‹ Anciennes descriptions de ParisChapitre 14 sur 14 · ELOGE DE MUNSTER, PAR TBEVET · texte numérisé non relu

ELOGE DE MUNSTER, PAR TBEVET

LUSIEURS s'estonneront * de ce qu'ayant en ma Cofmographie et en cet œuvre si souvent repris Munster, présentement je représente son portrait et dresse par manière d'éloge le brief discours de sa vie. Ausquels je ne veux, pour les contenter, opposer rien autre que la deffence que prit Aristote sur ce qu'on lui eut sceu reprocher, qu'il se bandoit contre Platon, lequel comme son maître et précepteur il de voit chérir et honorer. Platon, dit-il, m'est amy, et la vérité m'est amie. C'est pourquoi, encore que je prise le sçavoir de Munster, si ne puis- je le flatter en quoy je connois qu'il s'est mépris : autrement il faudroit quitter mon naturel, et d'une affection mal advisée épouser les opinions d'autruy, lesquelles je vois autant éloignée de la vérité, qu'il y a de distance entre le dernier Ciel jusqu'au centre de la terre. Et afin que je desploye quelque chose de ce que je puis avoir sur le cœur de personnage, je trouve que de trois costez son honneur est terny et déchiré. Quant à luy, pour avoir été trop prompt à croire, au raport d'autruy, il s'est laissé couler en une milliasse de faussetez, bourdes et niaiseries,

i. Voire s'émerveilleront.

donc j'en ay en passant remarqué quelques unes, ainsi que le pour oit permettre le sujet que je traitois. Voilà ce que c'est de s'aventurer en ce qui passe les bornes et limites, soit de notre capacité, soit de notre vacation. S'il eût remarqué que la Cosmographie doit estre traitée par personnages, qui ayant hanté et découvert les pais, contrées et régions du monde, je n'estime pas qu'il eût osé s'hazarder à chose où il n'entendoit que le haut allemand : car encore que par la proportion bien ordonnée du globe terrestre on puisse appréhender les hauteurs des lignes, climats, parallèles, cercles, latitude, longitude, dégrez, minutes, et dimensions : toutes fois cela est avec une incertitude si grande, que ceux qui, sans avoir de leurs yeux découvert les pais, en ont voulu raisonner, ont trouvé leur raison éclipsée de trois quartiers et de la moitié et davantage de l'autre quart. Pour cette occasion on n'adj ouste pas grande foy à Xénophon et Thucydide, parce qu'ils n'estoient parvenus jusqu'aux lieux dont ils faisoient mention. Comme aussi le récit d'Ephore et Timée est demeuré fresle, douteux et mal-asseuré, pour ce que, non point par paresse et négligence ils se sont mépris, mais par faute d'avoir sceu découvrir l'assieste des païs et régions dont ils dressèrent un discours : au lieu qu'on voit le grand poids qu'a eu le rapport d'Artémidore, quand il escrit, d'Arabie, parce qu'il y avoit esté, IorsquMLlius Gallus y fut dépesché par les Romains. De même aussi sans caution, comme l'on dit, s'assure-t-on de ce que Diodore le Sicilien descrit, promet et propose des affaires des Egyptiens. Et c'est cela qu'on dit coustu- • mièrement qu'un témoin qui a veu, vaut d'avantage que dix qui auront oùy. Cela fait que je loue grande* ment ce qu'a escrit Munster touchant son païs d'Allemagne, puis qu'on voit qu'au plus près de la vérité il en a escrit ce qu'il en sçavoit, mais à ce qui est des pais

