ACTE III
LOUISE j fouillant dans la corbciHe.
Vous me trouvez occupée de chiffons, vous voyez...
MARGUERITE, à part, arec joie.
Une corbeille de mariage!
LOUISE , à part.
Le coüp est porté !
MARGUERITE, à part.
Henri m'avait bien dit que ce serait la première surprise qu’il me ferait à son retour! (Haut, timidement.) Une corbeille?...
LOUISE
Monsieur de Morand marie son fils.,. 11 le marie à une noble jeune fille... qui lui apporte en dot un nom sans tache... une famille honorable et honorée.
MARGUERITE, à part.
Soyez béni mon Dieu de m'avoir donné pour père un honnête
homme! (Regardant dans la corbeille.) Ah ! les liches étoffes!... (A part.) Les couleurs que je préfère !... (Haut.l Les belles perles !... (a part.) Il m’a souvent dit que les perles feraient bien dans mes cheveux!... (Haut.) Et ce mouchoir!... (a pan.) Mes initiales... Henri !... Henri !... oh! que je t'aime!...
LOUISE^ à paît»
Qu’a-t-elle donc compris?... (Haut.) Vous souriez?... en ce moment?... vous 9 ...
* MARGUERITE
Mon cœur déborde, madame!...
LOUISE
Marguerite!
MARGUERITE
Ah! vous êtes bonne! je ne pouvais moins espérer, protégée par vous!... Ah! laissez-moi vous regarder, laissez-moi vous bénir!... Vous avez voulu me laisser tout deviner!... Ah! je suis bien heureuse!... (Lui bauantia main.) Ah! madame, madame!...
LOUISE
Que faites-vous?... je ne vous comprends pas?...
MARGUERITE, lui montraut le mouchoir tn riant.
Mais regardez alors !...
LOUISE
Quoi?
MARGUERITE
Un M et un G... Est-ce que je ne m'appelle pas Marguerite Gérard ?... Comprenez-vous, enfin?...
LO U1 SE, à part.
Ah! malheureuse!
MARGUERITE
Vous vouliez peut-être laisser à Henri la joie de m'apprendre mon bonheur... Eh bien! je ne sais rien... je n’ai rien vu!...
LOUISE, à paît.
Sa joie me fait mal !
MARCUERITE.
Un moment j’ai eu peur, figurez-vous... votre silence... votre air mystérieux et froid.... tout cela m'avait troublée... mon bonheur était là, et je ne’ pouvais y croire... pourquoi y ai-je cru? je n’en sais rien!... je parle comme une folle... n’est-ce pas, madame?... Tenez, je ris et je pleure à la fois!... j’ai tant souffert, voyez-vous!... j’avais si peur de vivre éternellement loin de lui!... Mais parlez-moi donc, madame!... Ah! ce bonheur... cette joie... mon cœur éclate... Ah! laissez-moi pleurer, madame, laissez... laissez! (Elle pleure sur les mains de Looise.)
LOUISE
Ecoutez-moi, Marguerite...
Je suis une égoïste... ma mère souffre, et je garde mon bonheur pour moi seule!... et mon père!... Mon pauvre père !... il est rentré cette nuit inquiet et morne... Ce matin, les enfants sont accourus pour l’embrasser, il les a repoussés... J’ai voulu lui parler, il s’est enfermé dans son atelier sans me répondre... Je T'entendais marcher... son pas était irrégulier... tantôt lent, comme si ses pensées l’accablaient, tantôt précipité, comme si le désespoir l’emportait... Vous voyez que je dois me hâter... Je leur dirai mon bonheur... ils oublieront tout pour m’embrasser!... le voulez-vous, madame?
LOUISE; lui -donnant la lettre d’Hcuri.
Lisez.
MARGUERITE, tressaillant.
L’écriture d’Henri?
LOUISE
Une lettre qu’il vous adressait.
' ACTE Ml
MARGUERITE, prenant la lettre.
Comme vous me dites cela !
LOUISE
Lisez.
MARGUERITE, à elle-même .'
AhîmomDieu ! je n’ose pas!... Ah '.comme il faut peu de chose pour bouleverser toute une vie! (a Louise.) Vous devez savoir ce que contient cette lettre... dites-le-moi, madame... Henri... Henri ne m’aime plus... il me trahit... il m’abondonne, n’est-ce
pas?... vous vous taisez?... (o niranl la lettre brusquement.) Mais quel est donc ce malheur?... (Après a»oir lu, la rroissaut.) Oh! c’est indigne!... Signée, Henri!... Et il a osé écrire cela!... (a Louise.) C’est bien d’Henri, madame, et il calomnie mon père, le comprenez-vous?...
LolilSE.
Henri ne calomnie personne.
MAR G U E K 1 T E y avec iu<Jignaliun.
Personne!... (cherchant des yen».) Mais où est-il?... où est-il?
(Elle sonne. Joseph parait. Marguerite à Joseph.) Allez dire à monsieur
Henri que madame de Morand l’attend ! allez, allez!... (Joseph
s’c'loigne.)
LOUISE
Vous vous oubiiqz, mademoiselle.
MARGUERITE
Pardon, madame, je me souviens de mon père qu’on outrage!... Mon père... madame... mon père! (Henri entre.)