EXPLOITS DE M. DE HOFSTETTEN
L'exil des évêques de Coire et de Trente, l'emprisonnement du curé Patscheider, et tant d'autres vexations de toute sorte, avaient porté au comble le mécontentement des paysans. Ils se réunirent dans les églises et firent des processions pour obtenir le secours de Dieu ; mais, jugeant bon de s'aider eux-mêmes afin que le ciel les aidât, ils chargèrent les plus braves
d'entre eux de défendre au besoin leurs prêtres, résistant sur ce point avec leur obstination native aux instances de ces derniers.
A cette nouvelle, deux compagnies, commandées par deux majors bavarois, se jetèrent sur la vallée dans la nuit du 28 juillet 1808. Le premier Passeyerois que les soldats aperçurent au matin fut presque assommé à coups de bâton, pour avoir eu la naïve audace de dire que les gens de la vallée en auraient bientôt fini, s'ils voulaient, avec cette poignée d'hommes.
Arrivé au bourg de Saint-Martin, la troupe cerna le presbytère, et l'officier, pénétrant dans
l'appartement du curé : « Je suis ici, s'écria-til, pour arrêter un perturbateur du repos public. On excite le peuple à la révolte par des prédications violentes. Or, le roi est le père commun du pays, et ce qu'un prêtre doit enseigner, c'est qu'il faut lui obéir. » Le curé, homme très-inoffensif, protesta de son innocence.
Le lendemain, mille hommes envahissaient Saint-Martin, baïonnette au fusil, et, en même temps, M. de Hofstetten, suivi de secrétaires et
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de gens de police portant des chaînes, prenait possession du bourg, qu'il mettait « en état de siège », si bien qu'à partir de ce moment personne ne put entrer ni sortir sans un laisserpasser.
Six officiers occupèrent le presbytère, bien nourris aux frais du curé ; les principaux habitants qui s'étaient déclarés contre « les réformes de l'Église » furent emprisonnés et condamnés au pain et à l'eau.
Le 30, eut lieu un interrogatoire général qui n'eut pas le résultat souhaité, le curé et les paysans n'ayant eu aucune peine à se disculper.
Le dimanche suivant, après l'office divin, le prêtre était au confessionnal, environné d'une foule nombreuse de pénitents, quand il esè tout à coup mandé pour répondre à de nouvelles questions. Puis vint le tour de tous les serviteurs de l'église ou du presbytère; cependant toutes les accusations furent démontrées fausses.
M. de Hofstetten voulut frapper un dernier
coup. Il convoqua tous les habitants en assemblée générale.
En voyant l'orateur apparaître sur une estrade, les lunettes sur le nez, le rustique auditoire l'accueillit par un rire universel- Le commissaire n'en commença pas moins sa harangue, prouvant entre autres choses que les paysans pouvaient, dimanches et fêtes, à l'approche du mauvais temps , ensemencer leurs champs , puisque Jésus-Christ avait bien guéri un malade le jour du sabbat. « Votre curé, ajouta -til, ne vous enseigne point du tout la vraie doctrine ; le roi ne le veut plus souffrir, et il doit se retirer, p
Le curé qui, debout devant lui, l'écoutait tranquillement, ne dit mot.
Mais le casuiste gouvernemental poursuivant le cours de ses leçons fort peu évangéliques, le prêlre le réfuta tout haut. Outré de colère : ce De tels curés, s'écria Hofstetten, méritent qu'on les fusille sur place ! »
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A ces mots, toute la commune assemblée s'agite, murmure, et bientôt fait entendre une immense clameur : « Laissez le curé tranquille, il est innocent, il faut qu'il reste !... » L'orateur intimidé se dit qu'il serait téméraire d'aller plus avant, et daigna pour le moment se rendre au vœu du peuple.
Il y avait à la paroisse voisine de Saint-Léonard un vicaire ou coopérateur, nommé Hermeter, qui jouissait auprès de Hofstetten de la plus grande faveur, mais que les paysans détestaient cordialement, parce qu'il bavarisait, à l'exemple du clergé de Trente, tandis que les autres prêtres de la vallée, les religieux surtout, étaient restés fidèles à M. de Buol.
Il eut avec le commissaire de confidentielles entrevues, et lui dénonça comme vrai coupable le P. Magnus Prieth, Bénédictin fort considéré dans le pays. II est possible que ce dernier fut du nombre de ceux qui ne prisaient pas beau-
coup une certaine liberté, une certaine égalité,
ANDRÉ tfOFER
dont la Terreur, en France, et l'Illuminisme, en Bavière, avaient compromis la réputation, et
qui se permettaient d'en parler assez mal.
Ces prêtres avaient été depuis longtemps signalés par le gouvernement à l'évêque de Coire, avant son exil, pour qu'il leur imposât silence; mais Mgr de Buol avait répondu dans son style laconique : Verbum Dei non est alligatum.