estrangers, il n'y a personne qui avec moi ne reconnoisse, qu'il a passé par dessus, ec le plus souvent a pris le blanc pour le noir, pour avoir pesché dans les bezasses de quelques ignorans, qui n'avoient que danrées falsifiées et corrompues. Dont fe m'estonne plus, est qu'il y en a eu qui, n'estant plus habiles de sçavoir que Munster, ont néanmoins osé gratter sur luy, le refondre de nouveau, qui est le second chef sur lequel je fonde le grief que je prétends à rencontre de ceux qui n'ayant porté leur nez guères plus loin que les tisons de leurs foyers, leurs poiles ou leurs cahuettes, cependant osent se faire accroire qu'il n'y a coin, canton, ni anglet de terre, lequel ils n'ayent fureté, mais c'est imaginairement. Pour couvrir cette par trop présomptueuse entreprise, ils ont par cy par là dérobé ce qu'ils ont peu, et quelquefois ont voulu estronçonner de petits lopins de la suite des discours qu'ils ont chastré. Si bien que leurs gros bouquins ne sont composez pour la plupart que de pièces raportées, qui sont de si mauvaise grâce, qu'à ce que je puis apprendre, ils ne servent qu'à faire des cornets aux espiciers et beurriers. Ce que j'en dis ainsi ouvertement est pour le regret que j'ay, que Belle forest ait assez indiscrètement voulu rabobliner la Cosmographie de Munster. Je ne fais pas de doute que quelques-uns n'estiment, que (ce que) j'en dis, ce soit pour luy rendre pour poids fèves, et qu'ayant été agacé par luy, je veuille à cette heure des charger la fureur de mon courroux sur luy. Dieu m'en sera à témoin, et de ma part, quand il m'auroit plus offensé qu'il n'a, je serois bien fasché de satyriser et mal parler d'un mort. Joint qu'à la fin de ses jours, reconnaissant le tort qu'il avoit, d'avoir fait imprimer ces livres où, contre sa conscience, il déchiroit la renommée des gens de bien et de ceux qui luy a voient mis le pain à la main, il me manda : et, en présence de deux Doc-

teurs de la Sorbonne, son médecin et son marchand libraire et imprimeur, Gabriel Buon, après m'avoir baisé les mains, confessa publiquement qu'il sentoic sa conscience chargée des blasmes qu'il m'avoit imposé : parquoy il me demanda pardon par plusieurs fois. De ma part je le requis au mieux qu'il me fut possible, et luy dis qu'il ne devoit pas penser à cela, attendu que nous étions tous hommes. Et quand à Munster, je ne suis point de ceux, qui quant le loup est mort (comme l'on dit) sont hardis à abboyer; mais n'oseroient de cent pas à la ronde approcher de luy. J'ay lettre de ce docte Allemand, escrite dès l'an mil cinq cent cinquante, par laquelle il se rétracte de certaines fautes lourdes qu'il avoit commis dans sa Cosmographie, prend de bonne part les repréhensions que je luy a vois faites, sous promesse de les remarquer et retrancher en la première édition qui en seroit après faite. Faut que la mort ait coupé une si louable rétractation. Au moins si ceux qui ont remis la main sur sa Cosmographie, eussent daigné demander aux successeurs de ce bon personnage les mémoires qu'il pouvoit avoir escrit après la dernière édition, ils n'eussent (j'en suis bien asseuré) fait de si lourdes démarches. Or, pour reprendre nostre Munster, le troisiesme chef qu'on peut employer pour le ternissement de son honneur, est que l'autheur des portraits des Hommes illustres le semble mépriser de ce qu'il a esté Cordelier, comme si l'habit de Saint Fran • cois et la Chrestienneté en un mesme sujet fussent deux choses incompatibles. Parce qu'il est de différente opinion d'avec moy, je ne le battray point des arguments propres à le persuader aux Catholiques, d'autant que je sçay bien qu'il ne s'en feroit que rire. Mais je luy veux apprandre sa leçon des livres mesmes de ceux de sa religion, qui confessent que le Baptesme qui est receu en l'Eglise Catholique Romaine, retient encore la

forme essentielle qui faits Chrestiens ceux qui sont baptisez. Delà, je conclus que, puisque Munster a esté baptisé, il est chrestien. Et il y a bien plus, que les Catholiques Romains ne sont point retranchez de la compagnie des Chrestiens par Calvin et celuy mesme auquel nous adressons ce propos, qui pouvoit bien plus modestement parler de Munster, sans tout d'un coup le deschrestienner dès qu'il a été Cordelier. Possible fondet-il sa raison sur ce que les Catholiques croyent Jésus Christ, lequel luy ni les siens ne veulent ad vouer?

