‹ Anciennes descriptions de Paris (volume 3)Chapitre 70 sur 88 · LA FOIRE DU LENDIT · texte numérisé non relu

LA FOIRE DU LENDIT

L^ndict, par une altération asseas commune dans notre langue, est devenu l'andict par le changement de ri en A ; puis par un redoublement de l'article, qui avait été joint au substantif, on a fait le landit, au lieu de dire Tindict qui serait la forme régulière. On trouve les mots landi^ landit, lendit^ Tendict, Tindict. Cesdifférentes formes du même nom sont des altérations plus ou moins sensibles du mot latin ind'utum [diem ou locum)j qui signifiait un jour et un lieu désigné pour une assemblée du peuple. Il s'appliquait plus spécialement à une foire qui se tenait dans la plaine Saint-Denis chaque année au mois de juin. Par extension, ce mot se prenait dans le sens de divertissement qui dégénérait en orgie.

L'évèque de Paris s'y rendait accompagné du chapitre de la cat]b^drale,.du clergé de la ville et d'un grand concours de peuple. Dans la suite, l'Université de Paris,.

ISO ESTIENNE CHOLET.

ayant formé une corporation qui avait rang dans les cérémonies publiques, s*associa à cette solennité, conduite par son recteur, comme aussi le parlement, lorsqu'il fut devenu sédentaire à Paris, sous Philippe le Bel. L'origine de cette foire remonte à la réception solennelle du bois de la vraie croix rapportée par les auteurs du XII* siècle, cérémonie qui eut lieu à Notre-Dame, le dimanche premier août 1109, et à l'occasion de laquelle Tévéque de Paris consentit à l'établissement d'un Indict dans la campagne, en faveur des fidèles des lieux circonvoisins. La plaine de Saint-Denis fut choisie, et on y portait à chaque Indict la précieuse relique. « Il faut observer, dit Tabbé Lebeuf, qui a étudié les origines de cette coutume, qu'il n'y avait point alors dans Paris d'église ni de place assez vaste pour contenir la multitude.

« La cathédrale que l'évêque Maurice de Sully fit abattre cinquante ans auparavant n'avait pas la moitié de l'étendue de celle d'aujourd'hui, et les dehors de Paris les plus proches étaient remplis de marais, de buissons, bocages ou vignes où l'on n'aurait pu rendre visible de loin la relique quoique élevée. Le lieu indiqué fîit donc la plaine située entre la chapelle d'Aubervilliers et Saint-Denis, précisément sur la terre dont l'évêque était seigneur suzerain; car alors le territoire de l'abbaye finissait de ce côté à une église de Saint-Quendn, qui était dans la campagne, assez prèis du lien où sont baris aujourd'hui les murs de la ville de Saint-Denis du côté de Paris. »

Au sortir de la cathédrale, le cortège passait par le cimetière de Champeaux, dit depuis des Innocents. Après une station en ce lieu, employée à faire quelques prières pour les morts, l'évêque commençait là récitation des psaumes qui étaient continués jusqu'au lieu indiqué. (iisqut ad indictum).

SINGULARITEZ DE PARIS. lai

n y araic loin de la cathédrale à la station de la plaine, le clergé et les fidèles étaient à jeun, on com* mença par apporter des provisions ; quelques marchands s'y établirent, en petit nombre d'abord, puis plus nombreux; ils finirent par obtenir l'autorisation de laisser leurs boutiques ouvertes pendant deux jours, puis pendant neuf jours, en payant un droit aux intéressés; enfin ils s'installèrent pendant la durée de la foire : c'est ainsi qu'une réunion de piété a été l'occasion de l'éublissement d'un marché, puis d'une foire considérable.

Comme le parchemin était alors la matière dont on se servait le plus communément pour écrire, il s'en faisait an débit considérable à cette foire ; le recteur de l'Université allait lui-même acheter ce qu'il en fallait pour lui et tous les collèges, et il n'était pas permis d'en vendre aux marchands de Paris, avant qu'il eût fait ses emplettes. Cette procession du recteur à la foire du Lendit procura aux écoliers quelques jours de vacances. Tous voulurent escorter le chef de l'Université, ne croyant pas qu'il fût accompagné suffisamment de ses principaux officiers. Le voyage se faisait avec toute la pompe et la magnificence possibles. Les régents et les écoliers se réunissaient à cheval dans la place de Sainte^ Geneviève, de là ils marchaient en ordre jusqu'aux champs du Lendit. Cette longue cavalcade se terminait rarement sans effusion de sang. Malgré la vigilance de leurs maîtres, ces. jeunes gens,. après avoir diné, se que* reliaient et en venaient aux mains. Outre ces petites guerres, le Lendit était encore sujet à d'autres inconvénients. Plusieurs vagabonds, domestiques et gens sans aveu, se joignaient au .cortège de l'Université; des filles et des femmes en habits de garçons s'y mêlaient aussi et y causaient des désordreà épouvantables. Il fallut plusieurs arrêts du parlement pour y remédier ;

lia ESTIENNE CHOLET.

encore ne vint-on à bout de les faire cesser entièrement, que l'on eût transféré cette foire célèbre, au milieu de la plaine, dans la ville même de Saint-Denis. Le temps de la Ligue qui survint et l'inutilité d'aller acheter du parchemin depuis que le papier était devenu commun contribuèrent aussi beaucoup à l'abolition du Lendit. Le nom cependant en est resté; et Ton appelait encore ainsi au dernier siècle le congé que prenait TUniversité, le lundi après la Saint-Barnabe.

Un poète du xill' siècle, l'auteur peut-être du Dit des rues de Paris j Guillot, nous a laissé de la foire du Lendit une description assez curieuse pour être reproduite. La voici telle que Ta donnée M. Franklin d'après le manuscrit original conservé à la Bibliothèque nationale, fonds français, n® 244}29 ^^ns ses Rues et Cris it Paris au xilt» siècle ^ Paris ^ Willem, 1874. On trouve également cette pièce dans V Histoire du Diocèse de Paris, de l'abbé Lebeuf ; dans les Fabliaux et Contes, de Barbazan et Méon ; dans le Dictionnaire historique de Parisj de Hurtaut et Magny, enfin, à la suite du Dit des rues de Paris, de Guillot, édité en 1866.

CT

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