Quoi qu'il en soit, Hofstetten fit subir au P. Magnus un examen d'un genre tout singulier. Il se rendit, le dimanche qui suivit sa harangue publique, à l'église de Saint-Martin, avec tout son cortège imposant, et commanda au Bénédictin de prêcher en sa présence. Le prédicateur parut donc devant ses juges, et, ne se laissant intimider ni par la vue des baïonnettes, ni par le regard inquisiteur d'Hofstetten, il parla avec tant de mesure et d'à-propos que le plus sévère critique ne put trouver un mot à reprendre.
Cependant, les gens de police et les exécu-
teurs que le commissaire royal traînait partout
après lui, furent très-occupés pendant tout ce
saint jour. L'intrus Hermeter avait dénoncé
plusieurs habitants de Saint-Martin, qui furent arrêtés et, sans forme de procès, battus de
verges, puis enfermés dans une étable.
Le peuple, durant tout ce temps, demeura tranquille, et les victimes se laissèrent saisir et entraîner sans la moindre résistance. Seulement on entendait des voix crier au commissaire : « Oh ! du moins , laissez-nous nos prêtres ! » Ces prières touchantes étaient étouffées par les clameurs des soldats hurlant une chanson dont le refrain disait: « Votre curé! demain nous le garrotterons, puis nous lui brûlerons la cervelle... »
Le lendemain, les sbires, emmenant avec eux trois de leurs prisonniers, partirent pour Méran, chargés des malédictions du peuple. Le curé fut gardé à vue dans sa chambre par un poste de soldais; puis, quelques jours après (9 août),
les Bénédictins, en possession de la cure de Saint-Martin depuis six cents ans, étaient chassés de cette paroisse, en même temps que de leur monastère de Marienberg.
Les Capucins de Méran, de Schlanders et de Mais eurent le même sort, et voici par quel honnête expédient Hofstetten instruisit leur cause.
La veille de la fête de la Portioncule, il envoya, à la tombée de la nuit, plusieurs soldats déguisés en femmes se confesser au couvent de Méran, avec ordre de s'adresser de préférence aux PP. Pérégrin et Eusèbe, tous deux extrêmement âgés. En entendant les sanglots de ces faux pénitents, et leurs lamentations sur la persécution de l'Église, les bons vieillards les consolent et leur apprennent à tirer profit du malheur des temps pour le bien de leurs âmes. Leurs paroles, commentées et arrangées par l'hypocrisie, suffirent à l'austère magistrat pour porter la sentence qu'il voulut
faire exécuter lui-même à Méran. Dans la nuit du 15 août, il se met à la tête d'une bande de soldats et vient sonner à la porte du couvent, réclamant un confesseur pour la femme mourante d'un officier. Le portier s'empresse d'ouvrir, les soldats se jettent dans la maison comme dans une place prise d'assaut, et, après les traitements les plus indignes, ils en chassent les pieux habitants. La même nuit à Schlanders et à Mais ses officiers commirent, par son ordre, le même attentat.
A Saint-Martin, on se contenta de remplacer le curé par l'intrus Hermeter, qui avait si bien mérité du gouvernement.
Ce mauvais prêtre se présenta, le 1 5 août, à la sacristie de la paroisse pour prendre possession de sa charge nouvelle. Un P. Capucin, qui était venu au secours de cette population en détresse, après avoir confessé tous' les fidèles, distribuait à tous la sainte communion. Quand il eut donné
la dernière hostie que contenait le ciboire, il
éteignit la lampe du sanctuaire, signala au peuple l'illégitimité de l'intrus et dit : « Désormais, que personne n'entre plus à l'Église. »
Tous les assistants s'enfuirent à l'instant même, et le malheureux Hernie ter célébra la messe devant les bancs vides. En vain réclamat-il auprès du gouvernement, en vain parut un nouveau commissaire, en vain les soldats voulurent traîner les paysans aux offices ; tout fut inutile.
Une femme meurt ; quelques parents portent le corps en terre, sans aucune des cérémonies de l'Église, quand tout à coup l'intrus paraît en surplis. A sa vue, les porteurs laissent là le cercueil et s'enfuient. Force est au faux curé de se retirer; ils reviennent, Hermeter accourt, ils disparaissent encore... Hermeter confus dut céder. Il ne put rester que deux mois à Saint- Martin.
Au village de Riffian, voisin du château de Tyrol, un autre intrus monte en chaire le jour
de la dédicace de l'église, — église ordinairement très-fréquentée à cause d'une image célèbre de la sainte Vierge, qui attire de tous les environs de nombreux pèlerins. — Ce jour-là, un seul homme formait l'auditoire, encore n'était-il pas de la paroisse. Le curé descendit en disant : ce J'ai fait mon devoir. », A la grand'messe, sa sœur dut servir à l'autel et présenter l'encens.
Cependant, à la vue d'une persécution qui menaçait de ruiner la foi en Tyrol, si les paysans étaient rempli d'indignation et de douleur, rien ne semblait annoncer qu'une insurrection fût prochaine. \
André .Hofer était triste, mais affectait le plus grand calme. Quand on lui parlait des calamités présentes, il se contentait de dire : a Amis, nous devons prier : le danger que court la foi est bien grand ! »
Il n'avait point de haine pour Hcrmeler ; il le pressait affectueusement d'abandonner une
position équivoque, ce qu'il obtint en effet ; mais il s'abstenait de le juger, disant qu'un homme peut faillir, sans être pour cela tout entier mauvais.
