‹ Anciennes descriptions de Paris (volume 4)Chapitre 3 sur 29 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

/. Paris^ jadis Leucotèce, — 2. D'où vient le nom de Paris, 3, Paris plus ancien que Melun, — 4. Paris dit Cité de Jules Céfar. — 5. Aqueducts et arcades près d'Arcueil, — 6. Cent mille hommes armés sortis de Paris: — 7. La Cité, VUniversite fondée par Charlemagne. — 8, La Ville, — g. Nombre des rues de Paris, — 10, Églife Notre-Dame, — //. Épitaphe de Pierre Lombard. — 12. Comment le roi entra dans l'égli/e Notre-Dame, — i3. Conciles tenus à Paris. — 14. Du Palais et lieu de judicature, — /5. Le parlement ambula» toire. — 16, Le nouveau Louvfe commencé par François /*'. — 17. Le Grand Chajïelet, — j8, La Seine, — ig, Colomne

élevée jadis au confluent de la Seine et de la Marne» — 20. La ville de Saint Denis. — 2t, Montmartre y jadis mont de Mercure. — 22. 0\iel le premier remet le plâtre en ufage, — 23, Paris brûlé cinq fois, — 24. Bois de Vincennes, — 25, Anne de Montmorency, connétable de France, — 26, Trésor trouvé de notre temps près de Paris. — 27. L'Arsenal, — 28, Monftres vus à notre époque»

CHOSES REMARQVABLES D'ICELLE

I . Il n'y a celuy de tous ceux qui ont efcrit qui nous baille au vray l'origine de la grande ville de Paris (miracle de rVniuers) ou qui fçache dire la caufe de fon nom*.

Or, fut-elle premièrement appelée Leucotece^ qui fignifie blancheur, à caufe que le peuple rapportoit à celle couleur. Ce qui fe voit en quelques Chartres de S. Germain des prez lez Paris, où Childebert, fils de Clouis, doiia cefte Eglife de plufieurs biens, la confacrant & dédiant à S. Vincent, le tiltre portant ces mots : Ecclefia quœ efl fit a in loco Titiœ * ; ce qui

1. L'auteur blâme ses devanciers et néanmoins les imite dans leurs efforts infructueux.

2. Cette pièce doit être considérée comme non avenue. On doit placer ce diplôme contrefait au nombre des chartes mérovingiennes forgées en grande partie après l'an looo. Voir sur ce sujet le

femble eftre mis par corruption de langage ; au lieu de Leucocecia, pour la proximité & voifmage, qu'auoit cefte Eglife auec la ville, comme eftant de fa banlieue. Car de mettre en auant, que alors elle fut nommée à luroj c'eft-à-dire de la fange, l'interprétation 'en eft bien maigre : iaçoit* que ie m'en rapporte à ce qui en eft. Et voilà quant à fon premier nom.

a. Touchant celuy de Paris, ie ne trouue point eftrange, qu'il foit dit des Parrafiens, qui habitèrent autour de Tifle de Seine, où Lutèce eftoit baftie : pour autant que chacun fçait, qu'Hercules ' auoit en fa compaignie des Grecs plus que d'autres gens, pour eftre luy-mefme Grec de nation.

Outre plus, il eft hors de doute qu il a vifité l'Es-

remarquable mémoire de M. Quicherat, intitulé : Critique des deux plus anciennes chartes de l'Abbaye de Saint-Germain-^s-Prés. Voici le passage auquel il est fait allusion; il n'a nulle valeur et n'offre qu'une assonance qui flatte l'oreille, sans satisfaire l'esprit. In urbe parisiaca, prope muros civitatisy in terra quœ aspicit ad fiscum Isiacensem, in loco qui appellatur Locotitiœ^ et non, in loco Titicty comme écrit Thevet.

i. Quoique, bien que, vieux français.

