‹ AndralChapitre 2 sur 3 · A.\I)RAL · texte numérisé non relu

A.\I)RAL

pour tous ceux que l'iiistoirc de la science et de la pliilosoplii intéresse? Et dans ce cas, quelle histoire plus mouvementée que celle de ces années fécondes? Fut-il un temps où les pi-oblèmes fondamentaux de la médecine aient été plus agités dans tous les sens, où les solutions contraires aient été plus ardemment opposées les unes aux autres? Et en ce temps, est-il une œuvre qui, mieux que celle d'Andral, rédète toutes les agitations courantes, les lueurs nouvelles qui surgissaient, les aspirations et les incertitudes de ces jours pleins de sève et d'espérances? et cela, tout en gardant une mesure, une élévation, une égale justice dans l'appréciation, qui forment un singulier contraste avec les emportements de polémique, que Broussais et son école avaient substitués aux allures ordinaires de la science, aux habitudes calmes et graves de Pinel.

La vie de celui dont je veux raconter l'œuvre a été une vie de retraite autant que de science. Je dois, au préalable, l'exposer brièvement, Gabriel Andral naquit à Paris, le 6 novembre 1797. Son père, médecin du roi Murât et consultant de l'Empereur, comptait plusieurs générations de médecins parmi ses ascendants. Il appartenait à une de ces vieilles familles, presque dignes d'être appelées hippocratiques, où l'honneur professionnel et l'amour de la science et de l'art se transmettaient de père en fils comme une noblesse héréditaire. Les débuts d'Andral, dans la carrière médicale, furent singulièrement précoces. Il était docteur en médecine en 1821, et agrégé de la Faculté en 1823 après un brillant concours. Les succès universitaires d'alors ne se faisaient pas attendre pour les inteUigencesbien douées, après les longues guerres de l'empire qui avaient fauché de si larges moissons d'hommes, et jeté sur les champs de bataille une jeunesse enlevée prématurément aux études libérales. Ces succès ne furent pourtant pas ceux qui valurent à Andral l'autorité dont il jouit de si bonne heure. Dès 1820, il commençait une série de publications qui laissaient voir l'activité de son esprit, l'étendue de ses connaissances. Déjà il avait publié plus de vingt mémoires sur des sujets variés d'anatomie comparée, de thérapeutique expérimentale, d'anatomie pathologique surtout, lorsqu'en 1823 parut le premier volume d'un ouvrage qui allait placer d'emblée son auteur au premier rang parmi les observateurs contemporains. La Climqup médicale d'Andral comptait quatre volumes en 1827. Une seconde édition, commencée en 1829, fut portée à cinq volumes.

Cet ouvrage avait pour base un choix d'observations recueillies à l'hôpital de la Charité, dans le service de Lerminier. Lerminier était un praticien instruit, sage, que sa profession absorbait, et qui, placé à la tête d'un grand service d'hôpital, s'appliquait à le diriger de son mieux, sans puiser dans cette mine abondante, et sans utiliser,

au profit de la science, les matériaux que chaque jour lui appoUait. Heureusement Lerminier avait accueilli comme disciple, ou plutôt comme un collaborateur, comme un jeime ami qu'il protégeait et dont il était lier, ce docteur d'hier, infatigable au travail, curieux de faits, savant en doctrine; et c'est à cet accueil libéral que Lerminier doit aujourd'hui d'être connu de nous tous : car Andral, dans le titre comme dans la préface de son livre, a placé le nom de son maître, en lui reportant une partie de l'honneur que la Clinique médicale allait proinptement valoir à son auteur. Sans juger pour le moment cet ouvrage considérable, nous dirons seulemeut qu'on ne peut ne pas admirer le labeur de chaque jour qu'il suppose. Ce vaste recueil d'observations est dû tout entier à un médecin qui avait à peine alors vingt-six ans; et ce recueil de faits est, en outre, l'objet de commentaires variés, sagaces, souvent profonds, marqués -de page en page par la maturité de l'esprit et la sûreté des appréciations, inspirés des plus larges doctrines, luttant courageusement contre les entraînements systématiques du jour. La Clinique médicale est demeurée peut-être le plus beau titre scientifique de celui qui l'a écrite. Ce Uvre conçu d'un jet, où circule une séve abondante, une ardeur contenue, où règne le désir de voir, de connaître et de juger, une inaltérable sincérité, ce livre n'a pas vieilli ; et il reste comme un document important et toujours utile à consulter.

