ANDRÉ GRENIER CRITIQUÉ
Delille, Buffon. Jean- Jacques, Bernardin de Saint-Pierre, la prétention est forte. Non seulement André Ghénier est venu après ces illustres modèles, mais encore la mythologie étouffe chez lui le sentiment de la nature. « Veut-il nous décrire une fontaine? C'est Blandusie ou la nymphe Aréthuse. Un verger? Pomone en prend la place. Un troupeau? la fastidieuse Paies accourt. Un vallon ? c'est celui de Tempe. Une montagne? c'est l'Hymette, l'HéUcon, THémus ou le Rhodope. » Voilà comment l'auteur des Idylles comprenait la nature, à la manière de Segrais, de Florian, de Marmontel.
L'innovation lui est pénible. Séjournant en Angleterre, il ne se prit d'aucune affection pour les écrivains anglais. Et qu'on ne prétende pas qu'avec l'âge il eût adopté d'autres allures. Il était né imitateur.
On le voit, Michiels n'est pas tendre pour André Chénier. Il proteste, cependant, de son admiration pour les œuvres du poète. Mais il ne conviendrait guère (ajoute-t-il) de le considérer comme un novateur. Il a partout corroboré, étayé, orné, re^taur^ les vieux préjugés. «C'était un poète du passé, qui chantait au milieu des ruines, le dos tourné à l'avenir. ))
— Notons que l'article où sont avancées ces critiques date de i84o. Dans une note de l'édition de V Histoire des idées littéraires... l'auteur
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se félicite d'avoir trouvé des échos, et il cite Tarticle d'À. Frémy.
2° Tome II, livre ni, chap. vin. Fausses définitions du romantisme. C'est encore un coup droit à Sainte-Beuve, que Michiels n'aime guère et qu'il accuse de /)a^n7i<e. Sainte-Beuve, qui nie que Chateaubriand ait/ai7 école, admet qu'André Chénier eut des successeurs et des disciples. Chénier chef d'école ? Il ne peut Têtre qu'en vertu d'une fausse définition de son génie. De fait, Sainte-Beuve attribue à Chénier une <( importance inouïe » . — « L'œuvre de Chénier lui sert de type ; elle le guide comme ces bouées près desquelles les vaisseaux passent et repassent. » Sî les Élégies eussent été perdues, dit-il, le Romantisme ne serait pas né. Jugement radicalement erroné. André Chénier relève de la Grèce et continue l'ancienne Uttérature française. Sans cesser de l'honorer comme un poète estimable, il faut éviter de le considérer comme un novateur.
i863. — Biographie Didot.
Une notice de Léo Joubert. On y réclame une édition plus complète, et on ne semble pas avoir connaissance de l'édition de Becq de Fouquières . L'article était sans doute antérieurement écrit. « Il serait temps de scruter les papiers d'André Chénier et d'en tirer les fragments (on sait qu'il en reste) qui peuvent oflPrir quelque intérêt. Le
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texte imprimé devrait être sévèrement revu sur les manuscrits, et restitué partout où il a été altéré par les éditeurs. »
1867. — Les progrès de la poésie française DEPUIS i83o, par Théophile Gautier . Cette étude fait partie de la collection des Rapports sur les différentes branches des arts, des lettres et des sciences j publiée à l'instigation de Victor Duruy, et à Toccasion de l'Exposition universelle de 1867'. Elle a été aussi imprimée, à la suite de V Histoire du Romantisme, dans l'édition des œuvres de Théophile Gautier. (Charpentier, in-i8, 1874; nouvelle édition, i883.)
Théophile Gautier est d'avis, comme tous les romantiques, qu'on peut dater d'André Chénier la poésie moderne. La publication de ses œuvres fit sentir « toute l'aridité de la versification descriptive et didactique en usage à cette époque ». — « Ces fleurs au parfum enivrant, qui auraient trompé les abeilles de l'Hy mette », furent douces à respirer, après les « bouquets artificiels » que les Muses tenaient alors à leurs mains. L'alexandrin en fut renouvelé. Les pièces non terminées « donnèrent d'excellentes leçons en laissant voir à nu le travail et l'art du poète ». Toute la fausse poésie se décolora.