Mais cela est rompre l'anguille au genoûil. Que s'il le veut oster du nombre des Chrestiens à cause de la bezasse qu'il faut que les mendiants portent, je le quitte, moyennant aussi qu'il m'accorde deux points. Le premier est que Jésus Christ rejette du nombre des siens les pauvres : ce qui est manifestement répugnant à la vérité Évangélique, et par ainsi je tiens tant de luy, que jamais il ne me passera cec article. Le second est qu'il retranchera du nombre des Chrestiens tous ceux qui ont esté mendians ou moynes, et par ce moyen il eflàcera du livre de louange une grande bande de ceux qu'il a tant prisé en son œuvre des portraits, et mesme nostre Munster. .Vous y trouverez son Hierosme Savonarolè, lequel il fait Florentin, quoyqu'il fut Ferrarois : il estoit Jacobin. Quand à Martin Luther 011 sçait fort bien qu'il fut Augustin, et Conrad Pellican, Cordelier ; Jean Baleus, Anglois, Carme ; Pierre, Martyr, de l'ordre de Saint Augustin ; François Kol, Augustin ; Marlorat, Jean Bugenhage, Martin Bucer, Volfgand Muscule, Christophe d'Areliano et une longue traite d'autres, avoir esté premièrement esclos dans des couvents et monastères, desquels ils ne pouvoient sortir et rompre leur veu de chasteté sans permission ou dispense du Pape, et les conditions sous lesquelles les saints Conciles ont permis qu'ils pourroient quitter leur religion,

à sçavoir si par force, ou n'ayant l'âge compétant ils ont esté reclus es cloistres, qui ont esté les ouvriers de l'édifice de leur Religion, et par ainsi qu'ils doivent estre renvoyez, ou au paganisme, ou au mahométisme, ou enfin au mélange de l'un et de l'autre. Là-dessus je sçay fort bien qu'il me repondra que leur conversion les a refaits Chrestiens, ce qui sera fort difficile à me persuader, puisque je tiens pour maxime indubitable, que la seule porte et entrée du Christianisme tourne sur les gonds du Baptesme. Toutesfbis, puisque ce discours n'a pas été entrepris pour rembarrer avec raisons Théologales ceux qui détractent de l'Église Catholique, Apostolique, Romaine, je me deporteray de cette dispute, pour retourner à notre Munster, lequel (ainsi que lui mesme a escrit au troisiesme livre de fa Cosmographie) estoit fils d'André Munster, né à Ingelheim, lieu fort renommé, tant pour son assiette, qui est fort belle et plaisante, que pour la naissance qu'il a donné à l'Empereur Charles le Grand, encore que certains le veulent faire natif de Liège : ce que je ne puis croire, attendu que cet Empereur, quand il estoit en la haute Allemagne, avoit accoustumé de se tenir dans son supsrbe et magnifique palais, qu'il avoit là. Que s'il doit estre renommé pour avoir donné naissance à un empereur, qui a par ses actions et victorieuses conques tes fait retentir par tout le monde le bruit de son excellence, combien plus doit Ingelheim estre estimé d'avoir enfanté celuy qui n'a point seulement consacré à éternité la mémoire du lieu de sa naissance, mais aussi l'Allemagne entière et le reste des contrées de tout le monde ; je ne tirerai point hors ligne de compte ce qui ne peut lui estre désavoué pour le m Vite de sa Cosmographie, puisque cy-dessus j'en ay desja assés suffisamment parlé, et qu'il n'y a homme qui ne doive grandement admirer la diligence, qu'il a mis à recher*

cher tant l'assiette des places, dont il propose les des* çriptions, que les loix, mœurs, usances, coustumes et manières de vivre des peuples, quelque esloignés qu'ils soient. J'ay prou d'autres articles, lesquels si je vouloye mettre par compte, faudroit enfler de beaucoup ce présent éloge. Pour les sciences mathématiques, il a mis en lumière plusieurs beaux et excellens livres, qui servent de beaucoup à l'illustration de ces disciplines. Vous avez son Horologegraphie, où il dresse plusieurs sortes de compositions d'horloges, le tout avec plusieurs figures gaillardes et gentilles. En après, son organe uranique nous représente les Théoriques de toutes les planètes, leurs mouvemens ordinaires iusques à cent ans : les changemens de la Lune, quand elle croist, envieillit ou defîaut à cause de l'Eclipsé : le deffaut du Soleil. Les règles sur le nouveau instrument luminaire, enseignant par quels moyens on trouve les vrays et moyens mouvemens du Soleil et de la Lune, les lunaisons, les conjonctions, les oppositions, le chef du Dragon, les Eclipses, les heures égales et inégales de la nuit, le lever et le coucher du Soleil, l'ascendant du ciel, l'intervalle, le nombre d'or et infinies autres rarités dignes de fort grande remarque. Les tables nouvelles qu'il a adjoutées sur la Géographie de Ptolémée, basties avec telle industrie, que pour lire dans ce géographe est presques impossible, sans avoir les lunettes dressées et accommodées de Munster. Sur Pomponius Mêla et Jule Solin il a passé son pinceau pour dégrossir, nettoyer et purifier les rides, macules et obscurités, qui rendoient ces autheurs autrement ennuyeux au Lecteur. Je laisse à part quelques autres petits traictés, qui sont glissés parmy les œuvres d'autres excellens mathématiciens pour estaler ce qu'il a consacré à la langue hébraïque, à laquelle il a apporté autant de lumière que nul autre de son âge. Premièrement je produiray l'introduction

