‹ Anciennes littératures chrétiennes (volume 2)Chapitre 55 sur 247 · Ane. syr. documents , p · texte numérisé non relu

Ane. syr. documents , p

LES ACTES DES MARTYRS

remarquerons seulement que les grands d'Edesse convertis par l’apôtre Addai : Avida, Labou, Hafsai et Barkalba sont ceux-là mêmes qui sont convertis de nouveau par Barsamya.

La rédaction des actes de Scharbil et des actes de Barsamya ne peut donc pas être antérieure au Ve s. A cette époque les souvenirs des premiers siècles de notre ère étaient déjà loin et on ne s'étonnera pas des erreurs que renferment les synchronismes fournis par ces actes. Le consulat de Commode et de Cerialis indiqué par les actes de Barsamya eut lieu la neuvième année de Trajan en 106, et non la quinzième année en 112; il correspond, aune année près, à l’an 416 des Séleucides (105 de J.-C.). En outre la prise d'Edesse par les Romains eut lieu en l’an 115 ; la persécution de Trajan ne pouvait donc s’étendre à Edesse ni en 106, ni en 112.

Les actes de Gouria et de Schamouna, que Théophile avait rédigés en syriaque, ainsi que nous l’apprend la clausule des actes de Habib, ne nous sont malheureusement pas parvenus dans l'original. Mais la littérature arménienne possède de ces actes une version 1 qui semble littérale et qui est plus complète que la version grecque de Métaphraste et la version la tine d’après Métaphraste 2.

Le martyre de Gouria et de Schamouna eut lieu en l’an 600 des Séleucides (289 de J.-C.), la neuvième

1. Cette version a été découverte au mois d’août 1 800 à la bibliothèque de la ville d’Edschmiatsin et a été publiée par M. Galoust Mkertciiian dans le journal Ararat , août 1896. Elle a été traduite en anglais par M. Conybeare dans le journal The Guardian , n° du 10 lévrier 1897.

2. Voir la version grecque dans la Patrol. gr. de Migne, t. CXVI, p. 145, à la suite des actes de Scharbil et de Barsamya; la version latine dans Sumus, De probatis Sanctorum vitis, au 15 nov., p. 339; une autre rédaction, ibid., p. 345; dans les Bollandistes, au 15 nov. Cureton a réédité la version latine dans Ane. syr. doc., p. 113 et suiv.

DE LA MÉSOPOTAMIE

année de Dioclétien, sous le sixième consulat de Maximien , alors qu’Abgar, fils de Zoara, était préteur, et Kona était évêque d’Edesse; tels sont les synchronismes fournis par les actes. Gouria et Schamouna . deux jeunes gens, qui s’étaient consacrés à la vie religieuse, sont cités devant Antonius , le gouverneur d’Edesse, parce qu'ils ont refusé de sacrifier aux dieux. Ils sont mis en prison avec beaucoup d'autres chrétiens. Quelque temps après, Dioclétien mande àMusonius, le gouverneur d'Antioche, de se rendre à Edesse et d’instruire le procès des prisonniers. Gouria et Schamouna sont condamnés à mort et ils sont exécutés le quinze novembre de la même année.

Le martyre de Habib est fixé, dans les actes rédigés par Théophile, à l’année 620 des Séleucides (309 de J.-C.) , sous le consulat de Licinius et de Constantin, Julius et Barak étant stratèges, Kona étant évêque d’Edesse. Habib est dénoncé et poursuivi à cause de la propagande active qu’il fait dans la campagne d’Edesse en faveur de la religion chrétienne. C’est le deux iloul (septembre) que ce confesseur subit le supplice du bûcher. Aussitôt après, ajoutent les actes, la nouvelle de la marche de Constantin contre Licinius détourne les esprits de la persécution contre les églises, qui retrouvent un peu de repos. La clausule relative à la rédaction des actes est ainsi conçue : « Moi, Théophile, qui étais païen de naissance et qui ai confessé ensuite le Christ, je me suis empressé de prendre copie des actes de Habib, comme j’avais écrit autrefois les actes des martyrs Gouria et Schamouna, ses compagnons. Il les avait félicités du supplice du glaive qu’ils reçurent, il les imita par le supplice du bûcher. Si j’ai mentionné l’année, le mois et le jour du martyre de ces confesseurs , ce n’est pas pour ceux qui , comme moi , en ont