La Cliniciue médicale touchait à peine au terme de sa publication, qu' Andral livrait au public, en 1829, un Précis d'anatomie patholor/ique en deux volumes. Cet ouvrage annoncé et impatiemment attendu était la systématisation, au point de vue de la connaissance des lésions, de tout ce qu'avaient révélé à son auteur les observations insérées dans la Clinique. C'était l'ouvrage didactique, l'étude générale des faits succédant à la collection et à l'histoire des faits particuliers. Andral transformait ainsi l'œuvre qu'il avait entreprise: il la présentait sous un autre aspect, et par cela même il l'agrandissait.

T)e tels travaux valurent à leur auteur une renommée rapide ; ils désignaient l'agrégé de la Faculté de médecine pour une chaire de professeur, sitôt qu'une vacance permettrait de la lui attribuer. Cette désignation , la voix publique la faisait d'autant mieux qu'à toutes ces publications importantes, qui se succédaient si vite sans être, ni paraître hâtives, Andral joignait les labeurs de l'enseignement libre. Il faisait, chaque année, un cours d'anatomie pathologique, et ces cours obtenaient le plus vif succès. Ils étaient soigneusement préparés, et nous avons entre les mains un discours d'ouverture du cours de 1825, de tout point remarquable, '\ussi Andral, en 1828, recevait-il .sa nomination de professeur à la Faculté de mé-

decine. On lui donnait la chaire d'hygiène. Cette chaire ne répondait pas h la direction de ses études, aux luttes scientifiques dans lesquelles il était si engagé. C'était une chaire d'attente-, il la quitta en '1830 jDOur prendre la chaire de pathologie interne. Celle-ci même ne pouvait fournir à son activité un champ suffisant; il lui (allait une chaire consacrée aux plus hautes questions de la science et de l'art, oii fussent agitées toutes les certitudes, comme toutes les fluctuations de la médecine, où la discussion des doctrines médicales pût trouver tous ses développements, où les lois générales de ia pathologie pussent être formulées et enseignées. Cette chaire on l'avait créée, après 1830, pour l'oflrir au grand agitateur des doctrines médicales, à celui qui avait un moment subjugué toute l'Europe médicale. Broussais l'avait donc occupée, mais sans y augmenter sa gloire, en y montrant trop souvent les défaillances de son génie, les misères et les arguties auxquelles l'entraînait la défense à outrance d'un système qui déclinait et croulait. A la mort de Broussais, en 1839, la chaire de pathologie générale fut confiée au seul homme de ce temps qui pouvait l'occuper. Andral fonda cet easeignement, l'éleva et le maintint à la hauteur qui lui revient. Il s'y consacra tout entier, et , dans les dernières années, il essaya de le renouveler en remontant aux origines mêmes de la tradition médicale. Au milieu du tourbillon et des bruits du ti avail contemporain , il tenta de ramener les esprits aux saines et fortifiantes études de l'histoire; entreprise hardie, et que ne favorisaient guère les courants du jour.

Andral possédait tous les dons du professeur. Sa parole était grave sans être froide, chaleureuse sans être déclamatoire, sobre sans sécheresse, élevée sans être obscure, convaincue sans être celle d'un systématique. Par-dessus tout elle avait l'autorité et commandait le respect; elle était l'image de son caractère éminemment digne, sérieux et bienveillant. Fuyant toute vaine et bruyante popularité, il réunissait autour de sa chaire un auditoire d'élite, sincèrement respectueux, qui savait tout ce que valait l'enseignement qu'il venait recueillir.

Andral ne se bornait pas aux travaux et aux recherches incessantes que nécessitaient ses leçons officielles de la Faculté. Il ne perdait pas de vue le but qu'il s'était proposé dès le commencement de sa carrière : poursuivre l'étude des lésions, rattacher à celles-ci tous les symptômes morbides qu'elles suscitent, en déduire une connaissance plus exacte de la maladie. Ce programme, il l'avait réahsé, dans la mesure et suivant les moyens d'analyse que comportait alors la science, en ce qui concerne les organes et les tissus organiques, ce que, dans la langue du temps, on appelait les soUdes de l'économie.

