La Littérature grecque, p
6. Reliquiæ juris ecclesiastici antiquissimæ syriace , Leipzig, 1850, p. 2-32 et 44-00; l’édition grecque par Paul de Lagarde a paru la même année, sous le même titre. Il existe également un Recueil de tous les canons des saints Apôtres et des synodes des saints Pères, comprenant cent cinquante-un titres, Catal. Vat., III, n° CXXVII, p. 178; Catal. Zotenberg , n° 62, 4°.
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par Paul de Lagarde 1 et Gureton 2 3. Ce dernier a donné à la suite de cet apocryphe La doctrine de saint Pierre2, .
Les apocryphes syriaques que nous avons mentionnés jusqu'ici sont pour la plupart des traductions d’originaux grecs. La doctrine d’Addai est, au contraire, un document original de la littérature syriaque ; elle mérite plus qu’une simple mention et vaut la peine qu’on s’y arrête. Cet apocryphe est en effet intimement lié à l’histoire des premières églises de la Syrie orientale et jette quelque lumière sur cette histoire.
Le roi d’Edesse, Abgar Oukhâmâ, souffrant d’une maladie invétérée et incurable, apprend les miracles et les cures merveilleuses que Jésus fait en Palestine. 11 mande par écrit au Sauveur de venir le guérir à Edesse et de partager avec lui sa royauté; Jésus sera ainsi à l’abri des complots des Juifs qui cherchent à le faire périr. Le Seigneur répond qu’il a une mission à remplir ici-bas et qu’il ne peut se rendre à l’invitation d’Abgar; mais, avant de remonter au ciel, il désignera un de ses apôtres qui rendra au roi la santé.
C’est à l’apôtre Addai qu’échoit la mission d’évangéliser la Mésopotamie. Cet apôtre se rend, après la Pentecôte, à Ëdesse , où il guérit le roi Abgar et un des personnages de sa cour en proie, lui aussi, à un mal incurable; puis il fait rassembler tous les habitants sur la grande place de la ville et, à sa voix, tous, païens et juifs, se convertissent avec un empressement égal. Addai fait détruire les temples des idoles ; il construit la première église d’Edesse qu’il administre jusqu’à la lin
1. Reliquiæ, etc., p. 32-44, d’après le même ms. de la Bibl. nat., dans lequel cet apocryphe porte le titre de Doctrine d’Addai.
2. Ancient syriac Documents, Londres, 1864, p. 24-35, d’après le ms. du Musée britannique, Add. 14644.
3. Ane. syr. Doc., p. 35-41, d’après deux ms. du Musée britannique.
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de sa vie. Au moment de mourir il désigne pour son successeur Aggai, qu’il avait fait prêtre; après sa mort il est enterré avec pompe, au milieu du deuil général, dans le somptueux mausolée des rois d’Edesse.
Tel est, en quelques mots, le fond de cet apocryphe. Le caractère légendaire de La doctrine d’Addai est admis par la majorité des critiques L II est établi aujourd’hui que le premier des rois chrétiens d’Edesse fut Abgar IX, fils de Manou, qui régna de 179 à 214, et non pas Abgar Y, ou Abgar Oukhâmâ, également fils de Manou et qui régnait au commencement de notre ère. Les princes qui précédèrent Abgar IX àEdesse étaient païens; la tiare qui surmonte la figure de ces princes sur les monnaies qu’ils nous ont laissées , porte les emblèmes de l’ancien culte sidéral , le croissant lunaire et trois étoiles. En outre, La chronique d’Edesse nous a conservé un document des archives d’Edesse sur l’inondation de l’an 201 , dans lequel il est parlé de l’église des chrétiens en termes qui montrent que le christianisme n’était pas encore , à cette époque , la religion de l’Etat. Ce n’est qu'après son retour de Rome, vers 206, qu’Abgar IX devint chrétien. La similitude de nom et de filiation explique facilement la confusion qui s’est faite entre les deux Abgar, mais cette confusion n’a pas été le fait du hasard; elle a été voulue. Edesse, devenue le centre religieux et littéraire de la Syrie orientale , a rattaché directement aux Apôtres les origines de son Eglise ; le même phénomène historique s'est produit dans l’Église d’Arménie.
La légende qui s’est formée autour du nom d’Ab-
1. L’Abbé P. Martin a cherché en vain à prouver l’historicité du récit dans un opuscule intitulé Les origines de V Église d'Édesse, qu’il écrivit en réponse à la publication de M. l’Abbé Tixeront, Les origines de VÉglise d'Édesse et la légende d' Abgar, Paris, 1888.
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gar Y, a dû naître assez longtemps après la conversion d’Abgar IX pour qu elle trouvât du crédit à Edesse même. En tous cas, elle devait déjà circuler comme une tradition acceptée au commencement du IVe s. puisque Eusèbe la rapporte comme un fait historique.
