JACQUES DE FONTENY ET CHRISTOPHE DE GAMON
ANS le tome V, p. 59, des Varittis historiquer et littéraires y de la collection P. Jannetse trouve une pièce de vers intitulée VOEuf de Basques ou pascal jk monsieur (Henry de Mesmes)le lieutenant civil, par Jacques de Fonteny, à Paris j che^ la veufve- Uahert Velut et Paul Mansau^ demeurant rue de la Tan-nerie^prèsde la Grève j 161 6, in-8°.
Nous reproduisons la notice intéressante que Téditeur M. Edouard Fournier consacrait à son auteur en tète de ce morceau.
tt Jacques de Fonteny n'est guère connu, et, commeon va le voir, il mériterait de Tètre à plusieurs titres» Il faisait partie de la Confrérie de la Passion^ non pas sans doute comme acteur, puisque, d'après L'Estoile^ il était boiteux^ mais comme poète certainement. Il prend la qualité de confrère de la Passion dans le recueil des Pastorelles publié en 16 15 par J. Corrozet, in-za, ' sous le titre du Bocage d^ Amour, Il s'y trouve, deux.
iitf ESTIENNE CHOLET.
pastorelUs en vers, Tune i€ Beau Pasteur j qui est bien de notre Fonteny, puisqu'ili'avait déjà donnée dans la P/vmUre partie de tes ébats poétiques^ Paris y Guill, Linocier^ 1587, in-ia; V^Mtc^j la Chatte Bergère^ qui, bien que publiée sous le nom de Fonteny, appartenait réellement à son camarade S.-G. de la Roque, puisque celui-ci l'avait déjà fait paraître séparément sous son nom, en 1599, ^ Rouen, chez Raph. du Petit- VaL II est vrai que La Roque avait pu le prendre, pour se l'attribuer, dans la première édition du Bocage i^ Amour y donnée en 1578, et mentionnée dans la Bibliothèque du théâtre françûs^ t. I'', p. 200. Dans ce même ouvrage, il est parlé d'an autre recueil de notre auteur, les Ressentiments de Jacques de Fonteny pour la Céleste ^ 1587, in-12, dont fait partie la pastorale ea cinq actes la Galathêe divinement délivrée, « Quand les comédiens italiens vinrent en France, Fonteny se mit aussitôt à imiter leur théâtre. A peine Francesco Andreini, chef de la troupe da li Gelosi^ avait-il donné, en 1637, la première partie de sa grande pièce matamore le Bravure del capiton SpaventOy que notre confrère de la Passion publia en français sous le titre des Bravacheries du capitaine Spavente^ traduites par J. D. F. P. (Jacques de Fonteny, Parisien). M. Brunet, trompé par la première de ces initiales, a dit que cette traduction était de Jean de Fonteny ; mais, selon moi, c'est bien Jacques qu'il faut dire.
« En 1638, Antoine Robinot publia pour la seconde fois cette traduction avec le titre nouveau du Capiton^ par un comédien de la troupe Jalouse, Cette seconde édition est mentionnée dans le Catalogue SoleinnCy sous le d9 804, avec une note où, après avoir fait ressortir l'influence que cette pièce put avoir sur notre théâtre, dont le matamore fut dès lors l'un des personnages indispensables, l'on ajoute : c La première édition du Capiton doit être bien antérieure à celle de 1608, la plus an-
SINGULARITEZ DE PARIS. iif
cîenne qui sott citée par la bibliographie. » C'est une erreur, puisqu'en effet, je le répète, la première partie de TouTTage d'Andreini, dont celai-ci n'était que la traduction, avait para seulement en 1607. (Voy. le curieux travail de M. Ch. Magnin sur le Teatre cflesu^ Revue des Veux Mondes, 15 décembre 1847, p. 1103, note.) Fonteny sacrifiait volontiers à la mode en littérature ; nous venons de le voir pour les comédies italiennes, dont il se hâu de se £ûre le traducteur au moment de leur premier succès; nous allons en avoir une autre preuve dans son volume d*Anagrammes et sonnets, dédiés à la reine Marguerite , qu'il publia en 1606, in-4®, c'està-dire au moment où ce casse-téte