LES ACTES DES MARTYRS

été témoins , mais c’est afin que ceux qui viendront plus tard, sachent à quelle époque vécurent ces confesseurs et quels sont aussi les actes des anciens martyrs au temps de Dioclétien et des autres empereurs , etc. »

Les dates fournies par les actes de Habib sont exactes et concordent entre elles. Nous pouvons tenir ces actes pour authentiques. Les inexactitudes du récit, qui présente Constantin comme déjà chrétien lors de son expédition contre Maxence et qui confond Maxence avec Licinius , s’expliquent facilement de la part d'un auteur oriental qui vivait loin du théâtre des événements. On ne doit donc pas s’arrêter à l'opinion de Lipsius qui, pour cette seule raison, rejetait l’authenticité des actes , et plaçait arbitrairement le supplice de Habib quelques années plus tôt sous Galère.

Les actes des martyrs d’Édesse ont leur intérêt historique et littéraire. Ils nous montrent tout l’attirail de l’administration romaine si savamment organisée , transporté en Mésopotamie avec les termes techniques de la langue juridique et officielle. De là le grand nombre des mots grecs et latins que contiennent ces actes, et dont quelques-uns demeurèrent dans la langue courante. Ce serait une erreur de croire , en se fondant sur ces mots , que ces documents ont été écrits primitivement en grec ; ils sont syriaques et ont été rédigés à Edesse. On en trouve trace dans la littérature postérieure. Saint Ephrem mentionne, dans une homélie * , Gouria, Schamouna et Habib. Jacques de Saroug a composé des homélies sur Scharbil , Gouria et Schamouna, et Habib 2.

4. S. Ephræmi ccirmina nisibena, éd. Bickell, Leipzig, 4866, p. 53.

2. L’homélie sur Scharbil a été publiée par Moesixgek dans le deuxième vol. des Monumenta syriaca , p. 52-63; les homélies sur Gouria et Schamouna, et sur Habib ont été éditées par Cureton, Ane. syr. documents ,

DE LA. MÉSOPOTAMIE

La ville de Samosate fut aussi l’objet de persécutions religieuses. On rapporte à la troisième année de Maximin (308) le supplice de plusieurs chrétiens de cette ville, à l’occasion de sacrifices offerts dans le temple de la Fortune. Hipparchus et Philotheus s’abstiennent d’assister à ces sacrifices; ils convertissent en outre leurs amis, de nobles patriciens : Jacob, Paragrus, Habib, Romanus, Lulianius. Ils sont tous arrêtés, torturés et finalement crucifiés. Les actes de ces martyrs ont été rédigés probablement par des témoins oculaires; ils renferment une intéressante description de la ville de Samosate. Ev. Assémani, qui les a publiés [Acta Mar t. II, 123-147), rapportait cette persécution à Maximien, mais M. Schulthess croit avec plus de raison qu’il s’agit de Maximin Galère qui sévit cruellement contre les chrétiens 1 .

§ 2. — Les actes des martyrs de la Perse.

L’ère des persécutions était à peine close en Occident, qu’elle s’ouvrait en Orient contre les chrétiens de l’empire perse. Les premières persécutions datent de Sapor II, qui régna soixante-dix ans, de l’an 309 à l’an 379; elles n'eurent pas un caractère général et une durée déterminée comme en Occident; formentées par les Mages, elles furent ordonnées par les rois perses qui connaissaient les sympathies de leurs sujets chrétiens pour leur ennemi séculaire , les Romains. Même après l 'édit contre l’Eglise > promulgué par Sapor la neuvième année de son règne, les persécutions demeurèrent localisées dans les provinces de l’empire.

et réimprimées par le P. Bedjan dans le premier vol. des Acta marlyrum et sanctorum.

