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L'HISTOIRE D'UN DRAPEAU

H. ADOLPHE D'F.NNERV

alternait avec les ralembours des louslies char^fe dVgayer les spectalcurs et île ilonner aux machi-

nistes le temps matériel de changer les décors. L'énumération seule des tableaux dit la tenue générale de Toeuvre : Un Atelier de brodeuses^ le Plateau de Rivoli, la Batterie couverte,, la Prise du pont d'Arcole, la Bataille des Pyramides, la Fêle du Nil, l'Entrée à Vienne, Un drame dans une chaumière russe, les Neiges du Nord, les Deux Drapeaux^ le Retour de file d'Elbe, Solferino, Les principaux rôles étaient joués par Laferrière, Jenneval, Colbrun et Clarisse Miroy. La scène et une partie de la salle étaient occupées par les évolutions des étals-majors, des chevaux, des soldats. Trois à quatre cents comparses manœuvraient, et c'étaient des charges à la baïonnette, des redoutes prises et reprises, des chevaux sauvant le drapeau, des feux de bivouac, des batteries emportées d'assaut, des traîtres fusillés et des nations prisonnières I L'orgueil national d'ailleurs s'en mêlait à ce point que chaque figurant acceptait sans discussion la somme de un franc pour représenter un soldat français, mais c'était cinquante centimes de supplément pour « faire le Russe, l'Autrichien et l'Anglais » !

C'est dans une de ces pièce que Colbrun, le petit Colbrun (il avait la taille d'un enfant de quatorze ans), entoure par plusieurs cavaliers cosaques, s'écriait, alors qu'un officier lui jetait : « Brave Français, rendez-vous! »... « Si le général Cambronne était là, je sais bien ce qu'il vous répondrait... » La salle éclatait en applaudissements et Colbrun dispersait ses ennemis.

Les exercices équestres, qui avaient Taitaulrefois la gloire et la fortune du thMtre de Franconi, n'avaient plus de place avec les drames militaires. Le Cirque-Olympique avait m^me perdu son titre et,

en 1848, il avait pris le nom de Théâtre-National ; mais l'ancien Cirque renaissait bientôt sur le boulevard des Filles-du-Calvaire ; c'est le Cirque qui existe encore, où nos pères nous ont amenés tout enfants, le Cirque oii trônaient autrefois la famille Lalanne, la famille Loyal, M"" Lejard, Pauline Cuzanl, Coralie Dumas, le fameux Auriol, un clown

prestigieux, parait-il, el qui faisait la joie du public parisien. <• A Auriol seul il était réservé, rapporte Pougin d'après un journal de 1860, d'élever' son métier à la hauteurdun art. Sauter en l'air en pirouettant trois ou quatre fois sur lui-même ; franchir à l'aide du tremplin huit chevaux mont<^s par leurs cavaliers, ou 24 soldats avec la baïonnette au bout du fusil, s'élancer au travers d"un feu d'artifice, ou d'un cercle hérissé de pipes sans en briser une; improviser mille folies, tout cela semblait n'être pour lui qu'un jeu, qu'une récréation. Impossible enfin d'accomplir avec plus de facilité des choses paraissant surnaturelles. « C'était, paratt-il, un rire dans toute la salle dés qu'on percevait lebruit léger des grelots semés sur son costume tailladé !

Il existe toujours, ce vieux Cirque-OIjmpique ; il n'a pas changé et reste immuable avec ses « jeux icariens », ses équilibristes, ses dompteurs, ses écuyères gracieuses qui, depuis tant d'années, fianchissent, aux accents d'un pas redoublé, les mêmes cercles de papier et saluent du même sourire le même public toujours idolâtre. Je me souviens fort bien d'y avoir, tout enfant, accompagné mon père Auguste Gain, qui venait dans i'après-midi faire des études d'après les lionceaux du dompteur Balty ; ces lionceaux figurent dans le groupe Lionne rappariant tinpaon à ses petits, qui décore le jardin des Tuileries. A côté de mon père, Rosa Bonheur, notre intime amie, dessinait des tigres et des lions,

et tous deux assistèrent dans les ménageries du Cirque d'Hiver à ce terrible combat d'un lion et d'une lionne dont mon père composa le grand groupe, placé dans les mêmes Tuileries, à l'entrée de la rue Castiglione, Lion et Lionne se disputant un sanglier, Rosa Bonheur fît du même épisode un admirable dessin. — Le dompteur Batty qui, la fourche à la main, était allé séparer les deux fauves, devait être dévoré quelques années plus tard.

Si le spectacle qu'offre le Cirque ne varie guère, le public enfantin s'y renouvelle constamment, et les joyeux rires perlés y accueillent toujours les éternelles grimaces des clowns ; et encore reste-t-il parfois, parmi ces admirables pitres, des êtres stupéfiants comme ce Billy-Hayden qui nous a tous tant amusés, petits et grands, il y a quelques années. M. Loyal seul a disparu, hélas I l'admirable M. Loyal, orgueil et coqueluche du boulevard, l'imposant M. Loyal, sanglé dans son bel habit bleu, et qui d'un si beau geste rectifiait d'un coup de chambrière les incartades du clown irrespectueux ou les écarts de la jument Norah présentée en liberté.

En 1830, chaque théâtre contenait un café qui faisait pour ainsi dire partie de l'établissement. Il y avait le Café du Cirque-Olympique^ le Café des Folies- Dramatiques, le Café de la Gaîté et, contre la grille des quatrièmes du Cirque-Olympique, le Café des Pieds-Humides, dont l'escalier s'ouvrait au-dessous de la porte du théâtre de Mac-Moc, un petit bon-

LE BOULKVARD DU TKMI'LK (1

homme qui faisait la parade à l'entrée d'un Ihi'âliit d'acrobates, et dont la tôte grotesque s'agilant au-dessus d'un petit pantin de bois dialoguait avec Yaboyeur. Quant à son surnom, le Café des Pieds-Humide» le devait à l'atmosphère efTroyablc qui régnait dans son affreux sous-sol, encombré

chaque jour et chaque nuit par un monde abominable de repris de justice, de souteneurs, do fdles, de lilous. La police y faisait des raflej fructueuses et répétées. La chaleur que dégageait cette salle basse encombrée de joueurs et de buveurs rendait humides etgluants les piedsdes billards en acajou, <l'oii ce nom bizarre : le Caf<f des Pieds-Humides. Prés de là se trouvait la baraque où l'on exhibait le chien J/n»ii(o, qui «défiait au piquet ouauxdorairos les plus savants, ensemble ou séparément ».

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