I. Henri de Régnier, Figures et Caractères
INTRODUCTION
à bon droit, puisqu'elle se condamnait ellemême à n'être qu'une branche de la Grammaire ou de la Rhétorique, et négligeait les idées pour les mots. Or, depuis moins d'un siècle, nous assistons à un progrès inattendu. Cet art a brisé ses chaînes, travesti sa timidité en audace, voire en témérité, élargi son domaine, accommodé à son action propre les principes de toutes les sciences, envahi les régions de la pensée humaine, qui, jusque-là, lui demeuraient fermées, afBrmé son universelle hégémonie, réclamé, en un mot, le droit à une existence autonome, personnelle, miUtante. De telle sorte qu'à notre époque, (les contemporains de Corneille et de Voltaire en fussent demeurés stupides 1) on peut faire preuve, en critique, d'originahté, j'irais jusqu'à dire, de génie. Car le génie, selon une définition fort subtile, est (( une personna- Uté indomptable jointe à une malléabilité universelle* ». Une telle transformation mérite qu'on l'observe; et si le mot évolution, dont une certaine école a tant abusé, signifie quelque chose, l'évolution de la Critique ne consisteraitelle pas essentiellement en ce progrès? En d'autres termes, la critique de l'avenir ne serait-elle pas celle qui à l'application systématique de certaines règles surannées, à l'expression d'une admiration de commande ou d'une mauvaise