SCÈNE I
PHILOCTÈTE, NEOPTOLEME
(Philoctète est seul, assis ; il semble accablé de douleur
— ou médite.)
NEOPTOLEME, entre en courant Que je le trouve à temps !... Ah ! c'est toi, Philoctète. En hâte, écoute-moi. Ce que nous venions faire ici est indigne ; mais, sois plus grand que nous : pardonne-moi. Nous venions... oh ! j'ai honte à le dire... te voler ton arc, Philoctète !...
PHILOCTETE Je le savais.
NÉOPTOLÈME Tu ne me comprends pas... c'est te voler ton arc, te dis-ie... Ah ! défends-toi ! ^
PHILOCTÈTE Contre qui ? Contre toi ? dis, mon Néoptolème.
NÉOPTOLÈME Non certes contre moi : je t'aime et te préviens.
PHILOCTÈTE Et tu trahis Ulysse...
NÉOPTOLÈME Et suis au désespoir... C'est à toi que je me dévoue. M'aimes-tu ? Parle, Philoclète. Est-ce que c'est là la vertu ?
PHILOCTÈTE Enfant !...
Vois ce que je t'apporte. Cette fiole a pour mission de t'endormir. Mais moi je te la donne. Voici. Est-ce di la vertu ? — Parle-moi.
PHILOCTETE
Enfant ! on ne parvient que pas à pas à la vertu supérieure ; ce que tu fais ici n'est qu'un bond.
NÉOPTOLÈME Alors enseigne-moi, Philoctète.
PHILOCÈTE Cette petite fiole était pour m'endormir, dis-tu ? (// la prend et la regarde.) Petite fiole... toi, du moins, ne manque pas ton but ! Vois-tu ce que je fais, Néoptolème ? (// boit.)
NEOPTOLEME Quoi ! malheureux, mais c*est...
PHILOCTÈTE Préviens Ulysse. Tu lui diras... qu'il peut venir. (Néoptolème épouvanté sort en courant et en criant.)