‹ André ChénierChapitre 11 sur 15 · MARIE-JOSEPH, ANDRÉ · texte numérisé non relu

MARIE-JOSEPH, ANDRÉ

JOSEPH

Qu'est cette jeune femme?

AKDBÉ.

La fille de monsieur de Coigny.

JOSEPH

Je crains bien D'avoir interrompu quelque doux entretien.

ANDBÉ.

11 est vrai... Mais parlons de toi, de noire père.

JOSEPH

Hélas I il pleure.

ANDBÉ.

II pleure?

JOSEPH

Oui, sur nous, sur ton frère, Sauveur, ainsi que toi menacé de la mort; Sur moi, qui veux pour vous faire un dernier effort. Si la proscription ne m'atteint pas moi-même.

ANDBÉ.

Toi, Joseph?

JOSEPH

Oui, je suis en un péril extrême :

Nos bourreaux sont déjà tout prêts à me frapper; S'ils durent quinze jours, je ne puis échapper. Le peuple, las enfin de tant de barbarie. Demande qui, de nous, est traître à la patrie: Une sédition va peut-être éclater.

Voilà l'unique chance où nous puissions compter. D'ici là, pas un mot, rien, si tu veux m'en croire, Qui puisse ramener ton nom dans leur mémoire. Tes ennemis sont morts, je le sais: le poison A tué Gondorcot, imprévoyant, mais bon;

54 ANDRÉ CHÉNIEH.

L'autre, Mara', n'et^t plus; mais le plus redoutable, Celui que tu marquas de Ion vers implacable, Collot-d'Herbois existe, et, s'il te peut trouver. Tout Oï^t perdu : l'oubli seul pourra te sauver.

ANDJ\É.

Traites-!u maintenant mes craintes de folies. Et mes prédictions sont-elles accomplies, Joseph? Tu t'en souviens, en quittant la maison. Tu disais autrefois : Qui de nous a raison? Qui vient là?...

Page 1