‹ André ChénierChapitre 4 sur 15 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

M. LOUIS DE CHÉNIER, ANDRÉ

Ali lever ilii rideau, iU ionl ■m'a i ;;4Ui'lie: AN DUE, iôltvmil.

Qui? moi ! garder encore un silence complice!... Non, mon père, pas même en face du supplice; Et c'est un crime enfin, à l'heure du danger. Aux gens de bien de fuir, ou de se ménager.

M. LOUIS DE CHÉNIER, «c levant.

Hélas ! mon fils, qui sait où leur aveugle rage. . .

a:sdué.

Plus grand est le péril, plus grand soit le courage.

Quoi I je verrais d'un œil calme ces furieux Remplir les carrefours de cris séditieux 1 Chaque jour, dans Paris, sur leurs pas accourues, Des troupes de bandits ensanglanter les rues ! Et leur Marat, cet homme aux sinistres desseins, Dans un hideux journal vanter des assassins ! ]Von! jamais I... non... non, dis-je!...

M. LOUIS DE CHÉNIEB.

Et mon fils, pour ta mère, Pour mol, laisse passer cette chaleur première. Viens, mon enfant, approche, et donne -moi ta main. Aujourd'hui, c'est prudence; il sera temps demain. C'est assez que déjà, poussé par sa jeunesse, Ton frère ait partagé cette commune ivresse. Et vois... vous combattrez dans des rangs ennemis, Vous, honnêtes tous deux, vous par le sang unis.

ANDRÉ

Il est vrai !... mais, jetés dans des partis contraires,

Nous ne cesserons pas de nous aimer en frères.

Je l'estime, et ce nom de frère m'est sacré.

Cependant il s'égare, et je le combattrai.-

Mon silence est coupable, et ce mot de prudence

Est un voile à couvrir la lâche indifTérence.

Je comprends que chez vous les ans aient refroidi

Ce que votre jeunesse avait de plus hardi ;

Mais la même prudence, aux vieillards coutumière,

Deviendrait peur chez moi, qui suis jeune, mon père.

Oui, celte peur qui fait son temple de Paris,

Qui souflle l'égoïsnic aux plus nobles esprits,

Par qui chacun relire en son coin solifaivc

DEUXIÈMIi: ÉPOQUE, SCÈNE II. 35

L'argent qui, tout d'un coup, semble rentrer sous terre, Et, par la faim publique augmentant le danger, Livre les intérêts qu'il croyait ménager; Si bien que le parti jacobin et le vôtre De leurs communs excès s'excusent l'un sur l'autre. Alors qu'arrive-t-il? De sanglants écrivains, Bien sûrs qu'à s'élever leurs efforts seraient vains S'ils laissaient reposer les humeurss populaires, Du peuple mécontent aigrissent les colères. Hommes sans foi, sans cœur, ennemis de tout frein, Gens à qui la clémence est un cuisant chagrin, Qui déjà, s'entourant d'une foule mutine, Veulent dans nos cités planter la guillotine; Aimant la liberté pour la prostituer; Aux bourreaux affamés montrant de quoi tuer; Et, lâches courtisans des tribunes fiévreuses. Les caressant le soir de clameurs amoureuses. Peuple ! peuple ! criera le monstre frémissant, Par grâce, par pitié, baigne-moi dans du sang!...

M. LOUIS DE CHÉNIEB

Mon fils ! . . .

AiNDBK.

La vérité s'exprime par ma bouche :

Un grand cœur ne sait pas farder ce qui la touche; Et pour moi, je ne veux, au péril de mes jours. Ramper dans les palais, ni dans les carrefours. Et plut au juste ciel qu'avec plus de sagesse On sût lutter aussi de courage et d'adresse ; Et que les gens de bien, sans attendre à demain. Dans un noble complot se tinssent par la main.

Mais il n'est que trop vrai que ces luttes publiques Trouvent plus vigilants les brouillons faméliques, Qui, d'un air de vertu masquant leur attentat, Veulent faire d'abord leur chose de l'Etat : Voyant là seulement l'intérêt de personne, Tout moyen leur est bon, toute arme leur est bonne. Hardis, entreprenants, prêts à tout, sans repos, Us savent reculer ou charger à propos.

Parfois victorieux, quittes, si Dieu nous venge, A retomber demain de plus haut dans la fange ; Tandis que l'honnête homme, espérant trop du temps, Craintif, ne sait pas mettre à profit les instants. Et s'endort en repos avec sa conscience, Dans son zèle immobile et dans son innocence. Le courage du sang, vos ennemis l'ont eu; Et vous, vous n'avez pas celui de la vertu !

M. LOUIS DE CHÉNIER

Ils te tueront, mon fils! c'en est fait!

ANDRÉ

Quoil mon père, Faut-il que votre cœur déjà se désespère, Et ne puis-je compter sur ceux que je défends !

M. LOUIS DE CHÉNIER

0 révolution ! épargne tes enfants 1

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