I . De cette collection faisait partie également le beau Rap~ port sur la philosophie^ par F. Ravaisson.
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Plus loin, à propos de Leconte de Lîsle, Th. Gautier émet cette idée contestable : « Le grec d'André Chénier.., est encore mêlé de latin, comme un passage d'Homère imité par Virgile, comme une ode de Pindare qu'aurait traduite Horace. )) L'hellénisme de Leconte de Lisle, avec une grâce moins ionienne, serait plus franc, plus archaïque, parce qu'il «jaillit directement des sources ». (Il est pourtant difficile de nier qu'André ait puisé aux sources grecques sans intermédiaire.)
1867 (et années suivantes). — La littérature FRANÇAISE, lecturcs choisies j par le lieutenant-colonel Staaff. (6 volumes in-8, Didier çt Delagrave, 5" édition, 1874.)
Notice. — « Comme fond d'idées, Chénier est un païen, un épicurien qui ne rêve que les voluptés faciles, au milieu d'un monde ébranlé par des secousses terribles. Comme poète, c'est un artiste admirable, qui sait toujours combiner la simplicité avec la beauté, et qui purifie le sensuahsme en Y encadrant dans une langue (?) d'or. Les grandes traditions des Grecs, il les laissa au xvii® siècle, préférant Théocrite à Eschyle, et il créa ainsi une poésie pastorale, aussi harmonieuse que celle des Grecs, mais plus tendre. » — « On lit dans les notes d'André Chénier : (( Si j'avais vécu dans les beaux siècles de (( Rome, je n'aurais point fait des Arts d'aimer.
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(( des poésies molles, amoureuses ; ma muse a n'aurait point été une courtisane... J'aurais a mené la vie d'un jeune romain, au barreau, (( dans le sénat. J'aurais défendu la liberté, ou je (( serais mort à Utique d'un coup de poignard. )) André Chénier se montrait inconséquent, lorsqu'il prêchait dans les journaux la vertu politique, et que, dans ses élégies, il exprimait avec trop de liberté une philosophie (?) purement sensualiste. »
1869. — Grand Dictionnaire universel du xix** siècle, par Larousse.
Dans Larousse, il faut toujours chercher l'intention de polémique, dissimulée sous les apparences débonnaires d'un article biographique. Ici les tendances s'indiquent nettement. Répondant à De Latouche, qui déplore la mort du jeune élégiaque, Larousse proteste contre cette légendaire erreur. Pour lui, Chénier est surtout rhomme de combat qui écrivait les ïambes et Y Ode à Charlotte Corday; « que le lecteur retienne bien cela, pour répondre victorieusement au rétrograde ignorant qui viendra lui dire que Chénier a été l'innocente victime des buveurs de sang. y> Et, en conclusion, sur sa vie poKtique : « Voilà l'homme qui n'a pas su comprendre les grandes idées, les hardiesses obligées de la Révolution. »
Le reste de l'article peut se résumer en cette
phrase : « André Chénier n'est pas de son époque. II est à la fois plus ancien et plus moderne, plus ancien surtout. »
1869. — L'Hellénisme en France, par E.
Egger. (2 volumes in-8, Didier*,) Au tome II, pp. 33 1-336 (Leçons 3i et 32). On lira aussi avec fruit la leçon précédente (n° 3o) qui, au sujet de La Harpe, traite de la Critique en matière de littérature grecque à la fin rfa xviii* siècle.
