CONCLUSION
Nul. ne sentira mieux que nous ne le sentons nous-mêmes combien est incomplète l'esquisse que nous venons d'essayer. Telle qu'elle est cependant , elle suflTira , nous l'espérons du moins , pour permettre de suivre , depuis le Y* siècle jusqu'aux temps modernes , les principales phases du travail humain sur ce coin de terre, et pour reconnaître les conditions générales dans lesquelles il s'est produit , à l'égard de l'individu et de la société.
Nous l'avons vu naître dans la cellule du religieux venu de la- Grande-Bretagne ; rayonner autour du monastère; s'attaquer à la fois à la nature physique et à la nature morale ; développer peu à peu toutes les forces de l'esprit et de la matière, au profit d'une société sinon entièrement nouvelle, du moins complètement renouvelée sous l'influence chrétienne.
A travers les agitations et les luttes des vi®, vu* et VIII'* siècles , il se conserve dans ces asiles sacrés. Au moment où il est menacé de périr dans l'oubli de la règle de saint Patrice , trop austère pour les dévouements d'alors, on voit , au commencement du xi* siècle , arriver , sous l'influence carlovingienne , les disciples de saint Benoît , la faucille à la main. Par eux l'agriculture, le commerce, l'industrie , les arts et la science commencent une nouvelle vie que les invasions normandes viennent brusquement interrompre.
PROLÉGOMÈNES. ceux
Repris par saint Félix au xi'' siècle , propagé par les grandes familles de Bénédictins , de Cisterciens , de Prémontrés, et plus tard par celles de saint François et de saint Augustin, le mouvement se généralise. L'association déborde du cloître et se sécularise sous le nom de corporation, confrérie, compagnonage , franc-maçonnerie chrétienne, royauté des divers corps d'état (1) ; elle pénètre la société entière, qu'elle féconde dans les xii% xiii% xiv* et XV* siècles. Mais la décadence se manifeste : le levain dissolvant de l'hérésie et de l'individualisme pénètre partout; la conclusion des doctrines négatives se traduit par les déchirements du xvi* siècle, au milieu desquels la société semble près de s'abimen.
La Monarchie la sauve , en reprenant la tradition catholique. A elle revient la principale part de celte renaissance , dont les noms de Sully, d'Olivier de Serres, de Colbert et de Turgot, marquent les diverses étapes. Si l'Eglise n'est plus l'unique initiatrice « elle s'associe du moins au mouvement par toutes ses forces vives : l'humaine ingratitude ne peut aller jusqu'à nier les immenses services rendus par Bossuet et l'illustre épiscopat de ce temps , par saint Vincent de Paul et les Lazaristes, par la Congrégation de S-Maur et la Compagnie de Jésus. Toutes ces actions réunies dépouillent la société de son ancienne enveloppe : en 1789, le travail est débarrassé des liens qui l'entravent, mais il tombe dans les dangers de l'isolement et de la concurrence.
(1) Nous D*avon8 pu retrouver que trop peu de documents sur les corporatious bretonnes pour les traiter à part. Toutefois , ce que nous avons dit du roi des poissonniers et des boulangers à S'-Brieuc . ce que nous aurons occasion de dire ultérieurement de quelques autres confréries , suffira pour donner une idée des ébauches d'organisation séculière du travail dans le moyen-âg^.