‹ Anciens théâtres de ParisChapitre 6 sur 45 · V.ELEBRE Danseur sur le Fil-d Archal · texte numérisé non relu

V.ELEBRE Danseur sur le Fil-d Archal

Aura t honneur de faire fon début aujourd'hui i& continuera tous les ^imanches & Fêtes , & tes Jours de lafemame , excepU les Mercredis Ù 'Samedis j pendant le peu de temps que la Troupe re/hra à Parts.

Les grandes OMBRES, les FEUX PYRRHIQUES,

Et plufieurs EXERCICES EQUESTRES,

Parle Sieur ASTLEY, Fils, ô ta, TROUPE JNGLQISE.

On ourrit» a cinq heure* & or» commencer» i Cix precjjes Premterfi Loges 5 livres ■■ Stconde* 36 fols : Troifitmts 24 /oit : (Quatrièmes rzf. Ow prie très humblemeni d« ne p oint »men«t de» chiens au Min^Je ce'i empêcheioLl le Spcdaefe r* Ai9 dUnp. & oui. c 10 Od. «734 *•« NOUL Otllmf i» P o£ iOâiiL«.,riic.dttfoia.

contrairement à la légende, par découvrir un homme... Napoléon !

("est au Cirque que se placent les véritables débuts du grand Frederick Lemaitre, qui, après avoir joué les « quadrupèdes « aux Variétés- Amusantes, et les " traîtres » aux Funambules, fut, en iSlT,

engagé par Franconi aux appoinlemenls de 80 francs par mois, en même temps que Michelot, professeur au Conservatoire et artiste du Tliéâtre-Français, le prenait comme élève dans sa classe de tragédie. Dans l'ouvrage de M. Henry Lecomle nous trouvons l'énumération et le résumé des * pantomimes dialoguées n qu'il eut à interpréter : Othello, la Mort de Kldber, le Soldai laboureur, Poniatowshi, etc. ;

on l'y applaudit jusquVn 1820, époque à laquelle Frederick Lemailre fui admis à l'Odéon. Franconi se contenla de répondre à son jeune pensionnaire, qui, loul joyeux, venait lui annoncer son engagement :

— (1 Les théâtres populaires ont du bon; peutêtre, mon cher Fred, serez-vous heureux d'y revenir un jour. >'

Franconi était un sage, qui continuait à diriger heureusement son théâtre quand, le 16 mars 1826, après une représenta (ion de l'Incendie de Salins^ le feu dévora l'élablissemenl. C'est alors qu'il décida

de reconstruire le Cirque-Olympique sur le boulevard même, près de TAmbigu.

Ce nouveau théâtre, de vastes dimensions, s'éleva sur les terrains occupés jusqu'alors par le Théâtre de la Malaga^ les Ombres-Chinoises d'Hurpie et le Théâtre des Nouveaux- Troubadours^ où Ton jouait la comédie et surtout la tragédie.

Ce théâtre obtint même, un jour, un succès qui, depuis, ne s'est, je crois, jamais renouvelé. C'était le 12 messidor an VIII : on jouait la Nouvelle inattendue^ ou la Reprise de t Italie. Le public avait trépigné d'enthousiasme et acclamait encore la comédie patriotique qui s'achevait ; soudain paraît Cambacérès, le Second Consul ; les spectateurs en masse réclamèrent et exigèrent que l'on recommençât la pièce, qui fut jouée deux fois dans la même soirée ; les bravos furent encore plus nourris la seconde fois que la première, et Desaix mourant dut « bisser » ses dernières paroles : « Allez dire au Premier Consul que je meurs avec le regret de n'avoir pas fait assez pour la Postérité ! »

Les théâtres s'étaient solidarisés avec le Cirque- Olympique ; des représentations à bénéfice avaient été données ; le Roi, la famille royale, la cour, les ministres, le préfet de la Seine avaient souscrit des sommes importantes qui permirent démènera bien les travaux de reconstruction, et, le 31 mars 1827, le Cirque fut de nouveau ouvert au public : une pièce en trois actes, le Palais^ la Guinguette et le

!VABD nu TEMPLE

L'AUo</ue t/u Coni/oi

Champ de bataille, résumait par son Iriple titre le genre héroïque, populaire et militaire auquel comptait se vouer cette nouvelle scène.