3i* Leçon. — Tandis que La Harpe, au Lycée, entreprend de vulgariser la littérature grecque, se forme un peintre bien autrement originsJ de l'antiquité. Depuis deux siècles, on répétait, en France, le même appel à l'imitation des modèles antiques. Du Bellay, l'Académie, Boileau, Voltaire, s'y efiTorcent avec des succès divers. Chénier marque, dans cet ordre d'idées, un progrès mémorable. Sa poétique nouvelle porta un titre expressif : Y Invention. C'est qu'il sent, mieux que ses prédécesseurs, le souffle de l'inspiration. Sans doute, il est loin de méconnaître la beauté de nos chefs-d'œuvre classiques. (( Il a le culte des maîtres, et même il l'exagère. » Il annote Malherbe, lit et relit Racine, nomme Jean-Baptiste « le grand Rousseau » , et ne re-
I . Une étude spéciale sur V Hermès, publiée par Egger dans la Revue des cours littéraires (7 décembre 1867), a été remaniée pour prendre place dans cet ouvrage.
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fuse pas à Le Brun l'épithète de pindarique. Ce n'est point un révolté. Il accepte comme définitives les divisions générales que le xv!!"" siècle a établies dans la littérature. Pourtant, Ghénier s'émancipera, presque à son insu, par la connaissance parfaite qu'il a du grec. Le grec n'était pas pour lui une langue morte; et si, comme il en a la certitude, la poésie est capable de renouveler éternellement tous les sujets, ce n'est pas copier servilement qu'emprunter aux anciens leurs images. Demandons-leur a des leçons, et comme des méthodes générales d'harmonie ». (Ici, Egger cite, le premier, la note sur Molière, devenue fameuse.) Donc, Chénier n'entend pas imiter à la manière de Ronsard.
Il est facile de le constater en étudiant la façon dont il comprend la pastorale. (Suit une analyse de quelques idylles, et même de Y Aveugle et du Mendiant.)
Une autre source d'inspiration sera découverte par le poète dans ces ardeurs inquiètes dont il parle souvent. Chénier fut le peintre de l'amour. Il en eut les brûlantes imaginations, avec la tendance à s'en affranchir. Il se distingue des élégiaques vulgaires par « de nobles retours de tristesse et de sévérité ». Ce changement est sensible dans les pièces à Fanny. Il semble que les graves événements de 1789 aient mûri son caractère avec son talent. Devenu journaliste, il resta poète, cependant, et
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(( ajouta une corde à sa lyre ». Toujours le pindarisme l'avait tenté. Le Serment du Jeu de paume le mit en verve ; début malheureux, que gâte (( la froide abondance des métaphores ». Le lyrisme révolutionnaire n'est pas toujours bien inspiré. Mais, bientôt après, « l'indignation l'inspira mieux que n'avait fait l'enthousiasme patriotique ». Dans la pièce sur Les Suisses de Châteauvieux, le poète satirique se révèle. Cette veine nouvelle ne tarda pas à transformer son talent; les ïambes^ souvenir d'Archiloque, flagellèrent les démagogues, les mauvais ministres et les mauvais juges. Mais, dans les sujets à! actualité^ le grec demeure pour lui la langue familière; jusqu'à Téchafaud, (( ses chers poètes de l'antique Hellade lui font cortège » .
Ainsi, Chénier, avec « une sorte d'héroïque confiance », avait voulu renouveler toute la poésie. Ses œuvres sont inachevées, mais nous livrent plus sûrement, par là même, les procédés de son art. a C'est comme un art poétique en action. » Un vrai poète y peut tout apprendre. Rappelez- vous les vers de Virgile, où Aristée contemple a les mystérieux réservoirs, d'où sortent les fleuves qui fertilisent la terre ». Chénier eut, comme écrivain, toutes les ambitions; mais il était capable de tous les succès. Une seule fois, il se trompa, quand il conçut le plan de son Hermès,
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32^ Leçon. — Elle débute par quelques mots sur M.-J. Chénier, qui, lui, ne savait guère plus le grec que Voltaire. C'est aussi qu'il était plus directement mêlé à la politique et n'y garda point, comme son frère, <( la sainte religion de ridéal )), apprise à l'école de Sophocle et de Platon.
