‹ André Chénier, critique et critiquéChapitre 37 sur 89 · Sur la Perfection des arts · texte numérisé non relu

Sur la Perfection des arts

2. Cf. le livre de M. Rocafort : Les doctrines littéraires de V Encyclopédie y ou le Romantisme des Encyclopédistes (Hachette, in-8, 1897). — Je suis heureux de rendre hommage à cet intéressant ouvrage qui m*a évité de fastidieuses recherches dans V Encyclopédie,

84 ANDRÉ CIIÉNIER CRITIQUE

ment. Après avoir hautement déclaré que les genres naissent d'une loi naturelle, il les bouleversera sans remords, au gré de sa fantaisie. Tout jeune encore, il se pliera assez docilement à leurs règles, parce que l'imitation des Anciens le maintiendra dans le domaine propre de chacun d'eux. Plus tard, devenu ambitieux et voulant créer, il n'hésitera pas à quitter ces hsières. Il élargira le poème didactique, en le rendant épique et lyrique. Il concevra un théâtre qui ne sera ni la vieille tragédie, ni la comédie telle qu'on la traite encore, ni même la comédie larmoyante. Il animera la satire compassée des Classiques, et la retrempera aux sources de l'indignation personnelle et delà passion poUtique. Il répandra dans tous ses vers un lyrisme inconnu de son siècle, donnant ainsi sa revanche à l'imagination tenue au cachot depuis Boileau. En un mot, il dépassera l'Encyclopédie. La jeune liberté, sous sa protection éclairée, commencera à briser les vieux moules. Ce n'est pas encore une révolte ouverte, car Chénier n'est point romantique. Il salue les tyrans de l'art, mais pour les endormir et pour mieux s'évader de leurs prisons*.

I. A propos des genres littéraires et de leur conservation, voici un curieux document : c'est le programme du Cours analytique de littérature générale, professé en i8i5 par Népo-

ANDRÉ GHÉMIER CRITIQUE 85

Bien entendu, toutes ces observations ne s'appliquent qu'à la deuxième manière de notre poète. — Faisons donc comme lui, et conservons les dénominations classiques, quitte à n'en pas tenir compte par la suite.

Page 1