La Révolution de 1830 modifia totalement le goût public au tht'âtre. Il semblerait que l'ancienne esthétique dramatique ait disparu avec l'ancien régime.

LE Tll£«TIIE DU ClIiaUE-OLYUFIIJIIE.

Les Népomucène Lemercier, les Arnautl, les Andrieux, les Monvel et les fournisseurs patentés des dernières années ; les mélodrames elTarants, les vaudevilles douceâtres, les tyrans féroces, les orphelines persécutées, les enfants au berceau, les colonels de trente ans, les muets, les idiots, les bergères des Alpes, les brigands vertueux, les hommes masqués, les souterrains ruisselant d"or, les Palais de Venise, furent en partie i

Des auteurs nouveaux surgissaient qui, avec une autorité incontestée, prirent résolument possession du théâtre : Victor Hugo, Dumas, Casimir Delavigne, A. de Vigny, Fr. Soulié, Balzac, Bouchardy, puis plus tard Paul Meurice, George Sand, Dennery, V. Séjour, Bayard, Duvert, Lauzanne y apportèrent la flamme, la vie, la passion, l'observation, Tesprit et le culte de la forme littéraire... C'est par eux que le boulevard du Temple connut les plus belles heures de ses triomphes ; ce fut la période héroïque du Drame romantique.

En même temps refleurissait Tépopée napoléonienne, et partout l'on ressuscita le Grand Homme. A la Gaîté, à l'Ambigu, chez Franconi, comme à rOdéon, à TOpéra-Comique, à la Porte-Saint-Martin, aux Variétés et au Palais-Royal, c'est Bonaparte ou c'est Napoléon. Déjazet chante Bonaparte à Brienne, Frederick Lemaître est empereur à rOdéon ; Cazot, empereur aux Variétés ; Génot, empereur à TOpéra-Comique ; Edmond, empereur chez Franconi; Gobert, empereur à la Porte-Saint- Martin. Gobert, Edmond, Cazot et Prudent qui doublait Gobert, ressemblaient, paraît-il, étonnamment au vainqueur d'Austerlitz ; tous ceux qui avaient connu l'Empereur, tous les vieux braves qui avaient servi sous ses ordres, tous les bourgeois qui avaient pu contempler son profil de médaille, tressaillaient en revoyant Gobert,

TumanïnT

Cazot, Edmond et Prudent ; ces bons acteurs, d'ailleurs, avaient été les premiers à se prendre au sérieux.

Gobert parcourait gravement le boulevard, le sourcil crispé, les mains derrière le dos, le chapeau en bataille ; Edmond lissait sa mèche et prenait noblement son tabac dans la poche doublée de cuir de son gilet; Cazot pinçait solennellement l'oreille du costumier quand sa culotte de Casimir blanc allait bien : « Soldat, je suis content de vous ! » Pour habiller avec exactitude le Napoléon de V Ambigu- Comique, Gosse, le peintre, obtint de Marchand, l'ancien valet de chambre de l'Empereur, l'autorisation de dessiner d'après nature le chapeau et la célèbre i^edingote grise de la légende I

Consultons le Courrier des Thc'dti^es à la date du 20 octobre 1830. Nous serons édifiés sur la place inouïe que tient Napoléon au Théâtre : Vaudeville : i( Bonaparte, lieutenant d'artillerie », comédie-vaudeville en deux actes; — Variétés : « Napoléon à Berlin ou la Redingote grise » (Cazot), comédie historique en un acte ; — Nouveautés : « L'Écolier de Brienne ou le Petit Caporal » (Déjazet) ; — Ambigu : « Napoléon », mélodrame en trois parties, mêlé de chants et suivi d'un épilogue ; — Théâtre de la Porte- Saint-Martin : « Napoléon » ; — Cirque Olympique : «. Passage du mont Saint-Bernard », gloire militaire en sept tableaux !