ANDRAL tî

Mais, éloigné de toute idée exclusive, il n'oublia pas, comme seâ contemporains, l'importance qui i-evient dans l'économie aux humeurs, au sang en particulier, générateur de toutes les humeurs. 11 comprit que la description de l'altération dos qualités physiques du sang devenait insuffisante, et qu'il fallait demander à l'analyse des parties constituantes de ce liquide, une connaissance plus avancée de ses altérations. De cette pensée naquirent les Recherches siir lés modifications de proportion dés prihcipéS dit sang dans tes maladies. Il s'associa pour ces travaux, demeurés célèbres ^ M. le professeur Gavarret, plus tard M. de La Fond, professeur à l'Ecole vétérinaire d'Alfort, lorsqu'il s'occupa de l'étude du sang . dans quelques espèces animales. Ces travaux devinrent la base dê ' YÈssai d'hématologie pathologique, publié par Andial en 18/|ti. Le§ recherches expérimentales siir la composition et les altérations dil sang furent suivies d'études entreprises, toujours en collaboratiëtt avec M. Gavarret, et relatives à la quantité d'acide carbonique exhalé par le poumon dans l'espèce humaine. Ces études firent connaître plusieurs faits intétessants. Elles semblèrent clore les travaux pratiques d'Andral. Bientôt après il entra dans les sereines régions de l'histoire pour ne plus les quitter ; il repoi ta l'activité de son esprit vers l'intelligence de l'ancienne médecine, de la médecinë grecque surtout, d'Hippocrate à Galien.

Au miUeu de ces travaux, dont avaient tant à espérer ceux qui aiment les études synthétiques, ceux qui aspirent cà connaître le^ liens vivants et indissolubles qui unissent le passé au présent et â l'avenir de la médecine, qui ne veulent ni du rejet de nos traditiorië, ni de l'immobilité stérile où amène ùn respect inintelligent et aveugle; au milieu, dis-je, de ces travaux d'un Caractère si élevé, Andral, absorbé par des devoirs de famille auxquels il voulut se vouer sans réserve, se retira prématurément de la vie active et professionnelle. Sans perdre de vue la science, en suivant, au contraire, et d'un œil attentif, les progrès et les transformations qu'amenaient, dans l'anatomie pathologique, l'emploi du microscope et les procédés nouveaux d'analyse chimique, il abandonna sa chaire, et l'on n'entendit plus que rarement sa voix.

Andral appartenait à l'Académie de médecine depuis sa fondation en 1823 ; il entra à l'Académie des sciences en 1843'; il était membre de la plupart des corps savants de l'Europe ; et, dernièrement, le président de la Société royale de médecine et de chirurgie de Londres, sir James Paget, à la r 'union annuelle de la Société, appréciait, en termes justes et élevés, l'œuvre et la vie scientifique du maître qui avait jeté tant d'éclat sur la médecine française. L'action d'Andral sur la marche de la médecine contemporaine a

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été profonde, avons-nous dit: elle subsiste plus réelle qu'on ne croit; il s'agit maintenant de l'apprécier.

La médecine française, vers 1820, semblait ne connaître qu'un but et qu'une étude : découvrir, analyser les lésions déterminées par la maladie sur les tissus et les organes, et faire de ces lésions le point de départ de la description symptomatique des maladies et le fondement du traitement. L'anatomie pathologique, dont hier encore le nom n'existait pas ou était à peine prononcé, devenait tout à coup la partie essentielle de l'histoire des maladies, et seule semblait donner k cette histoire un caractère scientifique. C'était toute une transformation qui s'opérait, et le temps a montré combien elle devait être profonde.

Ce n'est pas que l'utilité de la connaissance des lésions n'eût été reconnue déjà et professée par d'illustres médecins. Dès que la médecine, affranchie avec les autres sciences, quitta enfin la voie stérile des commentaires pour se livrer à l'observation libre de la nature, elle pressentit qu'elle avait à demander à la nature morte des révélations qui éclaireraient la vivante ; et peu à peu elle s'accoutuma à l'idée d'ouvrir et d'étudier les corps que la vie avait abandonnés, afin d'y chercher les causçs et la raison de cet abandon. Mais ce sentiment restait à l'état naissant. La médecine d'observation, servie par d'immortels génies, se rattachant à Hippocrate, trouvant pour adeptes des hommes tels que Fernel et Baillou, Sydenham et Morton , Baglivi et Torti , Stoll et de Haën, et tant d'autres, se limitait trop volontiers à la contemplation des mouvements vivants , et de l'ensemble symptomatique dans la maladie; elle composait ainsi des tableaux que la science moderne admire et étudie encore; elle ne soupçonnait pas tout ce que cachaient ces tissus livrés à une dissolution prochaine, et sur lesquels la maladie avait laissé sa marque, et comme son sceau propre et révélateur. La médecine ancienne, dépourvue des secours de la nécropsie, avait du s'adonner surtout à l'étude de l'état général du malade, que les larges empreintes et les symptômes synthétiques de la maladie suffisaient à révéler; et en cela, elle avait témoigné d'un rare génie d'observation; mais elle ignorait presque entièrement ce que l'on a appelé l'état local , lequel est indissolublement attaché à la lésion organique, à la détermination locale de la maladie. On voit quelle part de la maladie lui échappait, la plus sûre et parfois la plus utile à connaître ; si bien que Bichat avait pu

s'écrier avec l'assentiment de ses contemporains : « Qu'est i'obser- \ation si l'on ignore là où siège le mal? »

