Voir la XIW liomélie du Paradis de l'Éden d'Ébedjésu
2. Voir dans le Liber thesauri les poésies imprimées, p. 12i, p. 130, etc.
3. Voir, outre le Paradis de l'Éden, la poésie d'Israël d'Alkosch dans le Liber thesauri, p. 90, et celle d'll)n Al-Masilii, ibid., p. 105.
ques furent introduites. L'homélie et l'hymne furent confondues. On transporta aux homélies les propriétés des hymnes, à savoir, la coupe régulière des strophes et Tacrosticlie. Rarement cependant on fit usage dans les strophes de mètres différents; on rencontre des strophes de vers de sept et huit syllabes et des strophes d'un vers de quatre syllabes et de trois vers de sept syllabes ^
Frappés delà richesse de la langue arabe, les Syriens de la basse époque voulurent prouver que le syriaque ne le cédait en rien à l'idiome de leurs rivaux. Ils recherchèrent les expressions rares ou artificielles qu'ils affectaient de considérer comme des archaïsmes propres à donner du relief aux images poétiques. Lelexi- \ que dans lequel Bar Bahloul avait réuni et commenté les mots de cette nature, fut une mine précieuse pour les compositions métriques des derniers siècles.
Le modèle du genre est le Paradis de VEden qu'Ebedjésu, métropolitain de Nisibe, composa en 1290. Ebedjésu prit comme modèle le célèbre auteur arabe Hariri qui, dans cinquante Makâmdt ou « Séances », se livra aux exercices des jeux de l'esprit les plus surprenants. Agrémentée du sel de l'ironie orientale, reproduisant avec un art rare les finesses de la langue vulgaire, l'œuvre de Hariri fut fort appréciée non seulement par les Arabes, mais aussi par les Juifs et les Syriens. Un poète juif de la fin du XIP siècle, Juda Ilarizi, de Tolède, fut si charmé par la lecture des Makdniât, qu'il les traduisit en hébreu et écrivit, pour les imiter, le Sépher tahkemoni, ouvrage qui, s'il reste bien audessous de l'original, ne manque pas d'une certaine saveur littéraire.
I. Voir Liher thesauri, p. "G, 12G et 128. Le Paradis de l'Éden renferme {i'aiilres variétés.
Le Paradis de l'Eden ne se recommande que par Thabileté de l'auleur dans les tours de force de l'esprit. Ebedjésu travaillait avec une langue morte et, en pareil cas, le talent n'est plus que de l'artifice. En outre, les cinquante homélies métriques, qu'il écrivit à l'instar des cinquante Makdmât, traitent de sujets religieux qui se prêtent peu aux fantaisies de l'imagination. Le plaisir de la difficulté vaincue peut rémunérer l'auteur de ses peines, il ne rachète pas la fatigue qu'éprouve le lecteur à suivre le récit. Quelques exemples donneront une idée de ce pastiche. La troisième homélie se compose de lignes métriques de seize syllabes se lisant à volonté de droite à gauche ou de gauche à droite, et formant un double acrostiche. Dans la quatrième homélie tous les mots se terminent par la lettre olaf; les strophes doublement acrostiches ont quatre vers de sept syllabes. En sens inverse, il n'y a pas un seul olaf dans la quinzième homélie, composée également de strophes doublement acrostiches de quatre vers de sept syllabes; de plus il y a une rime unique en a/i'. La sixième homélie est écrite en vers de sept syllabes qui deviennent des vers de six syllabes si l'on retranche dans chacun d'eux un mot écrit en rouge (une cheville, autrement dit), qu'on peut supprimer sans que le sens soit modifié ; c'est une poésie acrostiche avec la même rime pour tous les vers. Dans la vingt-unième homélie, chaque vers contient les vingt-deux lettres de l'alphabet, ni plus ni moins; ce sont des vers acrostiches de douze syllabes. Aux nombreuses variétés prosodiques que ses devanciers lui avaient léguées, Ebedjésu ajouta de nouvelles subtilités, imitées de Hariri ^, L'au-
1. Comp. une poésie d'Elias bar Schinaya, égalemenl sans olaf et avec la rime unique an, dans le Liber thesauri, p. 83.
2. Nous parlons du Paradis de l'Éden d'après l'édition du P. Caud.uii,
teur, pour faciliter la lecture de ce Paradis, jugea opportun d'y ajouter un commentaire qu'il écrivit en 1316. Nous terminons cette revue de la poésie décadente parla mention dune autre œuvre aussi bizarre, mais à un titre différent. C'est un poème sur Rabban Ilormizd, le fondateur du couvent nestorien d'Alkosch; l'auteur, un moine de ce couvent, du nom de Sergis, ne peut guère être antérieur au XVIP siècle ^ Ce poème, en vers de douze svllabes. est un lono: acrosticbe divisé en vingt-deux chants suivant les vingt-deux lettres de l'alphabet syriaque, non compris le prologue et Tépilogue. La rime, qui est la même pour tous les vers d'un chant, est fournie par la lettre alphabétique à laquelle le chant correspond. Mais c'est moins la forme poétique du livre que la langue dans laquelle il est écrit qui lui donne sa physionomie étrange, l^'auteur recherche d'une façon inouïe les mots rares ou inusités, crée des néologismcs d'une singulière audace, détourne les locutions de leur sens naturel, et il en arrive à composer de véritables rébus dont on n'aurait la clef qu'en feuilletant les lexiques de Bar Ali et de Bar Bahloul, si un commentaire marginal n'épargnait ce travail au lecteur en reproduisant les gloses explicatives de ces lexiques.
DejToulli. 1880, qui ne renferme que les ^ ingt-cinq premières homélies. Assêmani a donné une analyse de cet ouvrase, U. 0., UI, part. 1,32:;- 332. Le P. Cardahi a imprimé dans son Liber thesauri, p. o4, une partie de la treizième homélie répondant à la onzième Makâma de Hariri; on y trouve, p. 3ti, 1. 13-18, six vers qui ont été sautés dans l'édition du Paradis de VÉden. \.e P. Gismondi a publié dix hoQiélies avec une traduction latine, Ebêd-Jesu Sobensis carmina selecta, Be}'routh, 1888; dans sa Linguap syriacae grammatica, 2'' éd., Beyrouth, 1900, p. 159 de la Chrestomathie, il a reproduit )a trente-septième hornclie « sur la dissolution de l'univers >.
1. Georges d'Alkosch qui. selon le P. Cardahi, mourut en 1700, est l'auteur d'un poème publié dans le Liber thesauri, p. 131. et dont la facture rappelle beaucoup le genre de Sergis d'Alkosch. Le poème de Sergis a été publié par M. Bidge, The Ufe of Rabban Hnrmizd, Berlin.
LA POÉSIE SYRIAQUE. -^o
Rappelons aussi le petit poème sur la scienceet 1 a vertu, publié par M. Salomon Samuel', que l'auteur a surchargé de mots grecs et d'expressions syriaques rares ou artificielles. Cet écrit, accompagné d'un commentaire, appartient aussi à la dernière époque de la littérature. Il est peu probable qu'il soit sorti de la plume de Barhebrœus, auquel l'éditeur est porté à l'attribuer.
Le pâle éclat que les lettres syriaques jetèrent pendant leur décadence, brilla surtout dans la ^lésopotamie orientale où les Syriens les moins éloignés du siège du Gouvernement menaient une existence supportable. C'est aux Nestoriens que nous devons la plupart des compositions qui nous ont permis de jeter un coup d'œil sur la poésie syriaque de basse époque.