poétique commençait d'être en vogue. L'Estoile, dont Fonteny était Tami, reçut de lui, en présent, ce volume d'anagrammes, et voici comment il en parle : c Le vendredi 5 (janvier 1607), Fonteny m'a donné des anagrammes de sa façon, qu'il a fait imprimer pour la reine Marguerite, où entr'autres il y en a ung tout à la fin qui est sublin et rencontré de mesure, tiré, ainsi qu'il dit, de l'Escritnre, fort convenable à la qualité, vie et profession de la ditte dame, dans le nom de laquelle, qui est Marguerite de Valois, se trouve : Salve^ virgo mater Dei, Il y en a encore un autre de mesme qu'il y a mis, qui suit cestui-ci, de pareille estofe et grâce; lesquels deux il semble avoir réservés pour la bonne bouche, afin que d'une tant belle conclusion, et si à propos, on jugeât tout le reste, qui ne vault pas mieux. » Par bonheur un autre présent accompagnait celui4à et le faisait passer, quoique ce fÛt aussi, mais dans un genre bien diffèrent, un ouvrage de Fonteny : « Ledit Fonteny, ajoute L'Estoiie, m'a donné psur mes estrennes un plat de marrons de sa façon, dans un petit plat de faïence, si bien faict, «pi'il n'y a celui qui- ne les prenne pour vrais narrons, tant ils sont bien contrefaits, près du
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naturel, se rencontrant plus heureux en cet ouvrage,. qu'en celui des anagrammes. » Quelques semaines après^^ Fonteny, qui avait encore quelque présent de vers à se faire pardonner, gratifia L'Estoile de la même manière : a Fonteny le boiteux, écrit celui-ci, m'a donné ce jour (ao février 1607) un plat artificiel de sa façon, de poires cuites au four, qui est bien la chose la mieux faite et la plus approchante du naturel qui se puisse voir. Il m'a donné aussi son Œnigme de la cloche, — Mon ami, M. de Montaiglon, frappé comme moi de ces deux passages de L'Estoile qui nous font connaître un imitateur de Palissy très intéressant et très imprévu, pense^ avec raison, que la grande F placée sous une assiette de fruits émaillée faisant partie de la collection des faïences du musée du Louvre pourrait bien être l'initiale de notre Fonteny. *
Nous devons un mpt à un autre poète qui a joui d'une certaine célébrité et dont les œuvres sont recherchées aujourd'hui des curieux et des amateurs et qui a rimé VOde sur Us singularité^ de Paris, Christophe de Gamon,. poète français, naquit à Annonay, dans le Yivarais, en 1558. Il était fils d'Achille Gamon, avocat, connu par la publication des Mémoires sur les guerres civiles du Vi" varais. On l'a cru protestant, mais le fait n'est pas certain. Les dégoûts d'un long et pénible procès le portèrent à chercher des consolations dans le culte des muses. On voit par ses Œuvres qu'il s'occupa beaucoup d'alchimie;, à l'en croire, il aurait trouvé le secret de la transmuta* don des métaux, mais il garda si bien son secret qu'il l'emporta avec lui dans la tombe. Cette prétendue décoi;verte fait croire qu'il était sujet à des hallucinations et qu'en traiunt certains sujets il ne jouissait pas de tout son bon sens; en pareille matière il eût pu rivaliser avec Guillaume Postel, le célèbre visionnaire. Il avait adopté pour devise cette légende : Virtus mihi carior auro. Se^
principaux ouvrages sont : Les Pescherûs^ Lyon^ >f99> in-12; le Jardinet de poésies, Lyon, 1600, in-ia; ia Se^ moine ou la Création du monde ^ contre celle du sieur de Bartus, Lyon, 1609, in-ia. Desportes a écrit des versélogieux en l'honneur des poètes, des contemporains, et en. particulier de Christophe de Gamon, qu'on peut voir en tète du volume de poésies de ce dernier, publié en 1609. Christophe de Gamon mourut jeune en 1^86.