La poésie didactique, d'abord naïve, avec Hésiode, Théognis et les \iexix physiciens grecs, cède bientôt la place à la prose, qui devient la seule langue scientifique. Désormais, quiconque mit en vers des vérités scientifiques ne prétendit plus qu'à plaire, tout au plus à vulgariser, mais non plus à instruire. Dès le siècle des Ptolémées, cette évolution est un fait accompli. Aratus, Cicéron, Manilius, ne sont point des savants. — Cette déchéance est-elle nécessaire, et la poésie didactique n'est-elle, par essence, bonne que pour les amateurs oisifs.^ La poésie est œuvre d'imagination et de sentiment. Donc, si les sciences peuvent devenir matière à poésie, c'est seulement quand « elles dépassent la portée naturelle de notre raison » . Une grande vérité, une importante découverte, exposée avec l'austère précision des chiffres, n'émeut pas l'imagination. Mais, une fois la raison satisfaite, n'y a-t-il point de place pour quelque notion de l'infini? J'ai peu lu les traités d'astronomie, mais il en est qui nous transportent par la pensée bien au delà des chiffres, et laissent
planer sur les calculs une réelle poésie. La versification y ajout era-t-elle quelque chose? Sans doute, on peut citer, à l'appui de cette thèse, telle admirable scène de Jocelyn. Mais comment oublier ce que la science perd à être mise en vers? Seule, la prose est assez souple et açsez riche pour unir, sur de pareils sujets, l'exactitude à la beauté.
Un autre élément poétique pourrait encore s'associer à l'exposition des vérités scientifiques ; ce serait le besoin de lutter, la passion de persuader les autres et de se persuader soi-même. A ce compte, le poème de Lucrèce est un exemple de ce que peut la poésie, unie à la science. Les Géorgiques, également, sont un plaidoyer en faveur de l'agriculture. Peut-être YHermès de l'Alexandrin Eratosthène était-il animé d'un semblable esprit de propagande.
Or, il se trouve qu'André Chénier avait rêvé et commencé un poème sous le même titre et sur un sujet analogue. (N'oublions pas qu'Egger a, le premier, publié quelques fragments importants de YHermès.) Le plan général de l'œuvre est net. (Cf. l'édition critique de Becq de Fouquières, 1872.) L'Hermès, n'est pas un poème didactique, mais Y épopée de la science moderne. (( C'est Y Encyclopédie transformée par l'imagination. )) La religion y est confondue avec la superstition. Si quelque récit merveilleux se mêle à l'exposition scientifique, c'est par un
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simple procédé^ qui rappelle l'artifice, déjà ancien, des épisodes^ destinés à rompre la monotonie des descriptions. Point de passion vraie; par suite, point de poésie vivante.
Aussi peut-on se poser la même question en présence des restes mutilés du poème d'Eratosthène et des ébauches du poème de Chénier. Le poète grec avait-il réussi? Le poète français aurait-il mené à bien son entreprise? Déjà, au temps des Ptolémées, « le monde était bien grand pour entrer dans le cadre d'un seul poème descriptif ». Il s'est singulièrement élargi depuis, et les notes laissées par Chénier suffisent à nous faire voir que le poète téméraire s'égarait déjà, en aspirant à exécuter un plan trop vaste. — Le poème didactique est de moins en moins apprécié du public. Nous concevons encore l'histoire d'un grand inventeur, traitée par la poésie lyrique ou dramatique ; tel le Galilée de Ponsard. Mais, à notre époque, « le plus grand versificateur n'a que faire au Muséum d'histoire naturelle et à l'Observatoire ». C'est dommage; car, à travers Y Hermès, circule, malgré tout, un souffle puissant.
— Très intéressante étude, à coup sûr, l'un des documents les plus importants qui aient été recueillis sur l'œuvre et le génie d'André Chénier. Elle est capitale, pour la critique littéraire comme pour l'histoire du texte.
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1869. — Le poème de Lucrèce (Morale — Religion — Science):, par Constant Martha.
(Hachette, in- 12.)