Telle était la médecine en honneur vers la fin du siècle dernier, jnalgré les tentatives de quelques anatomo-patliologistes qui avaient voulu engager la science en d'autres voies. Cependant le dernier et le plus fameux de ces médecins qui ouvraient l'avenir, Morgagni venait d'écrire un impérissable ouvrage bien propre à montrer quelles richesses de connaissances livraient les travaux pénibles de l'autopsie. Morgagni , cet auteur qui ne trompe jamais, irrefragabilis auctor, comme l'appelait Haller, devint le modèle et comme le promoteur direct du mouvement médical qui devait passionner les esprits. Nombre de médecins, à son exemple, comprirent que la médecine bornée à l'observation des symptômes avait fini son temps; qu'à côté du jugement de l'état général, il fallait placer la connaissance de l'état local; que la distinction des espèces morbides ne pouvait se perfectionner et s'accroître que par l'étude approfondie des lésions. Bientôt nul ne contesta ces nécessités du temps; elles éclatèrent surtout après 1816, date de V Examen de Broussais. Les uns les subirent sans entrahiement, attardés ou louangeurs indolents du passé, acceptant ce qui se faisait plutôt qu'y prenant une part active ; les autres se livrèrent tout entiers à la recherche des lésions laissées par les maladies, chacun y apportant d'ailleurs son tempérament; ceux-ci avec le calme et la patience voulue par ces recherches , ceux-là avec l'ardeur bruyante des néophytes, les théories précipitées que les investigations nouvelles suscitent.

Ainsi s'organisa cette puissante école anatomo-pathologique qui reconnaissait pour chefs Bayle et Laënnec, que tant de disciples devaient illustrer, et à laquelle la science était déjà redevable de découvertes mémorables. Cette école, laborieuse et féconde, s'attachait à l'étude des altérations anatomiques, comme à l'un des éléments essentiels de la connaissance des maladies, sans prétendre cependant tout réduire à cette connaissance, sans faire de la lésion toute la maladie. Elle ne considérait pas la lésion comme cause première et raison même de la maladie ; elle laissait la maladie audessus de là lésion. Celle-ci était un effet, et quelque considérable que fut cet effet, quelque rang qu'il tint dans la succession et la production des phénomènes morbides, il n'en demeurait pas moins effet, et la constitution de la maladie restait comprise suivant les enseignements de la tradition. La tradition était agrandie, mais non bouleversée; elle s'enrichissait de faits nouveaux sans sombrer devant ces faits..

Ces idées étaient larges et sages, progressives et non révolutionnaires; et il est à remarquer (qu'elles furent celles de tous ceux qui,

à cette époque, lirent faire à l'anatoniie pathologique ses plus réels progrès, et inarquèrent la place élevée qu'elle devait occuper dans l'ordre médical, celles de Bayle et de Laënnec, d'Aiidral ensuite et de .Cruveilliier. Aussi cette écqle se rattachait-elle volontiers à celle de Pinel, qui, tout en s'appuyant sur des notions anatomo-pathologiques encore bien vagues, déclarait surtout respecter et continuer la médecine d'observation. Elle se rattachait plus directement encore à l'enseignement de Corvisart qui , tout en conservant le culte des mêmes traditions, s'appliquait à perfectionner le diagnostic anatomique et local , celui en particulier des affections de poitrine fit de cœur. Corvisart toujours armé des aphorismes d'Hippocrate, de Boërhâve et de Stoll, aussi bien qu'habile à l'exploration des organes, réunissait autour de lui de nombreux et ardents disciples, observant, recueillant des faits, apprenant à explorer les parties malades. « Pour la première fois peut-être, dit Andral en parlant de ce maître éminent , un médecin était parvenu à exciter autour de lui l'enthousiasme le plus vif, sans professer aucmi système. »