Le chapitre 13 du IVe livre de l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe et la rédaction syriaque de La doctrine d’Addai sont les deux textes qui servent à la critique de cette légende; tous les autres documents , syriaques, grecs, latins, arméniens, coptes, arabes, etc., dérivent de ces deux sources 1 . Le récit qu’en donne Eusèbe était tiré, comme cet auteur nous le déclare, d’un écrit syriaque dont il possédait une copie; avant de transcrire en grec la lettre d’Abgar et la réponse de Jésus, il dit : « Tu as encore le témoignage écrit de ces faits, déposé dans les archives de la ville d’Edesse qui avait alors des rois. Il se trouve en effet dans les documents publics qui renferment les anciens événements et les faits relatifs à Abgar et qui sont conservés jusqu’à ce jour. Il n’est rien de tel que d’entendre ces lettres elles-mêmes extraites par nous (ou pour nous , r^ilv dvaXrjrpBELocov) et traduites littéralement du syriaque de la manière suivante. » La notice des archives de la ville d’Edesse est tirée de la clausule qui se trouvait à la fin de l’apocryphe syriaque et dont nous parlerons plus loin.
La doctrine d'Addai reproduit l’ancien document d’Eusèbe, mais dans une rédaction amplifiée et grossie de plusieurs légendes qui ne se trouvaient pas dans le texte primitif. Dans sa forme actuelle elle doit dater de la fin du IVe siècle ou du commencement du Ve. Cure-
1. M. Fixeront a donné une liste des principaux de ces documents dans son ouvrage : Les origines de l’Église d’Edesse et la légende d’ Ab gar, Paris, 1888; comparer aussi Mattiies, Die Edessenische Abgarsage auf ihre Fortbildung untersucht , Leipzig, 1882.
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ton en découvrit des fragments importants dans deux ms. du Ve ou VIe siècle conservés au Musée britannique1. M. Philipps a retrouvé le texte entier dans un ms. de Saint-Pétersbourg, probablement du VIe siècle, et il l’a publié à Londres en 1876 sous le titre de The doctrine of Add ai, the Apostle.
Il existe de cet apocryphe deux versions grecques indépendantes l’une de l'autre. L’une se trouve dans un ms. de Paris édité par Tischendorf ( Acta apostolorum apocrypha, Leipzig, 1851) et dans un ms. de Vienne dont Tischendorf a donné une collation, revisée par Lipsius (Die Edessenische Ahgarsage , Brunswick, 1880). M. Lipsius a publié dans le même ouvrage une partie importante de la seconde rédaction grecque contenue dans un autre ms. de Vienne.
La version arménienne suit le texte syriaque publié par Philipps; elle porte le titre de Lettre d’Abgar, mais elle est désignée aussi comme Le livre de La bouhna (ou , par suite d’une faute de copiste , Lèr oublia). Laboubna est le nom de l’archiviste royal d’Edesse auquel est attribuée la rédaction du document. On faisait autrefois remonter cette version au Ve siècle, parce qu elle était connue de Moïse de Khorène que l’on supposait avoir écrit à cette époque. Mais M. Carrière, qui a prouvé que l'Histoire de Moïse n'est pas antérieure au VIIIe siècle, est porté à placer plus bas que le VIe siècle la composition de la version arménienne 2.
1. Publics dans Ancient syriac documents , éd. Curreton, Londres, 1864, où ils sont précédés de la version syriaque du passage de l’Histoire eccl. d’Eusèbe relatif à la légende d’Abgar.
2. Centenaire de l'École des langues orient, vivantes, Paris, 1895, p. 372. Une traduction française incomplète de cette version a été publiée par Jean Raphaël Emine dans la Collection des historiens d'Arménie de Langlois, Paris, 1867. Le texte arménien a été édité avec une
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Le court récit d’Eusèbe concorde généralement avec La doctrine cV Addai. Le syriaque indique, pour le départ des députés envoyés par Abgar en Palestine, le mois d’octobre de l’année 343 de l’ère des Séleucides, ou 31 de notre ère. Cette donnée est conforme à la chronologie qui a prévalu et qui fixe la Passion du Christ en l’année 32. L’original suivi par Eusèbe avait, au contraire, l’année de 340 , selon l’ancien comput qui plaçait la Passion en l’an 29 de notre èreL Eusèbe a remplacé le nom de l’apôtre Addai, que son exemplaire portait certainement, par Thaddée (Oaââaïoç) ; il pensait que le nom syriaque A delai répondait au nom grec de l’apôtre Jacques Thaddée. Enfin Hannan (en grec Ananias) , le député du roi Abgar, a dans Eusèbe le titre de courrier (rw/refoo/ioç), et dans La doctrine celui de secrétaire ( tabularius ). Cette variante s’explique parce que Eusèbe a lu tabellarius au lieu de tabula rius y confusion à laquelle prêtait la transcription du mot en lettres syriaques 2.
Dans nos deux documents, le texte de la lettre d’Abgar et de la réponse de Jésus offrent quelques variantes dues à la rédaction syriaque, qui manifeste une tendance à préciser ou expliquer les faits par de courtes additions. Le syriaque cependant a conservé l’ancienne leçon Abgar Oukhamâqm est remplacée dans l’édition actuelle d’Eusèbe par celle A Abgar le toparque d’Ldesse. Eusèbe avait écrit Oukhâmâ, comme le montrent les ms. qui portent ov*/ uga3, mais ces mots ainsi
traduction française complète par le P. Alisiian, d’après un ms. de Paris, à Venise en 4868. La même année a paru une autre édition du texte à Jérusalem d’après un ms. de la Bibliothèque patriarcale de cette ville.
4. Un ms. grec, le Mediceæus , ajoute à la marge devant le nombre 340, le mot tçlttoj pour conformer le récit à la nouvelle chronologie.
2. Lipsius, Die Edessen. Abgcirsage , Brunswick, 4880, p. 22.