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I. Pensées de Joseph Delorme

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tine, assure-t-on, aime peu et n'estime guère André Ghénier. . . »

1862. — A propos de la première édition critique de Becq de Fouquières, de nombreux articles furent publiés dans les journaux et les revues. On y prenait généralement parti dans la fameuse polémique qui s'ensuivit entre l'éditeur et G. de Ghénier. Gitons :

Un article de Sainte-Beuve, dans le Constitutionnel du 20 octobre i863.

Un article de Léo Joubert, dans la Revue contemporaine du t5 décembre 1862.

Un article de E. Despois, dans la Revue nationale du 10 novembre 1862. Nous analyserons ce dernier, qui donne une note originale :

1862. — Revue nationale, 10 nov. 1862. Bibliographie. A propos de V édition critique des poésies d'André Chénier^par Becq de Fouquières, Article de E. Despois.

(( On a dit que la gloire est le concert d'acclamations et de malédictions qui s'élève autour des grands hommes. » La seconde de ces deux conditions a manqué à Ghénier. Jamais gloire littéraire ne fut moins contestée. (Despois oublie A. Frémy. Sainte-Beuve avait raison d'avancer que cette étude n'était pas appelée à un grand retentissement.) Il semble que la critique ait désarmé, parce que l'auteur était mort. « Sit

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divus, dum non sit vivus, » disait cet empereur romain de son frère qu'il avait fait tuer. Cependant, cette poésie inattendue ne put manquer de choquer ceux qui avaient admiré l'Hector de Luce de Lancival et les Poèmes antiques de Millevoye. C'était un (( Romantisme d'un nouveau genre)). Aussi cette gloire incontestée fut-elle assez lente à se répandre. Grâce aux efforts de De Latouche et de Sainte-Beuve, André Chénier est devenu un de nos classiques, et peut-être le plus aimé. On lui passe tout : les peintures les plus libres et le radicalisme philosophique le plus absolu. Indulgence méritée. Car le poète, par sa sincérité, est plus qu'un artiste : c'est un ami. On l'appelle volontiers Andréa comme on dit Jean-Jacques. A-t-on jamais songé à nommer Bossuet Bénigne?

Dans la poésie intitulée Le Serment du Jeu de Paum£j E. Despois salue déjà le signal de la révolte contre le Classicisme : rejets d'un vers à l'autre, et même d'une strophe à l'autre. « La Harpe voulait bien alors détruire une monarchie de quatorze siècles, renverser le catholicisme, se coiffer du bonnet rouge en plein lycée...

mais son jacobinisme n'allait pas jusqu'à l'enjambement. )) Malheureusement, d'autres vers sont plus conservateurs ; et, pour exprimer le jeu de paume, Chénier use tout naturellement de périphrases.

E. Despois résume ensuite, d'après l'édition

de Becq de Fouquières, l'histoire du texte. Il est très tendre pour les petites habiletés et rinoffensif charlatanisme de De Latouche. C'est que Despois est un violent ; il chérit en la personne de De Latouche l'auteur de certain article cinglant sur la Camaraderie (Revue de Paris, 1829). Les éloges qu'il décerne à l'érudition (( sobre et forte » de Becq de Fouquières sont mérités de tous points. Il constate que, comme P.-L. Courier, comme Chénier lui-même, Becq de Fouquières commença par être officier : (( helléniste, militaire et homme de goût. ))

L'étude se termine par une dissertation de valeur sur l'origine de l'iambe, et (n'oublions pas que nous sommes en 1862) par quelques allusions aux Césars, plus complets dans leur férocité et plus exécrables (( que les Collot d'Herbois » stigmatisés par Chénier.

1862. — André Chénier, par Lombard.

Publié à Nancy, en brochure in-8, et dans les Mémoires de l'Académie de Stanislas (68 pages).

Quelle est la place d'André Chénier parmi nos poètes ? Quelle était sa pensée sur la poésie ? Quel aurait été son rôle littéraire ? Telles sont les trois questions que se pose l'auteur, en annonçant qu'il insistera de préférence sur Y Hermès. (De fait, la troisième question est à peine indiquée.)