2. La fable se mêle à l'histoire en cet endroit, dans la Fleur des Antiquité^ de Paris (iSj»)? Gilles Corrozet a traduit ainsi ce passage :

Hercules en Gaulle passant Trouua vne Isle dedens Seine, Et en ce lieu rafreschissant Ses gens comme bon cappitaine, DediflScr print grosse peine Y laissant les Parrasiens, Qui depuis en gloire haultaine Turent nommez Parisiers.

De la fondation et cité de Paris, édit. de M. P. Lacroix. — Paris, L. Willem, 1874.

LA CITE DE PARIS. j

pagne, la France & Fltalie : & ainfi ne feroit inconuénient, que ceux de fa fuyte, s'eftans arrêtez en ce lieu, n'ayent peu donner ce nom à cefte ville, veu qu'on Pappelloit toufiours du depuis Lutèce des Parrifiens, changeant vn A en vn I. Ces Parrifiens* eftoient natifs de Grèce, de la Prouince d'Arcadie, gens vaillans, & adroids aux armes, & addonnez au pafturage : lefquels ayant perdu leur pais, ruiné défia par la guerre, il leur fut aifé de s'arrefter en cefte contrée fi propre. De dire (comme font quelques vns) qu'elle fut nommée de Paris, fils du Roy Priam, & que ç'ayt efté le dix-huitième Roy des Gaules, ce feroit par trop s'eflongner de la vérité ; ioind que Lutèce eft longtemps deuant, & renommée des fufdits Parrafiens, pluftoft que Paris fuft en effence, voire & auant que Priam fuft né. Par ce moyen vous voyez Tantiquité de cefte ville deuancer Rome, 8l la plupart des autres de pardeça ^. Je ne veux aufli pafl^er foubz filence le peu d'aduis de ceux qui font des étymologies des mots moidié latins, moidié étrangers, lorsqu'ils difent que Paris eft did de Par-Ifis^ égal à Ifis, à caufe que Melun eftoit iadis nommée de ce nom, du temple de ladite Déefl^e, bafty en icelle, & que Paris et Melun fe reflembloient d'affiette,

1. La similitude du nom a frappé les historiens naïfs qui ont traité de nos origines : Knobelsdorf, contemporain de Thévet, dans un poëme latin, Luteiiœ Parisiorum (1S43), a développé ce thème d'après Corrozet.

2. La chronologie n'embarrasse jamais l'auteur de la Cosmographie, brouillé, comme on le sait, avec les dates.

eftant chacun pofé dans une Ifle de Seine, comme encores on le peult voir.

3. Cefte dénomination donc eft trop froide, veu qu'il eft vray que Paris eft fondé long temps auant Melun 1, qui fut édifié par les Sénonois. Au refte, fî Ton vouloit adiouter foy à ces interprétations, ou fottes liaifons de mots, qui me garderoit de dire que Paris defcend du nom indien Athaparis^^ ou O/nache-

ATHAPARIS DE JAVA

(d'après la Cosmographie du Levantj.

pjr/x, en langue lauienne, qui eft une certaine befte que i'ay veuë, de la grandeur d'un barbet, que ces

1. Il serait difficile d'établir la priorité de l'une de ces villes sur l'autre; elles existaient toutes deux du temps de César, le premier qui en parle dans ses Commentaires.

2. Cette démonstration par l'absurde vaut mieux que toutes les explications forcées employées par l'auteur sans pouvoir rien démontrer de concluant. N'est-il pas curieux de constater que ce moine si ignorant, si simple, va chercher des points de comparaison dans le sanscrit, — si le mot n'était pas inventé encore, la chose existait, — dins la langue des Parsis ? L'animal nommé Atba-

fauuages appriuoifent? ou bien que la ville d'Angoulefme ne print le nom dVne autre befte, nommée Goulifmum *, aflez congneuë entre les Ethiopiens? Mais ces allulions font autant de refueries.