1. Zeilschr. der deut. morgenl. Gesell., t. LI, p. 379, note 2.

LES ACTES DES MARTYRS

Les actes syriaques des martyrs de la Perse renferment de précieuses données sur l’histoire et la géogTaphie de la Perse à l’époque des SassanidesL Les premiers de ces actes relatent le martyre de deux frères, Adourparwa et Mihrnarsé, et de leur sœur Malidoukt, qui eut lieu dans la montagne de Berain, aux environs de Beit-Slok (aujourd’hui Kerkouk), la capitale du Beit- Garmai, l’an 9 de Sapor 11, en 318 de notre ère. Ces actes ont été rédigés par Rabban Gabriel, un moine du couvent de Beit-Abé, qui vivait dans la seconde moitié du VIIe siècle1 2; ils rapportent de nombreuses légendes qui recouvrent la tradition primitive3.

La dix-huitième année de Sapor, en 327, eut lieu le martyre de Zebina, Lazare, Marout, Narsai, Élia, Mahri, Habib, Saba, Schembaiteh, Aonan et Berikjésu. Suivant les auteurs grecs et latins, ces confesseurs auraient subi le supplice , non pas la dix-huitième année de Sapor, mais la trente-unième année de ce roi, après la promulgation de l’édit contre l’Église. On doit, semble-t-il , s’en tenir à la date indiquée par les actes syriaques; l’autre date a été inspirée par une confusion qui s’est établie plus tard , lorsqu'on a cru que toutes les persécutions en Perse étaient postérieures à cet édit. Ces actes ont pour auteur Isaïe d’Arzoun, bis de Haclabou, un des chevaliers du roi du pays, témoin oculaire des faits4. La scène est l’Arzanène, la frontière septen-

1. Voir sur ce sujet G. Hoffmann, Auszüge aus syrischen Akten persicher Màrtyrer, Leipzig, 1880.

2. Voir Thomas de Marga, éd. Badge, Londres, 1893, t. II, p. 213.

3. M. Hoffmann a donné une analyse de ces actes dans son livre cité ci-dessus; M. Bedjan a publié le texte syriaque au commencement du IIe vol. des Acta mart. et sanctorum ; selon l’éditeur, d'après un ms., de Berlin et des ms. du Vatican. Ces ms. du Vatican ne sont rien autre que le ms. XVIII du Musée Borgia, dont M. Kiiayyatii a donné des extraits, Syri Orientales , Rome, 1870, p. 164 et 165.

4. Les actes syriaques ont été publiés par Éyode Assémani dans le

DE LA PERSE

trionale des deux empires rivaux ; cette province n’est pas nommée, mais son indication résulte du contexte. Nous n’avons aucune raison pour douter que les actes aient été écrits peu de temps après les événements qu'ils relatent. Ils rappellent de très près, par leur forme littéraire, les actes des martyrs d’Edesse rédigés par Théophile; il est vraisemblable qu’ils datent, comme ceux-ci, du milieu du IVe siècle.

Les actes de Sapor, évêque de Nicator, d’Isaac, évêque de Beit-Slok, de Mané, d' Abraham et de Simon nous ramènent dans le Beit-GarmaiL Le supplice de ces confesseurs est fixé à la trentième année de Sapor correspondant à l'année 339 de notre ère. La rédaction syriaque que nous possédons , semble être sortie d’Edesse ; on y lit en effet que les martyrs reposent maintenant à Edesse dans le nouveau martyrium à l’intérieur de la ville. Mais elle est certainement basée sur des documents anciens ; les chrétiens y sont désignés sous le nom de Nazaréens , comme on les nommait autrefois en Perse. Cependant, en comparant L’histoire de la aille de Beit-Slok 2, on trouve de graves contradictions. Dans cette histoire, l’évêque Isaac qui subit le martyre est le prédécesseur de Yohannan, qui assista au concile des 318 évêques, c’est-à-dire au concile de Nicée en 325; d’un autre côté, Mané, Abraham et Simon furent confesseurs, non pas sous Sapor II, mais sous Yezdegerd II , la huitième année de ce roi qui correspond à 407 de notre ère. Li histoire donne, pour l'époque des martyrs,

premier vol. des Acta sanctorum martyrum , Rome, 1748, et par le P. Bedjan, d’après Assémani et un ms. de Mossoul, dans le second vol. des Acta mart. et sanctorum, Paris, 1892.

