D’ANTIOCHE
Au cours du I[° siècle, on a vu la doctrine ecclésiastique s'affirmer comme tradition. Il lui reste à se développer comme science : ce sera l'originalité du
- IIIe siècle de fonder ce développement en fait et en droit.
« Cum... servetur... ecclesiastica praedicatio per successionis ordinem ab apostolis tradita et usque ad praesens in ecclesiis permanens, illa sola credenda est veritas quae in nullo ab ecclesiastica traditione discordat » (Origen. ap. Pamph. Apol. 1). C’est le critère catholique, hors duquel il n'y a place que pour l'hérésie. Mais la prédication ecclésiastique ne saurait se suflire à elle-même, parce que cette prédication affirme sans expliquer et même n'affirme pas toujours nettement : «…. Sancti apostoli fidem Christi praedicantes de quibusdam quidem quaecunque necessaria tradiderunt, crediderunt omnibus credentibus, etiam his qui pigriores erga inquisitionem divinae scientiae videbantur, manifestissime tradiderunt, rationem scilicet assertionis eorum relinquentes ab his inquirendam qui Spiritus dona excellentia et praecipue sermonis, sapientiae et scientiae per ipsum Spiritum sanctum percipere me-
- rebantur; de aliis vero dixerunt quidem quia sint, quomodo autem aut unde sint siluerunt, profecto ut studiosiores quique ex posteris suis amatores sapientiae et scientiae exercitium habere possent in quo ingenii sui fructum. ostendere valerent.. » (Z c.). La science de
la philosophie ou de l'Écriture n’est plus seulement appelée à réfuter les hérétiques, « apostolieam confirmare fidem », mais à mettre en lumière « quae sint illa quae manifeste in ecclesiastica praedicatione tradita sunt, et quae sint quae non aperte definiuntur, » selon l'expression de Pamphile {/. c.). Telle va être l'œuvre d'Hippolyte, de Clément, d'Origène, de Lucien, les premiers qui aient posé en principe le droit à la recher- ‘che de l'intelligence de la foi, et qui, l'ayant pratiqué avec des erreurs ou des tâtonnements multiples, en ont cependant accrédité le principe dans l'Église.
De son côté, l'action épiscopale va condescendre à cette sorte de rationalisme : à Rome, à Alexandrie, à Césarée, à Antioche, sur tous les grands sièges, nous trouverons des évêques de cet esprit nouveau, si différent de l'esprit des presbytres du second siècle. Tels sont au mieux Denys d'Alexandrie, Theoteknos de Césarée, Anatolios de Laodicée, sages esprits, qui savent unir la foi traditionnelle et la culture, toute la culture de leur temps : union déjà délicate assez pour que des esprits pétulants comme Paul de Samosate y échouent, et pour que, aussi bien du temps de Clément d’Alexandrie que de Lucien d'Antioche, on sente se former un parti d'esprits inquiets qui demandent à l'autorité ecclésiastique d’en définir les conditions.