$o THEVET.

qu'il a fait pour la langue hébraïque, avec une telle facilité, que les plus lourds peuvent, presques en dormant, comprendre les secrets d'une si sainte et divine langue. Vous avez des tables, grammaires despareillées et jointes ensemble, pour l'explication de toutes les parties de la langue hébraïque, soit sur les déclinaisons des pronoms, les conjugaisons des verbes, l'artifice de soumettre les affixes, les façons diverses et jugemens des- noms, les explications des consignatifs, les abréviations magistrales, les difâcultez des accens et la composition des vers. Ce fut Munster qui premier escrivit la grammaire Chaldaïque, après avoir commenté quelques règles générales des Hébrieux. De son cabinet aussi est sorti ce riche et élégant dictionnaire chaldaïque. Voire mais, qu'est-il besoin de m'arrester si longtemps sur la liste des livres, qui ont seulement servi de trace pour parvenir à la cognoissance de cette première et divine langue. Bien peu trouverons nous de livres au vieil et nouveau Testament, qui n'ayent été calcinés, reveus et observés par Munster. Je n'en feray point particulier récit, de peur d'ennuyer le lecteur, qui pourra, s'il lui plaist, prendre la patience, avoir recours à ceux qui ont dressé registre et inventaire des livres partis de la bibliothèque de Munster. La subtilité duquel je n'admire point tant, comme je fais la facilité conjointe avec une profondité de sçavoir .inestimable, dont il a usé pour interpréter les livres sacrés. Surtout il a mis grande peine de découvrir les abus, impostures et resveries des Ràbins, qui, sous prétexte qu'ils a voient naturellement la cognoissance de la langue sacrée, se sont fait accroire qu'il leur étoit loisible de tourner, rire et renverser le sens de l'escripture à leur poste, afin que par ce moyen, embarassant de leurs resveries la vérité de la parole de Dieu, ils nous privassent du fruit de là lumière que avec un certain juif acca-

ri astre, qui s'opiniastroit obstinément pour son Messias, où il le gale de toutes façons, et luy apprend que le vray Messie est desja apparu, le vray et unique Sauveur de tout le monde, auquel les Chrestiens croyent. C'est le Dialogue qu'il composa en Hébrieu et en Latin, afin que les Juifs peussent veoir là leur procez faict, puis que leurs ruses estoient découvertes, et d'autre costé que les Chrétiens s'équipassent de toutes armes, dont là il dressa un arsenal pour résister aux calomnies et faussetés judaïques. Il a fait plusieurs belles traductions tant des livres de la Bible que de ceux des Rabins» lesquels il cognoissoit pouvoir servir à l'édification de l'Église de Dieu. A laquelle non-seulement par escrits, mais aussi de bouche, il a servy en l'exercice de professeur, où il estoit appelé à Basle, ville entre autres choses renommée pour la fameuse université qu'y dressa le pape Pie Second, comme il appert par ses lettres, données à Mfrntoiie, le dernier jour de Décembre, l'an de grâce mil quatre cent cinquante neuf, et de son pontificat le deuxième, lesquelles contiennent cecy. « Jadis quand nous étions encore en plus bas estât, avons évidemment cogneu par l'espace de tems que nous avons demouré en la très renommée ville de Basle, que c'estoit un lieu quand à la salubrité de l'air, et toutes autres utilitez , desquelles l'homme peut se resjouir, fort exquis, et pour cela bien commode à sustenter les semences des arts et des lettres. Parquoy nous, estans parvenus au plus haut degré de la dignité apostolique, et désirant illustrer et esclaircir par la lumière des sciences tant icelle ville que le pays alentour, et l'appuyer du conseil de gens sçavans, avons estably et ordonné audict lieu une université générale, et donné licence de lire perpétuellement tant en la sacrée théologie et chascun droict qu'en toutes autres facultés licites. » Et ne contenta pas ce Pape d'y dresser

