‹ Anciens évêchés de Bretagne;Chapitre 5 sur 41 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

Première Période. — Au commencement du v* siècle , quand notre péninsule se fut, comme le reste des Armoriques , débarrassée de la fiscalité romaine ; quand , pour employer l'image populaire , la vieille Ahès se fut retirée avec son cortège de collecteurs d'impôts, avec ses trois compagnes , la guerre , la famine et la peste (2) , ce pays énervé , épuisé d'hommes et d'argent , se trouva incapable de protéger son vaste littoral contre les invasions multipliées des Àlains, des Frisons et des autres pirates du Nord. Ce fait est désormais trop incontestablement acquis à la

(1) Inutile de rappeler qae nos études ne s'étendent pas en deçà de la Révolution de 1789.

(2} Voir le chant breton de la vieille Ahès , retrouvé par M. de Penguern et publié par M. de La Borderie dans VÀnnuaire de Bretagne (1861).

PROLÉGOMÈiXES. ¥

science pour que nous nous arrêtions à le démontrer. L'assertion de Procope est reconnue une vérité : ce pays était le plus dépeuplé de la Gaule (1).

Les débris de la population s'étaient groupés autour des cités , dans les montagnes et les profonds massifs de forêts qui occupaient le centre de la presqu'île. Les églises de Nantes, de Rennes et de Vannes conservaient encore le flambeau de la vraie Foi ; mais sa lumière , loin de s'étendre , reculait de jour en jour devant les ténèbres croissantes du paganisme. Les Druides , affranchis de l'oppression du polythéisme romain , semblaient au moment de resssdsir le sceptre de leur antique domination, et de rendre à cette contrée son vieux culte national.

Telle était la situation de la presqu'île armoricaine, quand, vers 460 , on y vit arriver d'île en île , à travers la Manche , des troupes de plus en plus pressées d'émigrants. Ce n'étaient plus ces bandes de pillards qui s'étaient si longtemps succédé sur ces rivages : c'était des religieux , dirigés par des hommes revêtus d'ordinaire du caractère épiscopal (2] , ou des clans conduits par leurs tyerns ; un peu plus tard , des peuplades même débarquèrent , sous le commandement des princes ou rois de leur pays (3). Jamais l'histoire n'a montré un mouvement colonisateur se pro-

(1) De Bello Goth, 1. it, c. 20. — Les preuves en ont été résumées en dernier lien , avec autant de clarté que de science, par M. de La Borderie , dans l'ouvrage qne nous avons cité plus haut.

(2) Voir ce que nous disons de Rigwal II » au T. I , Introd. p. xiv ; les Actes de S^-Ninnoc au cart. de Quimperié, et le cartul. de Landevennec.

(3} Le type du sceau de Beauport, beaucoup plus ancien que cette abbaye, comme nous le dirons plus tard , représente Tévéque et le moine traversant la mer dans une même barque : c'est le souvenir manifeste des premières migrations religieuses (V. le T. IVj.

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