Il nous a été donné de connaître un vieux modèle

pour peintres, survivant de celte époque légendaire : il s'appelait Briand et avait joué les pelits rôles au Cirque vers 1835; il se souvenait encore de quelles éclatantes manifestations étaient accueillis Napoléon et aussi ceux qui Tentouraient : « Pour moi, contait-il, jetais du dernier acte... « Sainte-Hélène », et j'avais à remplir le rôle ingrat, j'ose le dire, d'Hudson Lowe. Vous n'avez aucune idée, Messieurs, des injures que Ton me prodiguait; mais un véritable artiste doit savoir traduire tous les sentiments, je voulais inspirer de la haine... Je l'inspirais, à ce point, — et je considère le fait, regrettable en lui-même, comme l'honneur de ma carrière dramatique, — à ce point, dis-je, qu'un soir le public m'attendit à la sortie du théâtre, se saisit de moi et me jeta dans le bassin du Châteaud'Eau aux cris de : « Vive l'Empereur! » Il faisait grand froid, je faillis en mourir; mais n'importe ! j'étais fier de moi! j'avais incarné mon personnage ! »

Après avoir transformé, rajeuni, modifié leur répertoire, les théâtres du boulevard du Temple se rajeunirent, se modifièrent, se transformèrent eux-mêmes matériellement : les pavés qui bordaient leurs abords étaient remplacés par des dalles, des barrières de bois permettaient aux spectateurs de faire, sans cohue, la queue à la porte avant l'ouverture des bureaux, c'est-à-dire avant cinq heures du soir, les spectacles commençant à six heures ; des auvents les préservaient de la

pluie ; les masures qui avoisinajent toutes les salles de spectacle disparaissaient; les débits de vin, les bibines, les boutiques en plein vent étaient remplacés par de belles maisons, d'élégants cafés; des restaurants de choix, le Cadran-Bleu^ Bonvalel^ s'étaient groupés autour du Jardin Turc qui continuait à être un des rendez-vous de la « fashion » ; les marchandes d'oranges étaient installées sur de commodes éventaires, préservées, par un vaste parapluie rouge, du soleil, le jour, et de la pluie, la nuit; les marchands de coco, le tricorne sur la tête, portaient leurs élégantes fontaines surmontées de génies dorés, ou de lions ailés et agitaient gaiement leurs clochettes : « A la fraîche ! qui veut boire? » Les marchands de marrons promenaient leur marchandise : « Chauds, chauds les marrons de Lyon ! » Et les débitantes de chaussons aux pommes et de gâteaux de Nanterre circulaient, lestes et provocantes, autour des portes des théâtres; on offrait des « contremarques moins chères qu'au bureau » ; on vendait des programmes, des biographies d'acteurs, des recueils de calembours; des cercles se formaient autour de chanteurs en plein vent; les marchands d'amadou et de briquets phosphoriques criaient leur marchandise ; et tout un monde affairé : acteurs, figurants, machinistes, danseuses, femmes de théâtre, habilleuses, claqueurs, saltimbanques et filous, jolies filles et bons bourgeois, circulait sur ce gai boulevard amusant, spirituel, frondeur, terrible,

bruyant, débordant de vie, d'activité, de mouvement.

En 1835, ce joyeux boulevard fut ensanglanté par un crime horrible. C'était le 28 juillet, cinquième anniversaire de la révolution qui avait élevé Louis- Philippe au trône : le roi, entouré de ses fils et d'un nombreux état-major, passait en revue la garde nationale et toute la garnison de Paris, échelonnées le long des boulevards. La huitième légion de la garde nationale occupait le boulevard du Temple devant la fat^ade du Café Turc, dont la terrasse était littéralement remplie de femmes élégantes, de joyeux consommateurs, de bons badauds; des familles entières étaient massées sur les trottoirs. Pépin, le complice de Fieschi, avait même pris rhorrible précaution de faire promener aux entours du Café Turc sa petite fille, dont la présence seule devait écarter tous les soupçons qui auraient pu peser sur lui . Les tambours battaient aux champs, — le roi arrivait. — Soudain, d'une misérable maison portant le numéro 50, voisine de Y Estaminet des Mille Colonnes et faisant face au Jardin Turc, partit une effroyable volée de mitraille. — C'était là en efTet que, derrière la jalousie baissée d'une fenêtre située au troisième étage, au-dessus de l'annonce du /oierna/ c^es Connaissances utiles, 4 francs ]:ar an, Fieschi avait installé les 25 canons de fusils bourrés de balles qui constituaient sa « machine infernale » ; une rigole pleine de poudre reliait les 25 lumières. L'épicier Morey, qui avait