A propos de la philosophie d'Epicure et de Lucrèce, d'après laquelle l'homme n'est qu'un assemblage d'atomes devant servir ensuite à des combinaisons nouvelles, une note renvoie le lecteur à l'œuvre d'André Chénier : « Dans son Hermès y dont il se proposait de faire une sorte de De rerum natura, et qui est à peine ébauché, il place en note, comme pierre d* attente, cette pensée : « La terre est éternellement en mouvement. Chaque chose naît, meurt et se dissout. » Il ajouta, en républicain : (( Cette particule de terre a été du fumier, elle devient un trône, et, qui plus est, un roi. »
Becq de Fouquières, dans son édition critique, a insisté sur les emprunts faits à Lucrèce par l'auteur de l'Hermès.
On recueillera de plus dans le livre de Martha (passim) des indications utiles touchant l'influence de l'école épicurienne sur Voltaire, Rousseau et les Encyclopédistes, qui sont, après tout, les maîtres d'André Chénier.
1872. — Œuvres de François de Pange, publiées par Becq de Fouquières. (Charpentier, in-i8.)
c( Le chevalier de Pange fut l'ami d'enfance d'André Chénier et son collaborateur dans le
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Journal de la société de 178 g et dans le Journal de Paris. » (Becq de Fouquières, avertissement de l'édition des Œuvres en prose d'André Chénier.) Il est donc intéressant de rechercher dans les œuvres de De Pange des détails sur le travail commun des deux publicistes ainsi que sur les liens d'amitié qui les unissaient. Becq de Fouquières a reproduit quelques-uns des renseignements biographiques relatifs à De Pange dans son livre Documents nouveaux sur André Chénier.
1872. — Encyclopédie dIf xix** siècle.
Un article de J. Fleury sur André Chénier; d'ailleurs sans originalité.
28 novembre 1874. — Une nouvelle édition d'André Chénier, par Eugène Despois. {Revue politique et littéraire.)
Analyse de l'édition de G. de Chénier. — Tout n'est pas nouveau dans la publication actuelle. Mais, outre qu'elle restitue, sur bien des points, le texte authentique, elle nous offre des poésies inédites, et un grand nombre de notes curieuses, (c qui nous font assister à ce travail intime et mystérieux du poète, qu'on n'a garde, d'ordinaire, de révéler aux lecteurs, et dont, cette fois du moins, les secrets connus ne diminueront rien de sa renommée ».
E. Despois salue, en conséquence, le labeur consciencieux de l'éditeur, et s'embarque, à sa
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suite, dans la polémique trop connue contre De Latouche. Il l'accompagne parmi les récriminations dont sanotice abonde. Chénier était-il beau ou laid, athée ou déiste? fut-il ou ne fut-il pas amoureux?
Abordant l'étude des poésies nouvelles, E. Despois reconnaît que De Latouche avait, somme toute, publié les plus remarquables. Il s'explique longuement sur les Cyclopes littéraires, et en tire des citations étendues. Il se félicite que nous possédions maintenant toute l'œuvre poétique d'André Chénier.
— Article d'analyse, légèrement banal.
1 874. — André Chénier, étude de Léon Gautier, écrite à l'occasion de l'édition de G. de Chénier. — Elle fut réunie à d'autres dans un Uvre publié par Sanard et Derangeon, 2 volumes in-8, sous le titre : Portraits du xix* siècle (tome I, Poètes et romanciers). U imprimatur porte la date : 25 janvier 1894. Détail divertissant : le portrait gravé en tête sous le nom d'André Chénier est celui de Marie-Joseph*.
I. Les écrivains dits catholiques usent, en critique, de singuliers procédés. J'ai vu des manuels spéciaux de littérature française, où, sans doute pour édifier les jeunes âmes, on enseigne que Yeuillot et Montalembert furent les deux plus éminents prosateurs du xix" siècle, et que Victor Hugo, du jour où il cessa d'être royaliste, oublia d'avoir du génie. Léon Gautier, qui pourtant ne manquait pas de talent, fut dupe do la même erreur, quand, nous parlant d'André Chénier, il crut devoir lui faire un grief de n'avoir pas clé chrétien.
