maubert; qu'ils les feraient en H chemise, sans chaperon, nuds jambes et nuds pieds, tenant
io8 ESTIENNE CHOLET.
84. Pont-Nbvf. La première pierre fut pofée le dernier iour de mai 1578, en préfence du feu Roy Henry III, des Roines fes mère & efpoufe, du Duc de Neuers, & autres Seigneurs & Dames de la Cour. Deflors on continua le baftiment, qui depuis, ayant chommé longtemps, a efté parfaiél fous le règne paifible de Henry le Grand, Roy de France & de Nauarre.
85. HosTEL DB Nbvers. Icy eftoit anciennement THoftel de Nèfle, où logeoient les Roines de France *. leanne, femme de Philippe*, ordonna par teftament qu'il fut vendu pour accomplir fa fondation du CoU lège de Bourgongne. lean, Duc de Berry, Tachepta qui le pofl^édoit encores en l'année 141 2 *. Signalé par la mort de Raoul, Conneftable de France, qui y fut décapité *. Le baftiment qui s'y void à préfent eft
« chacun à la main une torche de quatre livres ardente^ reqaérans « à tout merci et pardon ; puis qu'ils furent condamnés à faire « une croix de pierre de taille près le lieu où ladite occision fut u faite, avec images représentant ladite réparation : davantage a leurs biens confisqués, préalablement prins sur iceux la somme « de mille livres parisis, et en après bannis à jamais du Royaume ». Cette peine, remarque Jaillot, était légère, eu égard à l'énormité du délit; il paraît cependant qu'elle fut adoucie, quant au dernier article; car j'ai vu plusieurs significations faites par un de ces sergents, depuis 1440 jusqu'en 1449.
1. L'hôtel de Nesle ne fut jamais affecté spécialement aux reines de France. Jeanne de Bourgogne y mourut en 1329 et y passa les gaies années de son veuvage. Cholet fait-il allusion à la légende de Buridan.