‹ Anciennes littératures chrétiennes (volume 2)Chapitre 198 sur 247 · Wright, Catal., p · texte numérisé non relu

Wright, Catal., p

LES ECRIVAINS

Justinien, à la demande de Théodora, envoya ces évêques à Alexandrie d’Égypte, et ils y terminèrent leurs jours. Mara écrivit peu; sur l’attribution d’un commentaire des Évangiles qui lui est faite par Assémani, voir ci-dessus, p. 77, note 1 .

Une autre victime des Orthodoxes, ce fut Paul, évêque de Callinice, déposé de son siège en 519. Paul se retira à Édesse et occupa ses loisirs à rendre en syriaque les œuvres de Sévère d’Antioche (voir ci-dessus, p. 318).

Jacques Baradée1, le fondateur de l'Église jacobite2, consacra sa vie à relever le parti monophysite qui avait subi de graves atteintes sous Justin et qui avait été persécuté particulièrement par les patriarches orthodoxes d’Antioche, Euplirasius et Éphrem 3. Jacques était né à Telia d’un prêtre de cette ville , nommé Théophile bar Manou. Il fut d’abord moine au couvent de Phesilta, sur le mont Izla. Vers 528, il se rendit avec un moine de Telia, du nom de Sergius, à Constantinople où il savait trouver dans l'impératrice Théodora une aide puissante pour la cause des Monophysites. Son séjour dans cette ville se prolongea pendant quinze années. En 543 une heureuse circonstance assura le succès de ses démarches : le roi des Arabes de Ghassan, Harith ibn Djabalah, vint solliciter de Théodora

1. Le surnom de Baradée, en syriaque f-Rpoo, lui vient de l’étoffe grossière de feutre dont il se vêtissait et dont on se servait communément pour faire des housses de cheval.

2. Le nom de Jacobite, ° Iaxw6tTrtç , est de formation grecque, il fut donné aux partisans de Jacques par ses adversaires ; les Jacobites se désignaient par le nom d 'Orthodoxes.

3. La vie de Jacques Baradée a été écrite par M. Kleyn, Jacobus Baradæus, de Stichter der syrische Monophysietische Iierk , Leide, 4882, d’après l’ Histoire eccl. de Jean d’Asie, éd. Cureton, et les Vies des Bienheureux orientaux du même auteur, Anecd. syr.de Land, t. U; comp. ci-dessus, p. 163. Assémani avait donné sur ce personnage toutes les informations qu’il avait pu recueillir, B. O., II, 62-69, 326 et 331.

JUSQU’AU VIIe SIÈCLE.

l'envoi d’évêques dans les provinces qu’il gouvernait. A la demande de l'impératrice, Théodose, le patriarche exilé d’Alexandrie, consacra évêque de Bostra Théodore, avec juridiction sur l’Arabie et la Palestine, et évêque d’Édesse Jacques Baradée, avec juridiction sur la Syrie et l'Asie Mineure. Jacques n’exerça pas ses fonctions à Edesse même, qui avait alors un évêque orthodoxe, Amazonius; il alla prêcher la Syrie, la Mésopotamie, la Cilicie , la Cappadoce, lTsaurie et les régions adjacentes. Pour assurer l’administration de son Eglise dans ces provinces, il fit nommer de nouveaux évêques de sa confession à Alexandrie ; parmi ceux-ci se trouvait le célèbre historien Jean, évêque d’Ephèse. L’élection de son ancien ami, Sergius, au siège patriarcal d’Antioche , mit le comble à ses vœux. Cependant la mission de Jacques ne s’accomplit pas sans quelques déboires : il dut excommunier comme trithéistes Conon et Eugène, qu’il avait faits évêques. Sergius mourut trois ans après son installation à Antioche et fut remplacé par Paul , un abbé d’Alexandrie, après que le siège patriarcal fut resté vacant pendant trois années. Les dissensions surgirent bientôt au sein des Monophysites triomphants. Jacques se rendit en 578 à Alexandrie pour conférer avec Damien de l’excommunication de Paul, mais il mourut en route au couvent de Mar Bomanus ou de Casion. Sa dépouille mortelle fut ramenée au couvent de Phesilta en 622 , dérobée par les émissaires de Zachée, évêque de Telia. Ses œuvres sont peu nombreuses : une liturgie (traduite par Benaudot, Lit. orient , II, 333); des lettres (écrites en grec et conservées dans une traduction syriaque ’) ; une pro-

1. Ms. Add. 14602 du Musée britannique, Calai. Wright , p. 701; Kleyn, Jacobus Baradæus , p. 164-194.

LES ÉCRIVAINS

fession de foi (conservée en arabe et en éthiopien1); une homélie pour la fête de l’Annonciation (conservée en arabe à la Bodléienne).

Jean d’Asie, un des évêques militants du parti de Jacques Baradée, est l’historien le plus autorisé pour les temps agités de son époque. Nous ne reviendrons pas sur son Histoire ecclesiastique , qui nous fournit dans sa dernière partie une sorte d’autobiographie fort intéressante (ci-dessus, p. 191 et suiv.), ni sur sa collection des Vies clés Bienheureux orientaux (ci-dessus, p. 162). Jean naquit à Amid au commencement du VIe siècle. Il fut nommé diacre au couvent de Saint- Jean en 529, mais il dut fuir sa ville natale pour échapper aux persécutions dirigées contre les monophysites par Éphrem , patriarche d’Antioche (529-544) , et par Abraham bar Kili, évêque d’Amid. En 535 il est à Constantinople où il se rencontre avec Jacques Baradée. Justinien l’accueille avec faveur et lui confie l’administration des biens de la congrégation monophysite. Bientôt Jean quitte la capitale de l’empire grec, chargé d’une mission par l’empereur, et se rend, avec son ami üeuteriqs, en Asie Mineure pour convertir les païens. Son œuvre accomplie, Jean est rappelé à Constantinople pour réagir contre l’idolâtrie qui était encore pratiquée dans la ville et les environs. La fortune de cet ardent évêque périt avec son protecteur. Après la mort de Justinien, la vie de Jean n’est plus qu’une suite continue de tribulations , de fuites et d’emprisonnements, dont il a retracé le tableau dans son Histoire'2. Pour l’appréciation de l’œuvre littéraire de Jean d’Asie, nous

1. Le texte arabe a été publié par Kleyn, Op. cil., p. 121 ; le texte éthiopien, par Cornill, Zeüschr. der deut. morg. Gesell., XXX, p. 417; comp. Wiugiit, Syriac liter ., 2e éd.,88; Bariiebræus, Chron. eccl ., I, 217.

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