De croire aufli que Paris ayt efté nommé de ladite Déeffe Ifis, le Temple de laquelle fut ou à préfent eft S, Germain des prez (qui donnoit argument au peuple de la nommer l'idole de Saind Germ^ui* : laquelle Pabbé Briffonnet feit de noftre temps ofter

paris à Java, et Na (eau) en patagon, est la sarigue, d'après la Cosmographie, Quant à la représentation de ce marsupiau, elle laisse beaucoup à désirer ; comme plusieurs figures d'animaux qu'on y trouve, elle rappelle l'histoire naturelle observée ou plutôt imaginée par le moyen fige : tête fantastique, griffes de lion, queue d'écureuil, et, pour montrer que la mère ne quitte pas ses petits, on les a mis sur son dos ; dans leur abri naturel, la poche de la mère, on ne les eût point, il est vrai^ aperçus. C'est naïf, sinon exact.

1. N'ayant pas, comme pour l'athaparis, la représentation du sujet, il est difficile d'en déterminer le nom moderne. On aurait pu croire que Thevet aurait eu recours au mot arabe guly rose, d'où le terme du blason, gueulCy rouge. La conclusion est pratique; mais ces allusions sont autant de resueties : pourquoi alors s'y arrêter?

2. « Aucuns dient que près d'icelle ou lieu qu'on dit Sainct Germain des Prez estoit ung temple dédié à une Idole de la déesse Isis, laquelle, selon Jehan le Maire fut royne d'Egypte, et femme du grant Osîris surnommé Jupiter le juste, et dit que la statue d'icelle est veue audit Heu de Sainct Germain des Prez, laquelle chose est vraie, car plusieurs de nostre temps l'ont veue, et estoit la statue fort grande, laquelle vulgairement estoit appelée l'idole Sainct Germain, et depuis peu de temps elle a esté ostée et mussée. » Corrozet, ibidem. L'abbé Guillaume Briçonnet la fit retirer parce qu'elle était l'occasion d'actes d'idolâtrie pour des personnes peu instruites, a Le Théâtre de Paris précise la date, 1514. Voir La Rochemaillet dans notre Collection des anciennes Descriptions de PariSy vol. IV. »

& tranfporter, tellement que Ton ne la voit point 'auiourd'huy). Ceux, dy-ie, qui m'ont voulu faire entendre que fon effigie eftoit toute nuë *, me font douter de leur dire & répondre que eftant en Egypte (où cefte Déefle eftoit réuérée plus qu'en autre lieu, & d'où leurs voifins auoient apprins la forme de Feffigier & de luy facrifier) , i'ay veu plufieurs de ces ftatues & médalles antiques, qui n^eftoient nues en forte aucune.

4. Mais pour reuenir à mon propos, Paris a eu le nom des Parrafiens & Lutèce de fa blancheur, & fut baftie bientoft après Thèbes, en Grèce*. D'autres l'ont nommée Ville de Iule Céfar, non qu'il en fut le fondateur (comme on peult recueillir), ains pour ce qu'il l'augmenta & àggrandit, après qu'il l'eut prinfe. Aufli fault-il noter que Paris eftoit feulement enclos en ce que contenoit l'Ifle, & fa clofture la plus grandpîirt de bois, qui leur feruoit de fortereffe, à la forme des grandes villes que Ton voit encore auiourdhuy aux Indes Orientales 8l haulte Afrique ®. Quant

1. Thévet prend au sérieux l'appellation d'Isis donnée à une statue qui pouvait être antique sans être égyptienne. Ce pouvait être aussi une statue mérovingienne déplacée de l'église et adossée contre un mur, que l'ignorance aura gratifiée du nom d'Isis, que la tradition aura conservée ; en tout cas, à moins de représenter Adam ou Eve, elle devait être drapée; le passage de Corrozet : que cette statue était fort grande, fait penser aux effigies plus grandes que nature que Fon mettait sur les tombes levées.

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