LES ORIGINES
pendant des mosquées et dirigées par des ouléma (docteurs de la loi) : de même les chrétiens syriens allaient étudier dans les écoles rattachées aux couvents.
La Mésopotamie païenne ne compte pas parmi les nations douées d'un génie littéraire. On comprend que les œuvres qu'elle aurait produites aient sombré avec le paganisme, à l'exception de quelques inscriptions conservées par la pierre. INIais, s'il y avait eu une vraie culture nationale, la tradition s'en serait conservée ou elle aurait laissé son empreinte sur l'époque chrétienne. 11 n'en est rien : la littérature syriaque est sortie tout entière du grand mouvement religieux qui se produisit en Orient vers notre ère et qui entraîna la Mésopotamie avec une rapidité surprenante. Celte contrée ne tarda pas à devenir un des principaux centres des luttes re.r ligieuses et à prendre une place importante dans l'histoire de l'Église. Elle sera avec Bardesane le dernier rempart du gnosticisme, puis les Syriens de l'empire perse accueilleront le nestorianisme vaincu en Occident, pendant que les Syriens de l'empire romain se déclareront part/sans de l'hérésie monophysite et formeront la secte jacobite.
Nous avons dit que la Mésopotamie avait été le berceau de la littérature syriaque. Les Syriens étaient, il est vrai, répandus sur une vaste étendue de territoire. La Syrie proprement dite, ou Syrie cis-euphratique, la Mésopotamie, la Babylonie, les provinces orientales, telles que l'Adiabène, la Garamée, la Susiane, étaient en grande partie habitées par des Araméensqui, après l'évangélisation de ces contrées, prirent le titre de Syriens'. Mais la Syrie, après l'occupation des Séleuci-
\. Le mot araméen deviiitilans la littérature juive le synonyme de païen quand les Juifs, transporti'S en Babylonie, se trouvèrent entourés
des, s'était promptement hellénisée. L'idiome vulgaire était le syriaque, mais on écrivait en grec. L'usage du grec était général et se maintint longtemps après la conquête romaine '. Le syriaque mésopotamien ne de- \ vint la langue littéraire et ecclésiastique de la Syrie \] qu'après l'établissement définitif du schisme monophy- '■; site dans cette contrée. Auparavant, les offices étaient célébrés en grec et les saintes Ecritures étaient vraisemblablement expliquées oralement dans le dialecte populaire, qui se distinguait sensiblement del'araméen parlé dans la Mésopotamie et la Babylonie-.
Les origines de la littérature, syriaque sont étroitement liées à l'évangélisation de la ^Mésopotamie qui. suivant une tradition constante, débuta à Edesse.
L'heureuse influence du christianisme ne tarda pas à se faire sentir en Mésopotamie. Des relations suivies s'établirent entre Edesse et l'Eglise de Jérusalem d'abord, et l'Eglise d'Antioche ensuite ; elles créèrent un mouvement intellectuel qui fit d'Édesse un grand centre des études religieuses et scientifiques, et de l'araméen mésopotamien la langue littéraire, qu'adopteront un jour tous les Syriens, depuis les bords de la Méditerranée jusqu'à l'Adiabène, et depuis le Taurus jusqu'au golfe Persique.
Cette langue littéraire apparaît définitivement cons-
de populations araméennes adonnées au culte des astres. Les Araméens clirétiens acceptèrent le mot grec ^v^ol pour se distinguer des Araméens demeurés païens.
1. BAniiEB.EUs, Chron. syr., éd. Bkuns, Leipzig, 1780, p. -1-20, éd.BEDJAN, Paris, 180J, p. )i:>, nous apprend que le grec resta la langue littéraire jusqu'au vni" siècle de notreere, notamment à Damas où le calife Walid l'interdit pour la rédaction des actes officiels et y substitua l'arabe.
-2. Sur ces différents dialectes voir BARiiEBUiEus, Œuv. gramm., éd. Martin-, U, p.?), et Histob-e des dynasties, éd. Pocock, Oxford, 4GG3, p. \6 ; éd. Saliiam, Beyroutli, IS90, j). 18. Le syria(|ue occidental, très corrompu, est encore parlé aujourd'hui dans deux villages des environs de Damas.