‹ Anciens évêchés de Bretagne;Chapitre 31 sur 41 · CCL PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

CCL PROLÉGOMÈNES

Prix. — Quelques faits relatifs au prix de la terre , de ses fruits , du bétail , de la main-d'œuYre et des objets manufacturés , ajouteront aux données que nous ayons fournies sur Tétat de Tagricullure , du commerce et du crédit dans le moyen-âge :

Les premières chartes de Redon nous apprennent que le muid de terre (environ 25 ares) valait de 3 à 5 sous , soit de 150 à 250 fr. de notre monnaie (1). Les actes de Beauport nous montrent 6 journaux de terre affermés 2 rais de froment ; cinq ans plus tard , 2 gerbes étaient affermées 4 deniers. En 1273, 5 sillons 1/2 de bonne terre se louaient 65 liv* de monnaie courante. En 1207, une vigne d'un de nos meilleurs crus , sur les coteaux de la Rance , se vendait <i 21 liv. de monnaie courante, en deniers nombres » (2). En 1299 , une pièce de terre valant 14 soudées de rente était affermée « 5 soudées 6 deniers » (3).

À ces données , les chartes de S'-Jacut et de Beauport ajoutent les suivantes : en 1232, 4 arpents de terre étaient engagés pour six mois contre une valeur de 35 sous ; en 1256, 2 rais de froment étaient engagés pour 15 liv. ; Tannée suivante, 100 rais pour 300 liv., et 6 rais pour 25 liv. En 1261 , un rais servait de gage pour 70 sous prêtés; 10 rais pour 40 liv.; 6 sillons pour 72 sous, en 1268 ; 5 sellions 1/2 pour 75 sous, et un quarteron de froment pour 60 sous, en 1294.

Au xv® siècle , nous ne signalerons , en fait de prisage

(1) Nous ne nous arrêterons pas sur cette époque qui devra sans doute être traitée en détail par M. de Courson dans son Cart. de Redon.

(2) S<- Aubin, 333.

(3) Boquen, 187.

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de terre, que celui qui fat fait lorsque la Bienheureuse Françoise d'Âmboise donna au monastère des Couelz, dont elle était ^ prieuse », son domaine de Plouagat. Ce domaine s'étendait presque des portes de Guingamp à celles de Châ* telaudren , et renfermait toute espèce de terre ; il n'est pas toutefois question de landes dans ce pays qui en contient un si grand nombre aujourd'hui. Les meilleures pièces et les mieux situées atteignaient à peine 8 sous le journal ; les manoirs , « ostels et estaiges o leur courtil » ne passaient guère 7 sous ; et il est à remarquer que le bâtiment rural ne comptait pour rieu : pas de différence entre la terre bâtie ou non. Les prés montaient généralement à 7 sous le journal , quelques-uns même atteignaient 8 sous , et d'autres tombaient à i. Les terres labourables valaient de SI à i sous. Le sol était moins découpé qu'il ne l'est de nos jours dans ces contrées : la plupart des champs contenaient 5 ou 6 journaux ; quelques-uns 12 ou 13 (1). — Quand le baron d'Âvaugour vendit au S*' de Pordic les forêts et landes de Buhea et Lanvollon , c'est à peine si la moyenne des terres s'éleva à 1 sou le journal , sauf pour les prés qui atteignirent jusqu'à 10 sous.

Dans le xvi* siècle , le prix des terres se releva jusqu'au moment où les guerres de religion pénétrèrent dans ce pays : en 1567, un huitième de journal était vendu dans Ploufragan 7 liv. i sous tournois. Mais l'anarchie laissa bientôt le sol sans valeur : il ne se trouva presque plus personne pour cultiver , et ce qui restait de fermiers partait le plus souvent sans payer [2].

(1) Arch. des Côtes-du-Nord. — A'oir T. II de cet ouvrage , p. 285.

