SCÈNE PREMIÈRE
J’ai toujours peur que ma honte ne franchisse mon seuil avec moi!... qu’elle ne m’ait devancé surtout!... (Tressaillant.) Ces chaises ne sont pas a leur place!... quelqu’un est venu!... qui?... non, rien n’est dérangé!... Marguerite n’est pas rentrée... Ma femme est ressortie... Je suis bien seul !... j’aime mieux cela!... je n’ose plus les regarder!... C’est égal, celte maison déserte... ce silence... il me semble que je marche vivant dans ma tombe!... non, j’entends trop ma pensée!... où SOnt donc les enfants?... (tl va à la fenêtre et regarde* ) Les voilà dans la petite cour du jardin... Jouez, riez !... Votre gaieté est ma récompense... j’écoute la vie à travers vos éclats de rire... oui, riez, vous grandirez* assez tôt et pleurerez assez vite!... Oh! je ne vous manquerai ni aux uns ni aux autres, allez! (11 va à la
table.) AU travail!.,. (Passant la main sur son front j douloureusement. ) Ah !
j’oubliais!..'. — Que serais-je pourtant devenu sans cet argent que monsieur de Morand m’a prêté?... J’accepterai n’importe quelle condition... Je gagnerai bien qnararfle pu cinquante sous par jour... et avec ces cent vingt louis... Oui, nous pourrons vivre deux ans!... deux ans!... et je rendrai à monsieur de Morand son argent!... et ma vengeance sera de lui raconter ma vie !... Ah! cet artiste aveugle qui survit à ses facultés... ce malheureux père de famille qui se déliât obscurément dans les profondeurs de son abnégation et de son dévouement... il est digne de pitié s’il est indigne de pardon ! (Trophéme coirc.)