SCÈNE VI
ANDRÉ, »eui.
Malheureux père I Dieu te réservait- il cette angoisse dernière ! Ton amitié me perd, croyant me secourir, '■ Hélas ! et c'est ta main qui m'aura fait mourir ! Soisbénil... Puisses-tu, désormais, sans alarmes, Te reposer du moins, mou père, dans tes larmes, Et pleurer, au milieu de tes autres enfants, Celui dont l'amitié manque à tes cheveux blancs. Le soit en est jeté : que de moi Dieu dispose ! Mourir ! . . .
Il se happe le iVoiil,
Et cependant j'avais là quelque chose... Mourir 1... et cependant j'aime etje suis aimé I Et tout meurt avec moi dans la tombe enfermé ! Et toi, France, où vas-tu? Toi, liberté chérie, Quel terme à tant de maux? Misérable patrie 1 Qu'attendre, qu'espérer? Que vas-tu devenir? Quels désastres nouveaux te promet l'avenir?
« France, conserve encore un amant qui te venge.
« Mourir sans vider mon carquois, « Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange
(( Ces bourreaux , barbouilleurs de lois, « Ces tyrans effrontés de la France asservie,
« Égorgée ! 0 mon cher trésor !
« 0 ma plume ! Fiel, bile, horreur, dieux de ma vie,
« Par vous seuls je respire eucor.
« Quoi! nul ne restera pour attendrir l'histoire
« Sur tant de justes massacrés.
« Pour consoler leurs fils, leurs veuves et leurs mères;
« Pour que des brigauds abhorrés « Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance,
« Pour descendre jusqu'aux enfers.
« Chercher le triple fouet, le fouet de la vengeance
« Déjà levé sur ces pervers ; « Pour cracher sur leurs noms, pour chanter leur supplice,
« Allons! étouffe tes clameurs!
« Souffre, ô cœur gros de haine, affame de justice !
« Toi, vertu, pleure si je meurs * ! »