(2) Parmi les pièces qui attestent ce désordre , nous citerons le compte de tutelle de Isabeau Turncgouêt , dame de la Villcrault , rendu par son mari

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De là terre , passons à ses produits. Les moines de Savigné achetaient 6 quartiers de froment 40 liv. angevines, en 1185 (1) ; 6 rais 3/4 de froment de rente étaient rachetés pour 45 liv. nantaises, en 1224; en 1253, une autre rente de 2 rais se payait 50 liv. ; le rais de froment valait 7 sous 1/2 dans le Goëllo, en 1257; et, en 1258, 10 rais ne valaient plus que 15 liv. (2). Le chapitre de Dol vendait, en 1278, dans la paroisse de Bagar-Morvan, 5 mines de froment 40 liv. (3) ; et, en 1391 , le prix du tonneau de 12 perrées de froment était fixé à raison de 1 4 sous la perrée (4) . En 1 422 , une rente de 1 rais ou 4 quartiers de froment, mesure de Guingamp, était remplacée par 40 sous de rente en Ploëzal (o). En 1351 , la juridiction de Boquen fixait à 20 sous le boisseau de seigle. Vingt mines d'orge se vendaient 20 sous à S'-Jacut, en 1271.

Le froment variait de 6* à 15 sous la perrée sur les marchés de Lamballe et de Moncontour, au milieu du XV® siècle. Un jugement de la cour royale de S^-Brieuc fixe le prix du boisseau de froment dans cette juridiction pour chaque année de 1550 à 1602. Sauf deux années de cherté, 1562 et 1586, où le grain atteint 27 et 37 sous, les prix s'élèvent assez régulièrement de 3 à 20 sous. La guerre éclate ; il monte jusqu'à 60 sous, en 1596; et quand la

François de La Lande , S^ de Calan , en 1598. Cette pièce , qui appartient aux archives du Château-Goëllo , offre de très-curieux détails sur les mœurs de cette étrange époque.

(1) D. Mor. I, 704.

(2) Beauport, 69. 212, 228, 23C.

(3) D. Mor. 1 , 1045.

(4) Arch. de Penth. (1 botte, 3 liasses). — La première botte de chacun des membres du duché contient de nombreux apprécis des xv', xvi*" et xvii* siècles.

(5) Arch. de rArgcntaic.

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paix revient, il reprend pour prix normal de 17 a 20 sous. Avec la prospérité publique, sous l'impulsion donnée par Colbert, il s'élève à 7 liv. 6 s. 6 d. en 1680 ; de 1732 à 1764, il atteignait en moyenne 11 liv. (1).

Le seigle n'augmenta pas dans la même proportion : en 1441 , il était à 6 sous la perrée, mesure de Lamballe, à peu près comme le froment. Jusqu'à la fin du xvi® siècle, à part quelques années de cherté , où il atteignit 3 liv. 10s., il ne dépassa pas 2 liv. Dans les deux siècles suivants , les bonnes cultures se répandant de plus en plus, le seigle continua à reculer devant le froment et à être de moins en moins recherché sur les marchés.

On ne peut reconnaître rien de régulier dans le mouvement de l'avoine : la part qu'elle prend dans l'alimentation publique n'est pas telle que son prix se règle sur le mouvement ascensionnel des autres denrées. Aux époques où les chevaux sont recherchés ou nombreux, l'avoine porte mieux son prix ; la hausse et la baisse suivent la production chevaline. Au xiv* siècle, époque de guerres où le cheval atteint un prix très-élevé , elle varie de 1 sou 6 deniers à 5 liv. ; au xv% elle flotte entre 1 sou 3 deniers et 46 sous. En 1441 , l'avoine menue était à 2 sous le boisseau , la grosse à 4 ; au xvi* siècle , elle allait de 5 à 20 sous ; au \\\i\ de 18 à 22; au xviii% de 15 à 20.

Le blé noir, dont nous n'avons pas retrouvé de note oflBcielle avant le xvi"* siècle, portait à peu près le prix de l'avoine (2]. L'orge n'a pas été, depuis le xiv^ siècle, une

(1) Arch. du Guémadeuc. Nous en devons la communication à M. Hérault» notaire à S'-Brieuc.