En écrivant ces lignes, en 1823, dans le Discours préliminaire de sa Clinique médicale, Andral assistait aux acclamations bruyantes d'un autre enthousiasme qu'il ne partageait pas, et que, depuis 1816, suscitait un système qui s'attribuait le nom de physiologique, et que révélait au monde médical l'auteur de X Examen de la doctrine médicale généralement adoptée. Depuis la publication de ce long et hardi pamphlet scientifique, Broussais dominait la scène, fanatisant les uns, subjuguant les autres, ne rencontrant de résistance que dans l'Ecole anatomo-pathologique qui travaillait à fonder l'Ecole de Paris. A ce moment, cette école, si elle n'eût eu pour elle la découverte de l'auscultation et l'âpre et dédaigneuse résistance de Laënnec, eût pàli et momentanément disparu devant ce que l'on appelait alors l'Ecole du Val-de-Grâce. Ce n'est pas que celle-ci repoussât l'étude et l'importance des lésions dans l'histoire des maladies. Loin d'être hostiles en principe à la recherche des altérations anatomiques, Broussais et ses adhérents proclamaient que ces altérations sont le fait majeur et causal de la maladie. La lésion, d'après eux, n'est plus un effet de la maladie, elle eu est le point de départ, le fait primordial. Il n'y a rien avant elle, et tous les symptômes de la maladie, quels qu'ils soient, sont un effet direct ou indirect de la lésion ; direct, si , symptômes locaux , ils se rapportent immédiatement à la lésion; indirect, si, symptômes généraux ou éloignés, ils ne se rapportent que médiatement à la lésion , et sont provoqués par la mise en jeu des sympathies, sous l'action de la lésion locale. Voilà, convertie en système médical, l'anatomie pathologique ; elle tourne au i)réjugé et à l'erreur, en

voulant devenir la médecine toute entière; il n'y a plus de maladie à M-à'i dire; il n'y a ([ue les cris des organes souffrants, ou mieux que le cri de l'organe primitivement allecté; et ce cri , on va le voir, est toujours le môme. Si l'on décrit des groupes cje symptômes, et que l'on donne à cette description un nom spécial de maladie, on crée, suivant Broussais, un être imaginaire, on fait de l'ontologie; et dans le vocabulaire mis en honneur par lui , être un médecin ontplogi.>te, c'est être un médecin hostile au progrès, fermé à la lumière, un obscurantiste et un rétrograde. A quoi bon les descriptions minutieuses, la recherche des signes les plus délicats des maladies, la poursuite des formes et des espèces morbides? Tout cela, c'est travailler au maintien ou au retour de l'ontologie médicale. Une seule chose importe, c'est de connaltie l'organe primitivement souffrant, et comment il est souffrant; tout le reste survient par l'éveil et l'enchaiuement des sympathies, et demeure un fait secondaire.

Le cri de l'organe primitivement souffrant, Broussais n'en fconnaît guère qu'un, celui de la muqueuse de l'estomac et de l'intestin. Tout part de Là et aboutit là ; l'estomac n'est pas seulement le plus sensible et le plus intolérant des viscères; sa souffrance est l'origine de toutes les souffrances de l'économie ; il ne sait pas sonffrir seul ; il entraîne tous les autres centi'es et organes à souffrir avec lui. Alors même que ces autres souffrances semblent seules se faire entendre, l'estomac souffre derrière elles et avant elles; il est le vrai promoteur de tous les troubles que l'on croirait, au premier abord, indépendants de lui. Si l'estomac est le sepl pu le premier centre lésé dans les maladies , il y a ajouter ceci, qu'il ne sait souffrir aussi que d'une façon ; il est toujours irrité ou enflammé, suivant les degrés du mal. Le monde extérieur et ses agents sont comme des ennemis toujours en éveil contre lui; il n'est pas un seul de ces agents qui ne puisse exciter outre mesure cet organe si aisément irritable ; et s'il n'est pas surexcité du dehors , il est surexcité du dedans ; car tous les actes organiques retentissent sur lui , et si ces actes acquièrent une intensité passagère ou une surac|;ion durable, c'est l'estomac qui pàtit et s'irrite. De là vient le rôle prépondérant et même exclusif que jouent la gastrite et la gastro-eptérite dans la pathologie systématique de Broussais. Elles deviennent l'unique maladie, ou la compagne tyrannique de toutes les maladies; il n'y a plus que l'inflammation de l'estomac, et plus qu'une thérapeutique, celle qui répond au mode inflammatoire, le seul ;'égnant, l'unique auteur de toutes les altérations organiques, qijels que soient leur forme, 1cui- aspect, leur siège, leui' évolution. La diète prolongée, car l'aliment devient un irritant dangereux pour l'estomac inité, l'eau de gomme, et surtout les déplétions sanguines

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