‹ André GideChapitre 12 sur 22 · TROISIEME ACTE SCÈNE I · texte numérisé non relu

TROISIEME ACTE SCÈNE I

PHILOCTÈTE (I! entre.)

PHILOCTÈTE, bouleversé par la surprise et la douleur Aveugle Philoctète ! reconnais ton erreur et pleure ta folie ! Qu'avoir revu des Grecs ait pu ravir ton cœur... Ai-je bien entendu ? — Certes : Ulysse était assis, et près de lui Néoptolème ; ne me sachant point près, ils n'avaient même pas baissé la voix ; Ulysse, conseillant Néoptolème, lui apprenait à me trahir ; lui disait... Malheureux Philoctète ! c'est pour ravir ton arc qu'ils sont revenus jusqu'à toi ! Comme ils en ont besoin !... Précieux arc, oh ! l'uni-

que bien qui me reste, et sans lequel... (// prête Voreille) On vient ! Défends-toi, Philoctète ! ton arc est bon, ton bras est sûr. Vertu ! vertu, que je chérissais tant, solitaire ! Mon cœur silencieux s'était calmé, loin d'eux. Ah ! je sais maintenant ce que vaut l'amitié qu'ils proposent ! Est-ce la Grèce, ma patrie ? Ulysse que je hais, et toi, Néoptolème... Comme il m'écoutait cependant ! Quelle douceur ! Enfant... aussi beau, oh ! plus beau que n'était beau ton père... Comment un front si pur cache-t-il une telle pensée ? « La vertu >>, disait-il, <' Philoctète, apprendsmoi la vertu ^\ Que lui disais-je ? Je ne me souviens plus que de lui... Et qu'importe à présent ce que je pus lui dire !... (// écoute.) Des pas !... Qui vient ? Ulysse ! (// saisit son arc.) Non, c'est... Néoptolème. {Entre Néoptolème.)

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