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Dès l'abord, Léon Gautier se range parmi ceux qui considèrent André Chénier comme (( un des plus illustres précurseurs de la Poésie de notre temps ». — « Si l'on déterrait demain, à Athènes, un temple peuplé de splendides statues du temps de Périclès... les catholiques auraient probablement à flétrir quelque impureté nouvelle d'une religion où Timpureté a tenu tant de place. » Les vers inédits d'André Chénier sont précisément comme un groupe de statues grecques, œuvres d'un sculpteur du V* siècle avant J.-C. (Erreur manifeste, car Chéijier fut plutôt un alexandrin. Mais on voit tout de suite l'esprit qui anime cette étrange critique.) — Chénier nest pas un Français, et (( ses yeux n'ont jamais regardé les églises » . Il a qaintessencié le paganisme antique, et, jusqu'au jour où le vent du malheur aura touché cette lyre ionique^ il ne nous donnera que des chants uniformément sensuels, païens et monotones. L'auteur se croit alors obligé d'affirmer qu'il ne se voile pas les yeux, à la manière de Tartuffe, devant l'art grec. Le voilà parti dans un sermon sur la beauté du corps, qui prouve un (( Sculpteur éternel ». Chénier en eût bien ri I
Une autre considération s'ajoute à la première. Léon Gautier est un amoureux passionné du moyen âge. C'est lui qui, dans un parallèle demeuré célèbre, proclamait la Chanson de
Roland supérieure aux poèmes homériques. On s'occupe trop de la Grèce (poursuit-il), après dix-huit siècles. Cela équivaut à diviniser la chair. Voilà pourquoi nous ne saurions admirer Chénier sans indignation.
Une fois ou deux, il a failli voir plus juste et s'inspirer de la Bible. Il convient d'être d'autant plus sévère envers lui, puisque ayant discerné l'idéal chrétien il a préféré suivre Voltaire et Rousseau. (Vous remarquerez qu'on a commencé par avancer que Chénier fut exclusivement grec.)
Au reste, le8/)a^5Î0Ai5 de Chénier furent toutes de tête. Son neveu l'affirme et on l'en doit croire. Responsabilité d'autant plus lourde ! QuoiP Cette fameuse passion était simulée? Ce jeune homme de vingt -cinq ans était donc vieux avant l'âge? — Deuxième sermon, sur l'amour avant le mariage et la situation délicieuse des fiancés. L'auteur des Lettres à Françoise peut saluer en L. Gautier un devancier insoupçonné. — Il manqua donc à André Chénier une éducation religieuse. Il est plus ignorant du christianisme qu'il ne lui est hostile. On est stupéfait (?) de voir que son voyage à Rome n'éveilla en lui que des pensées et des images antiques. Aussi ses doctrines poUtiques furent-elles instables.
Quand, sous l'influence des événements contemporains, le poète antique qui était en lui
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disparut, un poète moderne le remplaça. Puis, un nouveau sens éclata en lui, le sens de l'indignation. Par là, il devint populaire, immortel.
De Ghénier écrivain, Léon Gautier parle peu.
On dirait que Féloge lui coûte. Il affirme enfin que, précurseur de Hugo et de Lamartine, Ghénier eût pu être autre chose qu'un « traducteur de génie ». Mais il lui eût fallu la foi, qui lui manqua toujours.
— Ainsi se clôt cet article, que nous avons analysé surtout en raison du curieux état d'esprit qu'il dénote.
1875. — De l'influence de l'antiquité classique SUR LA littérature FRANÇAISE PENDANT LES DERNIÈRES ANNÉES DU XVIIl' SIECLE ET LES
PREMIÈRES ANNÉES DU xix", par Gcorgcs Renard (Lausannc)*.
1875. — Eugène Fallex, dans le journal V Instruction publique (revue des lettres, sciences et arts), publia trois articles relatifs à André Ghénier (i" et i5 janvier, i" avril 1875). Les