Assémani, Bibl. Orient ., III, pars I
LA MASSORE SYRIENNE.
L’ensemble des travaux concernant la lecture exacte du texte biblique dans les versions syriaques est désigné par les Jacobites sous le nom de La tradition , jLajiiaVjLio , nom qui répond à celui de La Massore juive; les Nestoriens se servaient de préférence de l’expression Livres des maîtres de lecture, iUïû-*» M>Êo. Nous retenons le terme de Massore qui est consacré par l’usage, et celui de Massorètes pour les auteurs de ces travaux.
La Peschitto était le premier livre mis entre les mains des élèves qui fréquentaient les écoles ; ces élèves commençaient par la lecture du Psautier; ils abordaient ensuite le Nouveau Testament et les autres livres de l’Ancien Testament, puis les œuvres des Pères de l’Eglise syriaque et de l’Eglise grecque. Les maîtres de lecture apprenaient à leurs disciples à distinguer les propositions des différentes phrases suivant les cinq catégories d’Aristote , à élever et à abaisser la voix en prenant les diverses intonations que le sens exigeait. Les signes qu’ils marquaient, pour cet enseignement, soit sur la ligne, soit au dessus ou au dessous des mots, étaient des points ou des groupes de points que l’on appelle des accents et que l’on divise en accents logiques et en accents rhétoriques .
La massore, dans ses origipes, remonte à l’Ecole d’Edesse, au commencement du Ve siècle: elle fut transmise peu de temps après à l’Ecole de Nisibe par
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Narsès que ses opinions nestoriennes avaient fait chasser d’Edesse. Au A Ie siècle, Joseph d’Ahwaz, l’un des successeurs de Narsès à Nisibe, apporta des modifica-
tions au système des maîtres de l’Ecole d’Edesse4 , et inventa neuf accents, en se servant, pour ses lectures, de la version des commentaires de Théodore de Mopsueste faite par Ibas2. Ramjésu qui présidait à l’École de Séleucie de Babylonie, vers le milieu du VIe siècle, ajouta de nouvelles leçons à la première collection des massorètes nestoriens3.
La massore a produit trois sortes d’ouvrages : 1° des exemplaires de la Bible ponctués et annotés de gloses marginales; 2° des traités des points ou accents; 3° des traités des mots ambigus [De æquivocis).
Les traités sur les accents et les traités sur les mots ambigms font partie de la grammaire et de la lexicographie. Nous les renvoyons au n° xvi; nous parlerons ici des exemplaires de la Bible qui renferment la massore.
La révision de la Peschitto de l’Ancien Testament, faite par Jacques, évêque d’Edesse, en 705, lorsque cet évêque résidait au couvent de Teléda, peut être considérée comme le premier travail systématique de la massore jacobite. Jacques divisa les livres bibliques en chapitres et mit en tête de chaque chapitre un sommaire du contenu. Le texte est accompagné de
1. Bariierræis, Chron. eccl., II, p. TT, dit : « Joseph d’Ahwaz occupa la place (de Narsès) à Nisibe. Tl changea la lecture édessénienne en la lecture orientale que suivent les Nestoriens. Ceux-ci, pendant tout le temps de Narsès, lisaient comme nous les Occidentaux. » Cette modification porta non sur les voyelles, mais sur les points qui marquaient les différents membres de la phrase, Merx, Historici arlis grammaticæ apud Syros, Leipzig, 188!), p. "28.
2. D’après une note d’un ms. du Musée britannique, Wrigiit, Catcd. of the syr. ms., col. TOT, n° V, 3.
3. Voir le ms. de la massore nestorienne dans Wrigiit, Catal. of the syr. ms., col. 103 b.
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nombreuses gloses marginales dont une partie rapporte les leçons des versions grecques et syriaques; une autre partie donne la prononciation exacte des mots. Quelques-unes des notes sont tirées des œuvres de Sévère d’Antioche. On trouve aussi des gloses insérées dans le texte.
Cette œuvre de Jacques d’Edesse ne nous est pas parvenue dans son entier. La Bibliothèque nationale possède deux ms. contenant le Pentateuque, à l’exception d’un certain nombre de versets, et le livre de Daniel. Le Musée britannique a aussi deux ms. renfermant les deux livres de Samuel avec le commencement des Rois et Isaïe ; le premier livre de Samuel présente quelques lacunes 1 . Ces ms. sont datés de 719 et 720 , c’est-àdire, d’une dizaine d’années à peine après la mort de l’évêque d’Édesse.
Jacques avait montré aux Syriens la voie à suivre pour systématiser les travaux de la massore. 11 ne tarda pas à trouver de dignes émules parmi les moines qui, dans la retraite, consacraient leur vie à l’étude des Écritures. C'est dans le couvent de Karkaphta [le crâne), situé près de la ville de Reschaina, que la massore jacobite atteignit son apogée. Les massorètes jacobites sont désignés sous le nom de Karkaphiens , jjAoyo, et leur œuvre porte le titre de La tradition Karkaphienne , )Ïqj.^oXjoo, dans le commentaire
de Barhebræus intitulé Le magasin des mystères et dans les ms. de la massore jacobite.
On s’est longtemps mépris sur le sens exact de ce titre. Assémani traduisait versio Karkaphensis hoc est montana et il ajoutait que c'était la version dont se
d. Des fragments de cette révision ont été imprimés dans Bugati, Daniel secundum edilionem LXX Interpretum , Milan, 1788; et dans Ceriaîw, Monumenta sacra et profana, t. II, fasc. I, p. x, Milan, 18GG.
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servaient les habitants des montagnes b Le cardinal Wiseman retrouva cette soi-disant version dans le ms. 152 du Vatican1 2. C’est l’Abbé Martin qui le premier aperçut le vrai sens et montra que les mots traduits par version Karkaphienne signifiaient en réalité la tradition Karkaphienne, c’est-à-dire la massore élaborée dans le couvent de Karkaphta3 4 5. Mais l'Abbé Martin ignorait encore le véritable emplacement de ce couvent; M. Georg Hoffmann a prouvé qu’il se trouvait à Magdal sur le fleuve Chabor, non loin de la ville de Reschaina b
Dans les ms. qui renferment la massore jacobite, les gloses marginales relatives à la leçon exacte du texte et à sa prononciation sont souvent indiquées sous la rubrique toubana , (ou par abréviation cq,). Le car¬
dinal Wiseman croyait que ce mot désignait la Peschitto ; l’Abbé Martin y voyait une épithète de Rabban Théodose, un auteur syriaque. Nous savons aujourd’hui à quoi nous en tenir, grâce à deux gloses du lexique de Bar Bahloul qui nous apprennent ce qui suit 5 : « Les deux docteurs Toubana et Saba. Il y avait deux docteurs connus et renommés pour la massore (jtajLio^Lîb) des Testaments à Reschaina. L’un Toubana Santa, qui était dans l’un des couvents de l'endroit, et l’autre, un certain Saba, qui était respectable et éprouvé pour sa chasteté et l’exactitude de sa massore. C’est pourquoi, partout où il y a, à la marge des