NOTICES SUR LES ÉCRIVAINS SYRIAQUES
Les notices biographiques sur les écrivains syriaques compléteront notre étude de la littérature. A raison de la place restreinte qui nous reste, ces notices seront nécessairement brèves; elles ne peuvent former une histoire de la littérature syriaque qui exigerait un volume entier. Le temps, du reste, n’est peut-être pas venu d’écrire une histoire complète de cette littérature; il faut attendre que de nouvelles publications comblent les nombreuses lacunes qui existent encore. Les écrivains syriaques peuvent être répartis en trois périodes d’inégale étendue ; la première comprend l’époque pendant laquelle les Pères de l’Eglise affermissent la foi chrétienne et combattent les doctrines gnostiques, elle s’étend jusqu’au Ve siècle; la seconde, du Ve au VIIe siècle, est marquée par la propagation de nouvelles hérésies en Syrie : le nestorianisme à l’est et le monophysisme à l’ouest; la troisième commence après la conquête arabe.
LES ÉCRIVAINS JUSQU’AU Ve SIÈCLE.
Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons dit plus haut de Bardesane, p. 241, d’Aphraate, p. 225, de Siméon bar Sabbâé, p. 133, et de Milès, p. 136; nous arrivons tout de suite à saint Eplirem.
La biographie de cet illustre Père, qui se contenta, semble-t-il , du titre de diacre , a été écrite peu de temps après sa mort survenue le 9 juin 373 \ car Grégoire de Nysse et Palladius la connaissent déjà. Nous n’en possédons plus la rédaction primitive, mais des recensions postérieures, surchargées d’anecdotes miraculeuses1 2. Le peu de renseignements historiques que
1. Sur cette date voir Lamy, S. Ephræmi syri hymni et sermones, Matines, 1882-1880. II, Proleg ., p. vm.
2. Il en existe deux recensions provenant d’un même original et renfermant des variantes importantes : la première dans un ms. du Vatican , publiée en grande partie par J.-S. Assémani, B. O., I, 26 et suiv., et in extenso par Évode Assémani, S. Ephræmi opéra syr.; la deuxième, généralement préférable, dans un ms. de Paris, que M. Bickell a fait connaître, Conspectus rei Syrorum litterariæ , p. 26, et Zeitschr. der deut. morg. Gesell . , XXVII, 600-604; publiée par M. Lamy, S. Ephræmi syri hymni et sermones, II, 5-90; réimprimée par Bedjan, Acta martyr, et sanct., III, 621. Deux courts résumés de la vie de S. Éplirem : l’un au Vatican, B. O., I, 25, et l’autre à Berlin, Lamy, Op. cit., Il, Prolegomenci , VIII. Évode Assémani a publié, dans la partie grecque de son édition, S. Ephræmi optera græce et latine , I, xix-xliv, les textes des auteurs grecs relatifs à la vie de saint Éplirem.
fournit cette biographie s’explique par la vie retirée que saint Ephrem mena.
Ecrivain d’une rare fécondité, Ephrem imprima au genre poétique, créé par Bardesane, le caractère que ce genre conserva pendant les siècles suivants. Ses hymnes et ses homélies métriques restèrent comme le modèle que les auteurs postérieurs imitèrent; elles devinrent même célèbres en Occident où elles furent de bonne heure traduites en grec. Une partie de ces poésies fut composée pour combattre les différents systèmes gnostiques qui avaient de nombreux adhérents en Syrie et en Mésopotamie. L’histoire y trouve malheureusement peu à glaner ; la forme poétique ne convient pas aux controverses et saint Ephrem était un polémiste ardent et non pas un critique impartial. Esprit étroit mais d’une rectitude parfaite , il travailla à enraciner la foi sans se préoccuper de rendre justice à ses adversaires. D’autres hymnes et homélies ont été écrites en vue des principales fêtes de l’année et pour les chœurs de vierges qui, sous sa direction, prenaient part à la célébration des offices ] .
Au physique, saint Ephrem était d’un aspect peu avenant : « Depuis son entrée dans la vie monastique, rapporte son biographe 1 2, jusqu’à la fin de sa vie, il ne mangea que du pain d’orge et des légumes secs, quelquefois des légumes verts. Il ne buvait que de l’eau ; son corps était desséché sur ses os , semblable à un tesson d'argile. Son vêtement était formé de nombreux morceaux, couleur de fumier. Il était petit de taille; son visage était toujours sévère; jamais il ne riait; il était