‹ André ChénierChapitre 17 sur 18 · ANDRÉ CHÉNIEH APRÈS SA MORT · texte numérisé non relu

ANDRÉ CHÉNIEH APRÈS SA MORT

xvie siècle comme humaniste, au wir par la pureté et par la vigueur solire de sa forme, au \i\'' par la sincérité et la profondeur de sa « littérature personnelle » et par quelques judicieuses et discrètes témérités rythmiques; et il appartient aussi au temps dont il était par ses idées philosophiques, mais avec une indépendance, une originalité el une autonomie qui nous le montrent non comme un disciple ou un homme à la mode, mais comme un penseur. Il est très beau « d'avoir de l'avenir dans l'esprit ». Il est plus beau encore sans doute d'avoir dans l'esprit du passé, de l'avenir et du présent bien compris et mieux compris qu'il ne l'est par les contemporains; et c'est précisément le cas d'André Chénier.

Double ('preuve redoutable à tous et qui n est favorable qu'à très peu : à mesure qu'il vieillit il est plus goûté et entre plus profondément, comme un hôte permanent, dans notre esprit et dans notre cœur; et à mesure qu'on découvre de lui des œuvres inédites, il grandit et multiplie à nos yeux ses aspects, tant, au lieu de paraître se répéter, il nous découvre des parties inconnues, nouvelles et imposantes, ou au moins considérables de lui-même.

Il est un de nos grands hommes pour avoir vécu pour le beau et être mort pour le juste. Vénérable et charmant, un peu comme le venerandus puer de Virgile, il a pour nous la beauté pure de lantique,

188 ANDKÉ CHENIER.

la majesté du citoyen mourant pour sa cause, la grâce aussi de l'inachevé, de ce qui aurait pu cire, des choses qui s'en vont ayant à peine été et qui semblent montrer, dans le même triste sourire, la douceur de la bienvenue et la tendresse des adieux.

Juin 1902.

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