aidé à préparer cet effroyable engin de meurtre, avait même pris Tutile précaution d'avarier quatre des canons de. fusils dont Téclatement devait supprimer Fieschi lui-même. Pépin, autre complice, avait passé et repassé plusieurs fois à cheval et au petit pas devant la fatale fenêtre, et Fieschi, excellent tireur corse, avait pu tout à son aiss viser et mettre au point exact la mire de son effrayant instrument de mort. Ce fut une affreuse tuerie, la volée de balles renversant femmes, enfants, spectateurs, état-major, officiers, soldats, escorte, effleura seulement le chapeau à cornes que portait le roi dont le cheval reçoit une chevrotine dans le cou; les chevaux du duc de Nemours et du prince de Joinville sont blessés l'un au jarret, l'autre au flanc. Le boulevard ruisselait de sang. Le maréchal Mortier tombe frappé à mort ; le général Lâchasse, le colonel Raffé, le lieutenantcolonel Rieussec, dix officiers, vingt soldats expirent au milieu des chevaux éventrés et des innombrables blessés que Ton emporte au Café Turc transformé en ambulance. Fieschi, blessé, fut arrêté dans Tarrière-cour d'une maison voisine, au moment où il tentait de s'enfuir par la rue Basse ; le 19 février 1836, il montait à Téchafaud avec ses complices Pépin et Morey.

Il est curieux pour l'histoire du théâtre de noter le programme des spectacles parisiens à cette date. Le 28 juillet 1835, jour de l'attentat : Opéra : relâche; — Théâtre- Français : le Consentement forcé; les

Deux Frères; — Opéra-Comique : Fra Diavolo; Aida ; — Vaudeville : Elle est folle; Mon bonnet de nuit; Arwed; — Palais-Royal: Prova; Est-ce un rêve ? — Variétés : Ma femme et mon parapluie ; l'Uniforme ; les Danseuses à TÉcole ; — Folies-Dramatiques : THeure du rendez-vous; — Ambigu :

Ango ; — Cirque-Olympique : la Traite des noirs ; — Théâtre Comte : la Maison isolée; Mille écus; — Diorama : Messe de minuit ; Forêt Noire ; Bassin de Gand (prix : 2 fr. 50) ; — Panorama cT Alger (40, rue des Marais) (prix : 2fr. 50) ; — Champs-Elysées : concert tous les soirs (I fr.) ; — Jardin Turc : concert tous les soirs, sous la direction de M. Tolbecque. Un détail étrange : le Charivari du dimanche (le jour même de Tattenlat) publiait cette note : Carillons : « Hier, le Roi citoyen est venu de Neuilly à Paris, avec sa superbe famille, sans être aucunement assassiné sur la route », — et l'illustration qui accompagne ce numéro représente le portrait de M"® de Morel, l'héroïne énigmatique du procès La Roncière !

En 1827, avons-nous raconté précédemment, le Cirque-Olympique, reconstruit après l'incendie de 1826, avait rouvert ses portes. Il jouait des pièces populaires et militaires.

L'énumération de quelques titres prouve que ce genre de spectacle plaisait, puisque, pendant des années, l'affiche ne varia guère : la République, V Empire et les Cent Jours, les Pages de VEmpereur^

THKATRES I

le Prince Eugène et t Impératrice Joséphine, Austerlilz, le Ornerai Foy, le Soldai de la République,

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