ANDRÉ SEUL
Pourquoi me laissent-ils? il faut que j'aille avec eux... Où veulent-ils que j'aille ? (llfail quelques pas vers la maison) 11 ne s'est pas défendu ; je n'ai pas senti son épée... il a reçu le coup, cela est clair; il va mourir chez Manfredi, c'est singulier, je me suis pourtant déjà battu... (Il tonne.) Lucrèce partie!... Est-ce que je n'entends pas marcher là dedans?... (Il va du côtédes ar6res.)Non,personne,il va mourir... Lucrèce seule avec sa suivante ! Eh bien ! quoi ? je suis trompé par cette femme, je me bats avec son amant... je le blesse, me voilà vengé... tout est dit. Ah! cette maison déserte! cela est affreux ! Quand je pense à ce qu'elle était hier au soir! à ce que j'avais, à ce que j'ai perdu !... Qu'est-ce donc que la vengeance? Quoi ! voilà tout? et rester seul ainsi? à qui cela rend-il la vie. de faire mourir un meurtrier? Quoi? répondez. Qu'avais-je affaire de chasser cette femme, d'égorger cet homme? Je me soucie bien de vos lois d'honneur! cela me console bien, que vous ayez inventé cela, que vous l'ayez ré-glé comme une cérémonie! Où sont mes dix années de bon-heur, ma femme, mon ami, le soleil de mes jours, le repos de mes nuits? Voilà ce qui me reste. (Il regarde son épée.) Que me veux-tu, loi? on t'appelle l'amie des offensés... il n'y a point ici d'homme offensé... il n'y a qu'un niallieu- U ACTE II.
reux... que l'eau du ciel essuie ton sang!... (Il la jette.) Ah ! cette affreuse maison ! mon Dieu ! mon Dieu ! je n'y ren-trerai jamais !
(Il pleure à chaudes larmes ; quatre hommes passent derrière
la grille, portant une bière ; Césario suit le convoi.)
ANDRÉ
Qui cela?