SCENE VII
A?JDRÉ, LE GEÔLIEB, PLIS PUlSONNlEfiS, ROUCHEU ET MADKMOISELLE DE COIGNY.
LE OEOLIEH, » la l'uilo du (ircau.
11 faut rentrer; c'est l'heure.
Oui, le juge s'apprête.
Qui de uous aujourd'hui va lui porter sa tCte?
* lam'.tt.
TROISIÈME ÉPOQUE, SCÈNE Vif. B9
Peut-élre mol... Du moins que d'un pns assuré Je marche à l'échafaud 1 Allons 1
Piuiiiiurs prisonnisrs pa$*ent au fond du ihiilre el «orient par la parle du milieu. André reronnail Raiicher parmi eux,
Roucher !
ROnCHKR.
André!
il' fe serrent la main en li'eace.
ROUCHER reprend en souriant.
i( Oui, puisque je retfouve un ami si fidèle « Ma fortune va prendre une face r.ouvcll?, « Et déjà son courioux semble s'être adojci « Depuis qu'elle a pris soin de nous rejoindre ici. »
ANDRÉ
Malheureux ! Oses-tu parler de la fortune !
ROUCHEn.
Ami, quoique mauvaise, elle nous est commune.
andrI Dans quel moment cruel faut-il te retrouver!
HOUCUEB.
Le ciel devait nous perdre ensemble ou nous sauver.
àndUk.
Hélas! Tant de vertus!
ROUCUEIÎ.
Hélas! Tant de génie!
ANDBÉ.
La France te proscr t!
eO ÂNDRË GHÉNIER.
BOUCHER
La France te renie I
Nouveau silence.
Ainsi par mille endroits se déchirant le flanc, Elle perd tous les jours son plus généreux sang. Ah! par nos jeunes mains vainement défendue La liberté, Chénier, est à jamais perdue.
ANDBÉ.
Non, le terme viendra de tant d'impunité.
Et je ne doute pas de vous, ô Liherlé!
Qu'un horrible parti pour un temps nous opprime;
Qu'une autre royauté germe encor dans le crime;
Que reviennent les rois sur des hras étrangers,
Peut-être !... Mais les rois sont oiseaux passagers.
Ayant courbé longtemps la tête sous l'orage.
Un jour, ô Liberté! tu renaîtras plus sage.
Comme l'Hercule enfant, écrasant dans ta main
Le serpent qui voudrait te souffler son venin.
Avec la pâle mort faisant enfin divorce,
Pure dans ta puissance et calme dans ta force !...
Heureux, Roucher, heureux si notre souvenir
Des malheurs du passé préserve l'avenir!
Nos enfants vous verront, jours souhaités !
BOUCHER
Peut-être.
ANDRÉ
Bientôt!...
Enlr* mtdciBoiielU d« Coifny.
TROISIÈME ÉPOQUE, SCÈNE Vil. 61
LE GEÔLIER, dans la »Ile Toitina.
Sont appelés ce jour à comparaître.
Devant le tribunal : Houdetot.
Un homme puie devant U porte du fond, AMDBÉ *.
La voilà.
BOUCHEB.
Qui?
ANDBÉ.
Cette jeune femme. 0 Dieu protége-la.
LE GEÔLIER
Montmorency...
Un homme pana.
ANDRÉ
Roucher ! Quelle pudeur naïve !
Vois monter à son front cette rougeur plus vive.
Il s'approche de mademoiielle de Coi^T.
LE GEÔLISB.
Montalembert !
Un homme paata.
ANDB^y i mademoiielle dé Coigny ** .
Un mot. Si je quitte ce lieu, Souvenez- vous de moi... Soyez heureuse. Adieu !
MADEMOISELLE DE COIGNY
Vous ! cher André !
* André, Roucher, mademoiselle de Coigny. ** Roucher, André, mademoiselle de Coigny.
LE GEÔLIEK.
Montcrif,
Un homme passe.
ANDRÉ, donnant un papier à mademoiselle de Çoigii»,
Voici .des vers que j'aime.
Je vous laisse avec eux le meilleur de moi-même ; Lisez-les quelquefois pour ne pas m'oublicr.
MADEMOISELLE DE COIGNY
Dieu ! vous me faites peur.
LE GEÔLIER
Rouchcr! André Chcnicr!
Mademoiselle de Çoigny pousse un sanglot ctoudc et tombe sur une chaise. André lui jette un dernier regard, et les deux amis sortent appuyés l'un sur l'autre.
LE GEÔLIER, continuant.
Bourdeil ! .
La toile tombe. Durant toute la fin de la scène, on entend le Chant du Départ.