(2) Le compte de tutelle d*Isabeau Tumegouet, dont nous avons déjà parl<? , est un des plus anciens documents qui le signale : il le porte k 7 sous le boisseau marchand de fioôllo.

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culture assez régulière pour qu'on eu puisse suivre les variatioDS sur les marchés de Bretagne.

Quant aux autres produits agricoles , tels que bestiaux , chanvre, lin, paille, foin, cidre, vin, etc., nous n*avoDS pu retrouver assez d'éléments pour en fixer les prix régulateurs. Nous pourrions bien montrer quelques prix isolés , comme par exemple un cheval de qualité supérieure , $uperim dictum , évalué plus de 300 sous , et donné par l'abbé de Redon à Alain Fergent, en 1108 ; ou un autre estimé 10 livres, en 1150 (1). Les moines de Savigné ayant eu deux de leurs bœufs tués par malveillance , étaient indemnisés moyennant 35 sous de la monnaie courante, en 1185. Les chartes publiées par les Bénédictms pour senir de preuves à l'histoire de Bretagne montrent un cheval payé 50 liv. en 12621 ; 6 chevaux payés 274 liv., plus 6 Uv. de courtage, corretagium, en 1268. Cent dix-neuf bœufs se payaient 385 liv. 12 sous , tandis que 123 autres ne se payaient que 154 liv. 10 sous dans la même année. Au ix"" siècle , un porc |vivant se vendait 6 deniers ; et un porc mort, 8.

En 836, le tonellum vini se payait 3 sous; en 1268, 15 tonneaux de vin de Gascogne valaient 86 liv. ; en 1390 , 1 tonneau de vin de La Rochelle , 15 liv. ; la même année, une pipe de vin d'Anjou, 13 liv.; en 1395, 1 tonneau de vin de Poitou, 10 liv. 10 sous, et un tonnel de vin de La Rochelle 15 liv. écus à la couronne (2). En 1567, le poinçon de vin de Gascogne était à 13 liv. 10 sous tournois ; le pot à 12 sous ; mais le pot d'hypocras se payait 40 sous à S'-Brieuc (3). Plusieurs pipes de vin de La

(1) D. Mor. 1, 515» 609.— En traitant du bétail, nous avons cité quelques prix.

(3) Àrch. de Penthièvre.

(3) Compte dn syndic de la Tille (Arch. de M. Dubois de La Villerabel}.

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Rochelle et de SaintODge , pour le corps d'armée sous les ordres de S*-Laurent d'Avaugour, étaient achetées à raison de SI8 écus la pipe. Les moines de Coatmalouen vendaient trois barriques et un tierçon de vin clairet 75 liv. en 1670 (1) ; la barrique de cidre et la charretée de foin valaient 10 liv, en 1697 (2) ; 4 livres d'oint (graisse rance) de porc, 10 sous ; la livre de lard, 2 sous ; 7 <( poix » de chanvre mâle 10 liv. 10 sous ; un millier de chanvre femelle sans être broyé, 9 liv.; le boisseau de graine de chanvre, 15 sous (3), le cent de morue de Binic, 8 liv.; le cent de « morues parées » d'Etables , 9 liv. ; le cent de noes et langues de morues , 25 sous ; le cent de sardines fraîches, 10 sous (4), etc. Mais nous arrivons à une époque dont nous ne devons nous occuper que très-sommairement. En ce qui est des produits de l'industrie, nous n'en relèverons ici qu'un très-petit nombre ; c'est dans les chartes qu'il faut les chercher. Au xi*^ siècle, un calice d'or et sa patène valaient 67 sous (5). Un palium de femme était mis en gage pour 5 sous, en 1199 (6] ; les moines de Beauport recevaient chaque année , pour leur part d'une pêcherie sur le Leff, un beau saumon, competentem salmonem, ou 3 sous de monnaie usuelle [7]. En 1395, les belles qualités de toile, fabriquées aux environs de Lamballe, variaient de 2 sous 6 deniers à 4 sous la verge [8]. Cinq années auparavant, une cotte d'armes et un cheval

(1) Arch. de Tabbaye.

(2) Inv. de Keroct (Àrch. des Côtes-du-Nord).

