‹ Anciennes littératures chrétiennes (volume 2)Chapitre 50 sur 247 · Lipsius, l. c · texte numérisé non relu

Lipsius, l. c

LES APOCRYPHES

séparés ne présentant plus de sens, furent supprimés par les copistes postérieurs. La version de Rufin a Abgarus Urkamiæ filins; la traduction syriaque d’Eusèbe (en tête des Ane. syr. documents ) porte : Abgar Oukâmâ le toparque. La réponse que Jésus fait à la lettre d’Abgar est écrite dans Eusèbe, mais elle est orale dans le syriaque qui évite de cette manière l’objection qu’une lettre du Seigneur, si elle était authentique, devrait figurer dans les livres canoniques du N. Testament.

La plus importante variante est l'addition que contient La doctrine à la fin de la réponse de Jésus : « Ta ville sera bénie et aucun ennemi ne prévaudra contre elle. » Cette addition constitue une nouvelle légende, inconnue d’Eusèbe, qui semble s'être formée vers le milieu du IVe siècle. On citait en faveur de cette date le Testament de saint Ephrem 1 qui fait mention de cette légende. Mais il est reconnu aujourd'hui que ce Testament est une oeuvre apocryphe postérieure à saint

Ephrem. Un autre témoignage ancien est fourni par la pèlerine gallo-romaine , dont la relation de voyage a été retrouvée et publiée par M. Gamurrini1 2. Cette pieuse personne reçut de l’évêque d’Edesse, dont malheureusement elle ne donne pas le nom , une copie de la lettre d’Abgar et de la lettre de Jésus. Cette dernière renfermait la bénédiction , comme il résulte de

1. Édité dans le second volume de l’édition de Rome des œuvres de saint Éplirem , p. 345-410, et dans Overbeck, S. Ephræmi syri... opéra , p. 137-156.

2. Dans le IVe volume de l’Académie historique et juridique de Rome, 1887, sous le titre de S. Hilarii tractatus... et sanctæ Silviæ Aquitaniæ peregrinatio ad loca sancta. Dans notre Histoire d'Édesse, Paris, 1892, nous avons, pour plusieurs raisons, émis des doutes sur la date que M. Gamurrini fixe pour cette relation de voyage (IVe s.). Dom Cabrol, Les églises de Jérusalem, au IVe siècle , Paris et Poitiers, 1895, tient pour l’époque indiquée par M. Gamurrini.

DU N. TESTAMENT

ce passage (p. 68) : « Quoique j’eusse dans mon pays des copies de ces lettres , j’ai trouvé très agréable de recevoir celles-ci de l’évêque, parce que sans doute, en arrivant chez nous, les lettres avaient subi quelque diminution ; car ce que j’ai reçu ici est assurément plus complet [nam vere amplius est cpiod hic accepi). » Du reste, l’évêque fait mention de cette bénédiction (deux pages plus haut). Il raconte à la voyageuse le siège que les Perses mirent devant Edesse peu de temps après qu’Abgar eut reçu la lettre du Seigneur. Abgar, dit-il, se rendit aussitôt à la porte de la ville en tenant cette lettre et s’écria : « Seigneur Jésus! Tu nous as promis qu’aucun ennemi n’entrerait dans cette ville. « Aussitôt d’épaisses ténèbres entourent la ville et les Perses sont obligés de se retirer. Ce récit diffère peu de celui que renferme la chronique attribuée à Josué le stylite. Il est rapporté dans cette chronique4 que, le mercredi 17 septembre 503, les Perses entourèrent Edesse, mais ne purent rien contre elle : « Toutes les portes de la ville étaient ouvertes, mais les Perses ne purent entrer à cause de la bénédiction du Christ. » Cette légende est encore mentionnée dans Les actes de Mari , dont nous parlerons bientôt, et dans une homélie de Jacques de Saroug1 2. Intéressant est ce que dit Procope à ce sujet3. « La fin de la lettre qui contenait la bénédiction est ignorée des auteurs qui écrivirent l’histoire de ces temps, mais les Edesséniens prétendaient que cette bénédiction se trouvait dans la lettre. Dans cette conviction, ils plaçaient cette lettre devant les portes de la ville comme un palladium. Pour éprouver la véracité de cette croyance, Chosroès mit

1. Wright, The Chronicle of Joshua tlie Stylite , Cambridge, 1882, cl). îx.

Page 1