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PARIS

MBRAIRIE J.-B. HAILLIERE ET FILS

19, rue Hautefeuille, près du boulevard Saint-Gcrmniii

LA xMÉDECINE FRANÇAISE DE i820 A 1830

Le 13 février 1876 s'éteignait, après une courte maladie, l'un des plus illustres représentants de la médecine française. La Faculté de médecine de Paris perdait, en Gabriel Andral, l'un des professeurs qui avait porté le plus haut la gloire, et marqué le mieux l'espi'it de son enseignement; l'Académie des sciences et l'Académie de médecine, l'un des médecins, qui, demeuré fidèle à l'observation clinique et aux leçons sévères de la tradition, avait néanmoins le plus conti'ibué h engager la médecine dans les voies nouvelles que le progrès des autres sciences lui ouvrait ; l'un des acteurs principaux de la rénovation médicale accomplie dans la première moitié du siècle, un véritable législateur de l'art, suivant l'expression de Bordeu.

Une telle personnalité vaut assurément qu'elle ne disparaisse pas sans être étudiée, sans que l'on ait retracé sa physionomie véritable et la portée de son action au milieu de l'un des mouvements scieniifjques les plus intenses, et, au demeurant, les plus féconds de ce temps. Nul n'a pris une part plus active qu' Andral à ce mouvement; il l'a suivi ou poussé dans toutes les directions utiles, modéré dans la précipitation qui parfois le faisait dévier, réfréné et combattu alors qu'il s'égarait dans les voies d'un système et d'une pratique funestes. Ça été le rôle d' Andral de se mêler à tous les débats confus et ardents au milieu desquels s'organisait la médecine contemporaine, et d'y exercer une action pi'épondérante, sans rien perdre cependant de son calme d'esprit, de son impartiale sérénité, de la sûreté de son jugement, sans épouser aucune cause exclusive, si ce n'est celle des vérités en quelque sorte nécessaires, sans s'inféoder à aucune idée systématique, à

aucune passion doctrinale, et en recueillant tous les éléments de progrès, d'où qu'ils vinssent.

Entreprise et consommée dans la lutte, toute imprégnée du souille de rénovation qui agitait, vers 1820, toutes les intelligences médicales, l'œuvi-e d'Andral ne peut être mesurée qu'en la replaçant dans le milieu d'où elle s'est dégagée. Èlle succède à celle des 'faibles doctrinaires qui suivaient Pinel, et à celle des anatomo-pathologistes purs qui, comme J^rost et Bayle, se dévouaient tout entiers à l'étude des lésions, et laissaient en arrière l'histoire animée des symptômes, l'évolution vivante de la maladie; elle se place entre l'œuvre de Laënnec et celle de Broussais, s'inspirant de toutes les deux, mais le plus souvent pour vulgariser, soutenir et développer la première, pour combattre les exagérations, les entraînements dangereux, les erreurs subversives de la seconde ; elle accompagne enfin ou précède l'œuvre de Cruveilhier et de Louis, et concourt avec celles-ci à lever cette moisson de faits et de rapports pathologiques, dont se sont nourries toutes les génératioiis élevées à l'Ecole de Paris. L'œuvre laborieuse et si étendue d'Andral est télleiiient liée cà l'histoire médicale de son temps, que, le plus souvent, raconter l'une c'est raconter l'autre; elle se confond incessammeilt avec l'expansion scientifique, rapide et hardie, qtii rempUt les dix dernières et belles années du gouvernemènt dé la Restauration, années durant lesquelles tout semblait se renouveler en France, les sciences, les lettres et les arts.

La double étude que nous nous proposons, celle qui concerne l'œuvre d'Andral, et celle qui touche à l'histoire médicale du même temps, semblent circonscrites dans lés hdrizons spéciaux et limités de la médecine. Est-ce cependant une raison pour que les médecitiS seuls s'y intéressent? Les hommes qui aiment êt tUltivent la science générale savent qii'il n'y a pas de mouvement scientifique isolé ; les sciences s'entretienneiit, surtout celles d'ordres voisins, et ce qui agite les unes n'est pas sans remuel' les atitl'ës. Lés sciences biologiques ont conquis aujourd'hui une place considérable dans l'eiisertible des sciences ; leurs progrès, pour être Venus les derniers, n'en sont ni moins saisissants, ni moins féconds en résultats ; et surtout ils sont de ceux qui, éclairant la vie et ses profondeurs, amènent aux contemplations les plus larges des choses. Or, la médëcirie est l'un des plus vastes côtés des sciences biologiques. On pourrait même dire que c'est par elle que les sciences biologiques ont pris naissance, et pénétré dans l'intelligence réelle de leur sujet. C'est dans l'ordre médical qu'ont surgi toutes les grandes vérités de la science des êtres vivants. L'histoire de nos doctrines et de nos luttes ne saurait dès lors rester indifférente à ceux que l'étude

de la vie préoccupe et entraîne. La médecine aujourd'hui, considérée dans son ensemble, n'est plus seulement un art reposant sur les indications générales ou locales, déduites de l'état morbide ; elle est aussi une science vraie, ayant ses principes et ses lois que contestent uniqueinent ceux qui les ignorent, et se déroulant dans la plus vaste succession de phénomènes et de rapports qu'aucune science puisse offrir ; elle a donc conquis le droit de faire entendre sa voix dans le puissant concert de nos connaissances, et d'être écoutée de tous ceux qui s'attachent à l'étude des progrès scientiliques. Elle a sa part et son action dans la marche des sciences, et il n'est plus permis de demeurer indifférent ou étranger aux problèmes qu'elle a agités, alors même qu'elle ne les a pas entièrement résolus. La médecine sans doute n'est pas une science achevée; mais quelle science l'est, et le sera jamais ?

Et ce ne sont pas seulement les biologistes qui ont intérêt à nous connaître, à étudier ce que nous savons de la science de l'homme; ce sont encore les philosophes. C'est l'une des pensées auxquelles je me suis le plus attaché que toutes les grandes vérités métaphysiques se retrouvent, pour qui sait les chercher, vérités biologi ques et médicales, et réciproquement. Les vérités premières de la science de l'homme sont identiques sous des apparences diverses, qu'il s'agisse de l'homme moral et intellectuel, ou de l'homme organique et vivant, de l'homme sain ou du malade. L'homme est un, cela sè retrouve en toute connaissance dont il forme l'objet; Aussi, de jour en jour, la métaphysique se rapproche-t-elle de la biologie, y trouve une représentation particulière de ses doctrines, et des éléments inattendus de développement. Même certains ont cru que la métaphysique disparaîtrait dans ce rapprochement, et serait absorbée par la biologie pare; il est peut-être plus vrai de dire qu'elle y retrempe sa viguem-, et qu'elle est destinée à réformer bien des jugeinents systématiques, bien des erreurs, et bien des négations dans lesquelles, par ignorance métaphysique, tombent les études biologiques. Quoi qu'il en soit, les philosophes et les biologistes ont intérêt à ne pas ignorer entièrement nos efforts et nos travaux, nos traditions vivaces, nos systèmes portés sur les acclamations d'un jour et «'évanouissant avec lui, nos affirmations éphémères, nos contradictions persistantes, et, à travers tout cela, notre connaissance de plus en plus profonde de la vie et de ses modes. Nous leur oflrons un spectacle instructif et qu'ils ne doivent pas dédaigner. S'il a ses misères, il a ses grandeurs, et les unes comme les autres fournissent des lumières qui durent, et peuvent éclairer au-delà de notre enceinte.

Pouiquoi donc ne pas tenter d'écrire une page de notre histoire

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