1. Ces actes ont été publiés par Assémani et par Bedjan, dans les recueils cités ci-dessus.

2. Moesinger, Monum. syriaca , II, p. GG; Hoffmann, Auszüge , p. 48; Bedjan, Acta mart. et sancl., II, p. G15.

LES ACTES DES MARTYRS

des détails précis, puisés à des sources anciennes. L’auteur des actes syriaques, s’il a écrit à Édesse après le transfert dans cette ville des reliques des saints, aura confondu les dates des événements. L’anachronisme qui fait de l’évêque Isaac un contemporain de Mané, Abraham et Simon, s’explique parce qu’il y eut un prêtre Isaac qui fut supplicié avec ces martyrs, et parce que l’exécution eut lieu dans le même endroit, dans la ville de Kénar du district de Nicator.

L'histoire de Beit-Slok nous fait connaître d'autres martyrs de cette ville. C’est d’abord l’évêque Mana, le prédécesseur d’Isaac, qui fut persécuté à l'instigation des Manichéens et mis à mort avec les chrétiens de la

ville. L’Eglise fut détruite et la persécution atteignit même les religieuses qui reçurent le supplice hors de la ville , à un endroit appelé ITora. Cette histoire ne donne pas les noms des saintes femmes, mais ces noms ont été conservés par un autre document syriaque ] ; elles s’appelaient : Tékla, Danak, Tatou, Marna, Mezalda et Anna. Les autres persécutions mentionnées par cette histoire eurent lieu au siècle suivant ; nous les laisserons momentanément de côté , pour continuer la série des documents de IVe siècle.

La grande persécution de Sapor qui dura, avec de courtes interruptions , trente-neuf ans , de 340 à 379, ne commença effectivement qu’une année après la promulgation de l’édit de 340 contre les chrétiens2. Le récit de cette persécution a été écrit par Marouta, évêque de Maipherkat, qui vivait à la fin du IVe s. et au commencement du Ve. Cet évêque avait une grande culture littéraire et jouissait d’une juste notoriété. Il fut envoyé,

4. Évode Assémani , Acta s. martyrum , I, p. 400; Bedjan, Acta mart. et sanct., Il, p. 288.

2. Noeldeke, Geschichle cler Perser... ans Tabari , Leide. 4879, p. 414.

DE LA PERSE

à deux reprises différentes, comme ambassadeur auprès de Yezdegerd Ier, par Arcadius et Théodose II; grâce à l’intercession de cet évêque, la paix fut rendue à l'Eglise par le roi de Perse 1 . Il est douteux que Marouta ait écrit aussi l’histoire des martyrs de la persécution de Bahram Y et de Yezdegerd II ; ce dernier avait été vraisemblablement précédé dans la tombe par l’évêque de Maipherkat.

Suivant une notice d’Amr 2, Isaac, qui fut patriarche en 418, serait également l’auteur d’une histoire de la persécution de Sapor , mais nous ignorons si quelque partie de cette histoire s’est conservée , ou si toutes les vies des martyrs sont de la plume de Marouta. En tous cas, c’est le recueil de l’évêque de Maipherkat que renferment les ms. dont Evode Assémani s’est servi pour le premier volume de sa publication, et le P. Bedjan pour le second volume de ses Acta martyrum.

En tête de son recueil , Marouta a écrit deux homélies sur les martyrs de la Perse , qui comptent parmi les meilleurs morceaux de la littérature apologétique 3 4 S..

C’est le patriarche Siméon bar Sabbâé qui inaugura la série des martyrs, la trente-deuxième année de Sapor, en l’an 341 h Les poursuites furent motivées par le refus du patriarche de percevoir le double impôt de

Page 1