ÉVÊQUES ET SYNODES
Le concert des églises, qui s’est manifesté si hautement dans les dernières années du 1[° siècle, va se perpétuer par la correspondance épiscopale et se compléter par les synodes.
$ 1. — Évêques grecs de Rome.
À Rome, les évèques vont rester un temps encore grecs de langue. Les épitaphes des papes Urbain, Antéros, Fabien, Lucius, Eutychien, Gaius, retrouvées de nos jours, sont des épitaphes grecques. Seule des épitaphes pontificales connues du III siècle, celle du pape Corneille (+ 253) est latine : et la date en coïncide exactement avec l'apparition de la littérature latine dans l'église romaine (Novatien). Nos papes grecs, du reste, ont été des évêques de peu d'écriture : si nous défalquons de leurs Æegesta les fausses décrétales que les latins leur ont plus tard attribuées, on ne trouve plus que quelques vestiges, en dehors de la Prima Clementis, et des lettres de Soter aux Corinthiens et de Victor
sur la pâque.
À ce dernier il faut attribuer la condamnation de
Théodotos le Corroyeur (Euseb. v, 28, 6) : le condamnat-il en synode? Le fait est possible et quelque souvenir peut s'en être conservé dans le préambule des soi-disant canons d'Hippolyte. Notons que Victor était un Africain et par conséquent plutôt Latin d'écriture, encore que le De aleatoribus qu'on a voulu lui attribuer ne soit probablement point de lui. L'édit de Calliste (217-222) sur la pénitence, que Tertullien (Pudicit. 1) combat, se devine mieux qu'il ne se retrouve dans les allusions de Tertullien : l'original de cet édit était grec. Au pape Pontien (230-235) se rapporte ce que dit saint Jérôme (Æpist. xxx, 4) de la condamnation d’Origène prononcée à Rome en synode sur l'instance de l’évèque d'Alexandrie, Démétrios. Eusèbe (vr, 43, 3) a possédé un recueil de lettres de saint Cyprien et du pape Corneille, lettres adressées à l’évêque d’Antioche Fabios et concernant la question novatienne : les lettres de Corneille étaient rédigées en grec. Eusèbe mentionne {vir, 5, 3) des lettres sur la question des rebaptisants adressées par le pape Étienne (254-257) aux évèques de Syrie, d'Arabie, de Cilicie, de Cappadoce, de Galatie. Le pape Denys (259-268) est connu pour avoir évoqué à son synode l'affaire de Denys d'Alexandrie accusé par des chrétiens d'Égypte d'erreurs christologiques : « Le synode de Rome s’émut et l'évêque de Rome communiqua par lettre à son homonyme le sentiment de tous » (Athanas. De synod. 43). Athanase a conservé un important fragment de cette lettre (De decret. nic. syn. 26). Saint Basile a connu et cite (Epist. xx) une lettre du pape Denys à l'église de Césarée, pour porter aux Césaréens ruinés par une incursion de barbares des consolations et des secours !.
1. ACL, t. I, p. 595-661. JArFÉ, Regesta pontif. rom. ab condila ecclesia
$ 2. — Évêques d'Égypte.
Le nom seul s’est conservé des dix premiers évêques du catalogue épiscopal d'Alexandrie tel que le donne Eusèbe. Demetrios, le onzième nommé et dont l'épiscopat dure une quarantaine d'années (189*-232*), serait auteur d'une épître adressée vers 196 aux évêques de Jérusalem, d'Antioche, de Rome, « de ratione computi paschalis et ieiunii Christianorum et quomodo a paschate T[udaeorum deducatur » (Eutych. Annal. p. 364 : CPG, t. cx1, p. 989). Si tardif que soit le témoignage d'Eutychios (X° s.), l'idée de déduire la pâque chrétienne de la pâque juive est antérieure aux systèmes de comput d'Hippolyte et de Denys d’A., et il n'est pas invraisemblable qu'un évêque d'A. ait tenté de formuler une règle pratique de comput pour son église et pour les autres. Dès le temps de Demetrios, il y avait échange de lettres entre l'église d'Alexandrie et les églises de Palestine, Jérusalem, Tyr, Césarée, pour se concerter en vue de célébrer la fête de pâque un même jour chaque année (Eusèb. v, 25). Alexandrie était considérée comme la cité des astronomes et son évêque comme le mieux informé de la date pascale : «…. apud Aegyptios huius supputationis antiquitus tradita esse videbatur peritia » (S. Leo. EÆpist. cxxr, 1).
ad a. 1198, 2° éd. (Leipzig 1885). E. Rozrrs, Das Indulgenz-Edict des rüm. Bischofs Kallist (Leipzig 4893). Sur Calliste comme théologien, voir Du- CHESNE, Origines chrétiennes, p. 281. La lettre grecque prétendue du pape Félix (+ 274) à l’évêque Maxime et au clergé d’Alexandrie, fragment contenant une exposition de la foi romaine sur l'incarnation (JAFFÉ n° 440), est un faux des Apollinaristes. — Sur la lilt. grecque à Rome, voir le mémoire de Caspari, « Griechen und Griechisch in der rômischen Gemeinde in den drei ersten Jahrhunderten ihres Bestehens » dans le tome I, p. 267-466, de ses Quellen.
— + L +: L a ee Ci, CPR
Au IVe siècle, et depuis, chaque année à la date de l'Épiphanie, les évêques d'Alexandrie envoyaient à toutes les églises d'Égypte une lettre annonçant la date du commencement du carème et de la solennité de Pâque (Cassian. Coll. x, 2) et ils envoyaient une pareille lettre à Rome; ce qui fait dire à saint Léon : « [se]... diem venerabilis festi omnibus occidentalium partium sacerdotibus intimasse, quem alexandrini episcopi declaravit instructio » (Epist. cxzur, 1). Nous rencontrerons dès le II° siècle des spécimens de telles instructions ou « lettres festales ».
Le nom de Démétrios est attaché au souvenir de deux synodes tenus à Alexandrie et où il fit juger Origène. Le premier semble avoir réuni les évèques d' Égy pte et le clergé d'Alexandrie : ce synode exilait One d'Alexandrie et lui interdisait d'y séjourner ou d'y enseigner, mais ne touchait pas à la question de son ordination. Le second synode semble avoir réuni quelques évèques seulement, tout dévoués à Démétrios : Origène fut par eux déposé du sacerdoce. Ces détails précis sont fournis à Photius {cod. 118) par l'Apologie de Pamphile. La sentence fut sans doute expédiée par Démétrios à toutes les églises de la catholicité, ce qui fait dire à saint Jérôme : « [Demetrius] tanta adversus eum [— Origenem] debacchatus insania est, ut per totum orbem super nomine eius scriberet » (Vér. ënl. 54).
Nous parlons plus loin et à part de Denys.
Le successeur de Denys, Maxime, ne compte pas dans notre histoire. Autant en faut-il dire de Théonas, car la lettre soit disant écrite par lui à un chambellan chrétien de l'empereur (Dioclétien?), est une pièce la-