‹ André del Sarto, drame en 2 actes et en proseChapitre 13 sur 37 · LUCRÈCE, SPINETTE · texte numérisé non relu

LUCRÈCE, SPINETTE

LUCRÈCE

Ainsi je ne le verrai plus.

SPINETTE

Est-ce bien possible, ma chère maîtresse? vous m'avez confié votre dessein, je vous vois prête à l'exécuter, et mal-gré moi je ne puis y croire.

LUCRÈCE

Tout à l'heure tu y croiras.

SPINETTE

Il ne m'appartient pas de vous en dissuader, je n'ai que le droit d'en souffrir, et je suis aussi incapable d'oser vous blâ-mer que de vous trahir... Mais y avez-vous bien réfléchi?

LUCRÈCE

Non, et c'est pourquoi je loferai.

SPINETTE

Quitter une maison, une famille... briser en un jour tous les liens d'une vie si belle et si heureuse !...

LUCRÈCE

Si heureuse!...

SPINETTE

Vous l'étiez, madame.

LUCRÈCE

Maintenant, je ne le serai plus. Oui, Spinette, je vais, dans un instant, quitter, comme tu dis, une famille, une mai-son... Je vais perdre mon nom, mon rang, ma fortune, et le premier des biens, l'honneur ! je vais partir avec Cordiani ; qui commet la faute en porte la peine! mais lui, qui pourrait l'en punir? Ce n'est pas lui qu'on peut accuser. Il n'a pro-noncé aucun serment sur la terre, il n'a pas trahi une épouse ; il n'a rien fait qu'aimer, et qu'être aimé.

SPINETTE

Vous cherchiez tout à l'heure monseigneur André.

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