TOME I
vous la gorge , les histrions vous remplacent.
— Par pitié vicomte, songez que ce jeune homme est mourant , s'écria la malheureuse femme avec angoisse, songez que c'est un assassinat ! par pitié !
— Voir céans un pareil homme, madame, répliqua l'inplacable diplomate, mais c'est une honte : je croyais avoir des espérances , dos droits...
— Ah ! Jésus ! songez que vous êtes chez moi , songez que trois cents personnes peu* vent nous surprendre , retirez-vous ! Je vous l'ordonne Monsieur !
•— Ah , s'écria-t-il avec furie , endurer de piireils outrages pour un misérable !...
— Vicomte, sortez, vous dis-je !
— Pour un misérable qu'il faudrait chasser...
— Me chasser, infâme, s'écria Edgar d'une voix terrible en |'^|^nçant hors du lit, me
chasser! Je vivrai peut-être assez pour que vous me rendiez raison de cette lâcheté inouie: oui, vous êtes un lâche M. de Bréval!
Et rapide comme la foudre , sa main décharnée imprima sur la joue du noble vicomte un stigmate flétrissant.
Puis, brisé par cet efl'ort dangereux, il tomba raide sur le carreau.
Le vicomte sortit; mais en soulevant la courtine, il dit à la duchesse en arrêtant sur elle un regard de tigre.
— Prenez garde à ma vengeance, Madame; car vous pouvez être assurée qu'elle sera proportionnée à l'insulte.
Et se rajustant avec un calme extraordinaire, il rentra dans les salons où la joie régnait toujours en souveraine.