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Chénier rêvait d'être le Lucrèce du x viii" siècle; mais un Lucrèce optimiste, confiant dans l'avenir de la science et de la civilisation.

Isolant sa jeunesse studieuse, il voulut se rendre compte de ce qu'était la poésie en ellemême, (( et reconnut qu'elle consiste tout entière dans l'invention; c'était proscrire l'imitation systématique, comme le contraire de la poésie » . Mais l'invention est dans les idées, et non dans le goût, qui n'est pas, ne doit pas être changeant. L'invention soumise au goût, voilà la devise de l'écrivain. Les anciens ont été créateurs ; donc, les modernes sont tenus de l'être. N'allons pas (( nous enfermer dans le cercle de leurs images » . Recueillons dans leurs œuvres des forces pour ((nous élancer vers de nouveaux rivages».

Chénier afiranchit l'imagination, mais il se garde de confondre l'invention avec le désordre. Ce qui le frappe avant tout, c'est la puissance que l'esprit humain déploie dans les sciences. Il aspire à l'accord de la science et de la poésie. U se flatte (( d'être le Colomb poéticjue de ce nouveau monde et d'en étaler les trésors ignorés » . Chénier ne put conduire son œuvre jusqu'à la réalisation. Son idée ne fut pas reprise après lui. Avec Lamartine et Victor Hugo, la pensée poétique changea de direction et se replia sur elle-même, au heu d'embrasser l'univers.

Analysant ensuite Y Hermès, M. Lombard

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regrette que Chénier ne paraisse pas assez spiritualiste et qu'il ait été atteint de Tépieurisme de Lucrèce. Quelques mots sur les pièces grecques et les élégies. Puis, une définition de la mélancolie, accidentelle chez André, et des considérations suggestives sur les ïambes. Ces vers suprêmes nous montrent c André Chénier au bout de son rêve, tombé devant une réalité que le poète n'a point prévue et qui l'épouvante » .

1862. — Histoire des idées littéraires en France au xix* siècle et de leur origine dans LES siècles antérieurs, par A. Michiels. (2 vol. in-8; Dentu.)

1° Tome II, livre m, chap. i. Publication des poésies d'André Chénier. De Latouche, (( plus judicieux qu'on ne l'a été par la suite » (c'est une allusion à Sainte-Beuve), n'a pas cherché à ériger l'imitateur de Théocrite en fondateur d'une poésie nouvelle. L'œuvre de Chénier dénote un talent supérieur. Mais on n'y peut « saisir aucun principe de régénération )). — (( Quatre tendances s'y manifestent : le désir de réformer le vers, un amour enthousiaste de la mythologie, un goût passionné pour les femmes, l'intention d'être bucolique. » Or, DeUlle a conçu avant Chénier l'idée d'affranchir le vers français. Maints passages des Géorgiques le prouvant. Le même Delille a su ne pas

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encombrer ses vers du fatras mythologique, « vieilleries poudreuses, ornements surannés ». Mais Le Brun se jeta en pleine fable, et ce fut ce dernier qu'imita Chénier. « Amphitrite, Cybèle, Pluton, les Sylvains, les Oréades, les Bacchantes, les Parques, les Furies et toute la troupe métaphorique, endossant leurs costumes délabrés, se présentèrent de nouveau sur la scène... et Pégase joyeux essaya de hennir, malgré sa décrépitude. » — « Le Brun et Chénier mirent une seconde fois en honneur la mosaïque Uttéraire. » (Le mot a été repris par des critiques postérieurs, encore plus mal intentionnés.) — (( Pleins d'une patience peu commune, ils ramassaient dans les poètes anciens tous les fragments qui brillaient à leur vue et les incrustaient dans leurs savantes marqueteries. » — (( Ils les traduisaient d'avance pour les employer au besoin, comme de précieuses parcelles. Une industrie semblable est vraiment commode. »

Chénier suivit encore Le Brun dans la voie de la poésie erotique. La mode est d'ailleurs générale à cette époque ; André « modula le refrain en vogue », n'ayant garde de concevoir un autre amour que l'amour voluptueux et païen. — Enfin, la périphrase vient chez lui tout gâter. Nombreux exemples.

Chénier s'est vanté quelque part d'avoir introduit en France l'amour de la nature. Après

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