St THEVET.

une. Académie, ains aussy (comme teamoigne celuy, auquel est desciné cest éloge, au troisième livre de la Cosmographie universelle) luy octroya tous les privilèges, droicts et libertez qu'ont Boloigne, Coloigne, Erford, Lipse, Vienne et Heidelberg. Là cest excellent personnage leut par un fort long tems. Enfin, après avoir de la manière qu'avez entendu, immortalisé son nom, mouruft de peste Tan cinq cent cinquante deux, à l'aage de soixante ans, au grand regret, non seulement de Basie, mais aussi de tous les bons esprits, amateurs -de vertu. De ma part, je suis esté centriste de sa mort, autant que nul autre de ses amys, pour l'envie que j'avoye qu'il donna un coup de plume avant mourir là où il s'estoit laissez misérablement surprendre à erreur, pour avoir voulu croire trop de légier et à toutes heurtes. Il avoit eue fort grande familiarité avec Erasme, lequel néanmoins fort souvent tançoit de ce qu'il prenoit trop de plaisir à gaber, gausser et piquer les uns et les autres : et luy mettoit en bute plusieurs de ses compaignons, qui par leur modestie gaignoyent plus qu'il n'eut sçeu par telles violentes et brocardées invectives. Surtout lui proposoit Simon Gryné, lequel ala de vie à trespas, le premier jour d'Aoust, en l'année de salut mil cinq cens quarante un. Mort, qui fuft autant ou plue fascheuseà Munster, que si c'eut esté son propre frère. Telle conjonction et amitié estoit entre eux, que je me suis laissé dire, que par l'aide de ce personnage, il a acquis l'esclaircissement de plusieurs points, desquels il a enrichy ses œuvres dernières. De sorte que d'autres se sont avantagé de tant, que dire, que le peu de livres qu'on a de Griné n'est point qu'il n'en ait point composé, mais parce qu'il tendoit à Munster tout ce qu'il pouvoit. Ce qui ne luy doit estre tourné à blasme, puisque dans ses œuvres nous voyons, qu'il n'est point chiche de recognoistre ceux qui l'ont secouru

d'avertissement. Et cela me fait doubter de ce rapport, d'autant que si Munster se fut senty redevable à Griné pour cela, n'eut pas esté, qu'il n'en eût touché quelques mots dans ses œuvres. Or, encore qu'il fût expert Cosmographe, parlant de la division du monde et région céleste, du Zodiaque ou l'escharpe du firmament, de la première et seconde Ecliptique, des Colures ou cercles imparfaicts, il n'en a pas dit grand'chose, ains s'est laissé aler suivant l'opinion de Piere d'Ally. D'une chose le loûe-je principalement, de ce que jamais il n'a appliqué son entendement aux prédictions Lunatiques* par lesquelles plusieurs se sont meslé de prédire beaucoup de choses, suivant ce que Corneille Agrippa n'en a que trop escrit. Munster abborroit et avoit en dédain telles sciences noires, qui apprennent à phantastiques tous certains charactères et invocations des malins espris, et eût esté bien marry d'estre de la partie des expositeurs des Canicules 1 de Salomon et visions du miroir comme il estoit bien adverty, que telles superstitieuse impiétez sont damnabks à ceux qui en font profession. Je sçay bien, que de son vivant il a eu plusieurs ennemis, qui ont escrit contre luy et après sa mort l'ont voulu taxer de magie, pour un certain livre que l'on trouva en sa bibliothèque escrit en charactères hébraïques, lequel estoit soupçonné de magie, pour y avoir veu quelques consécrations d'an eaux et miroirs faites sous ce gergon : Aàonai, Alpha et oméga,os Cartara, Zabrotiy Batam } RLnatam, Fol loquin, Fal loquas, etc. Mais je ne vois point qu'il y ait quelque nécessité en cest« présomption.

i. Clavicules. V. D.

Page 1