(3) Idt. de 1590 (Arch. de Pommorio).

(4) Arch. de Coatmaloaen.

(5) D. Mor. I, 267.

(6) D. Mor. I> T79.

0) Charte 173.

(8) Comptes de Penthièvrc.

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avaient coûté 40 francs d'or (1; ; un cheval seul, 15 liv. En 1420 , le duc Jean V défendait de vendre « le cuir de vache o le poil, tout le meilleur », plus de 10 sous, et le meilleur cuir de vache tanné, au-delà de 18 sous [2). En 1492, la livre de cire valait 5 sous 6 deniers ; « une qearte » d'hypocras et deux de vin blanc , offertes par le chapitre de S'-Guillaume à Tévêque , étaient payés 20 deniers (3). Une embrasure de canon au château de Lamballe, avec revêtement en taille et entre-deux en brique, coûtait, en 1553, 20 liv. tournois. Une porte de 8 pieds de large et de 12 de haut, avec les armes du seigneur au-dessus, 180 liv. (4).

Vers le même temps , un tapis de laine pour couverture de lit était prisé 3 liv. ; une autre couverture en drap blanc , 50 sous; uue grande poêle d'airain, 4 liv. (5). Un habillement de veuve, de 72 aunes de « sarget », coûtait 6 liv. l'aune ; un manteau de drap de femme , 36 liv. Le crucifix que portait une veuve de qualité, suspendu au cou avec un taffetas, se payait 27 liv. (6).

Les renseignements sur les salaires en Bretagne , avant le xv!!*" siècle, sont rares. En voici toutefois quelques exemples pour la partie qui nous occupe :

En 1390, le capitaine de Lamballe était payé par an 120 liv.; les conseillers et familiers, 40 liv. Un ouvrier

(1) Comptes de Penth. — Le franc d*or valait 22 sous 7 deniers.

(2) D. Mor. II. 1157.

(3) Fonds de la Collég. ; Ârch. des Côtes-du-Nord.

(4) Arch de Penthièvre.

(5) Invent, de la Noeren.

(6) Tutelle Turnegouêt , arch. de Château-Goëllo. — Julienne de Brehan , veuve de François Turnegouêt, entretint près d'elle pendant sa première année de veuvage, doux gnntilshommes et une demoiselle de compagnie.

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employé à faire du filet pour prendre les cailles était payé

1 denier par jour. Les paludiers appelés de Rys pour relever les salines du Penthièvre recevaient avec le logement 480 liv. par an ; un charpentier et son valet ne gagnaient que 24 liv. En 1492, le « rhabillage » des vitres de la collégiale de S -Guillaume coûtait 100 sous monnaie; le « claveurier pour fere les goupilles et adouber les voires des dittes vittres )> recevait 2 sous (1).

Parmi les désordres commerciaux et industriels qu'accuse la III'' Constitution de Jean Y figurent des coalitions entre les ouvriers des divers corps d'état pour élever les salaires. Des a amendes arbitrales » sont prononcées contre les délinquants ; et , sous peine de 60 sous d'amende , le prix des journées est fixé comme suit de mars à la Toussaint : a Maczon de pierres froides , 20 deniers oultre ses despens ; ouvrier commun de pierres de tailles , 2 sous oultre ses despens ; charpentier commun , 20 deniers ; maistre charpentier , 2 sous ; couvreurs de pierres , de tuilles ou d'autres choses , pareillement ouvriers de bras , 15 deniers, et pour ses despens 15 aultres deniers ou ses despens (sa nourriture] , et ainsi est pour journée et despens

2 sous 6 deniers ; faucheurs , oultre leurs despens , 2 sous 6 deniers; journée de charretier et de charrette, 6 sous 8 deniers » (2).

(1) Arch. des Côtes-da-Nord.

(2) Mss. de la biblioth. de S^-Brieuc , à la suite de la Très-ancienne Contame. Les deux copies de cette bibliothèque diffèrent quelque peu de la version que les Bénédictins ont transcrite aux Preuves de THist. de D. Mor. II, 1159.

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