À ceux qu'il rencontrait, il répétait souvent cette maxime qu'on trouvait à Passeyer écrite .dans les plus vieux livres de prières : * Frères, prions de toutes nos forces pour l'union commune. Cet état ne peut durer ; tout est possible à Dieu, et nous pouvons, avec son aide, obtenir un meilleur gouvernement. »
PRÉPARATIFS DE LINSURRECTION ,
Hofer, cependant, pensait ne devoir pas laisser la Providence faire les choses toute seule. Indigné de la persécution dont les prêtres, dans sa vallée même, étaient les victimes, et de la servitude où gémissait son pays, il avait résolu de tout sacrifier pour délivrer ses compatriotes.
Le soulèvement général était préparé de longue main, et depuis longtemps une vaste conspiration s'ourdissait dans V ombre.
Dès le 13 novembre 1808, le kreishaupt-
mann de Bozen faisait part au gouvernement des indices les plus inquiétants : on savait vaguement que les paysans tenaient de mystérieux conventicules, préparaient des mouvements séditieux, et qu'un complot menaçait déjà d'éclater à Méran et à Brixen. On désignait même les principaux chefs, en particulier le Sandwirth. Hofstetten reçut du commissariat général l'ordre de saisir habilement la trame. Mais il eut beau citer et interroger les hommes déclarés suspects, il ne parvint pas même à tenir un des fils de cet immense réseau qui enveloppait dès lors tout Vintschgau, les vallées de l'Adige et de l'Eisack, Wippthal et Untherinnthal. Et cependant les centres de réunions clandestines étaient presque partout les hôtelleries des vallées.
Les aubergistes tyroliens étaient en général des propriétaires aisés qui avaient toujours, sinon de l'argent dans leurs coffres, du moins beaucoup de crédit et d'influence. Chez eux
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s'entassaient peu à peu les armes, les munitions et les vivres; chez eux, dimanches et fêtes, les hommes du voisinage se réunissaient pour parler des intérêts communs, et surtout pour prendre part à l'exercice du tir.
On sait à quel point le tir à la carabine est cher aux Tyroliens. C'est pour tous le divertissement préféré ; pas une vallée, pas un village qui n'ait un lieu spécialement réservé, ou du moins convenablement disposé pour ce jeu favori.
En vain le gouvernement bavarois voulutil abolir cette coutume nationale, qui lui semblait à bon droit dangereuse pour lui ; elle se maintint, surtout dans les localités éloignées des villes.
Là, des vieillards alertes comme des jeunes gens, des adolescents forts comme des hommes, rivalisaient d'ardeur et d'adresse pour loucher le but, ordinairement éloigné de cent cinquante à deux cents pas, et gagner le prix exposé par-
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mi les guirlandes de fleurs et les drapeaux aux couleurs nationales.
L'exercice du tir devenait donc une excellente école pour les futurs défenseurs du pays ; et si l'on songe qu'ils étaient presque tous de ces hardis chasseurs accoutumés dès l'enfance à grimper sur les pics les plus escarpés, à poursuivre le chamois jusqu'aux régions des glaces et au bord des précipices, sans autres armes que leur carabine et leur bâton fqyré, sans autres provisions qu'un peu d'eau-de-vie, de fromage et de pain, on comprendra facilement quels soldats Hofer allait réunir au premier signal, et quels terribles adversaires se donnaient les bureaucrates bavarois par leur imprudente tyrannie.
D'ailleurs, le chef de l'insurrection tyrolienne pouvait compter sur le secours de l'Autriche, et même il avait à Vienne un puissant et fidèle ami. C'était l'ancien gouverneur du Tyrol, l'archiduc Jean.
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Quand, au milieu de Tannée 1805, ce prince quitta le pays au grand regret d'un peuple qu'il avait paternellement gouverné, André, en qualité de député de sa vallée, fut un de ceux qui l'accompagnèrent jusqu'à Bruneck, et reçurent avec ses adieux l'espérance qu'on se reverrait un jour.
Une fois à Vienne, l'archiduc n'oublia point le Sandwirth et le choisit pour son principal confident. Se croyant permis de tourner au profit de l'Autriche l'exaspération de ces montagnards, indignement opprimés, il échangea avec l'aubergiste et ses amis une secrète correspondance confiée à de fidèles messagers, qui passaient impunément d'Autriche en Tyrol suivant les sentiers des chasseurs au milieu des montagnes.
Pour plus de précaution, les communications
délicates se dérobaient à l'œil des plus malins
fonctionnaires sous des formules allégoriques
comprises de ceux-là seuls qui avaient la clé
de l'énigme. Il s'agissait ordinairement d'un fiancé forcé par une longue absence d'interrompre des relations avec une bonne famille tyrolienne, et qui, forl désireux de les renouer, proposait à cet effet certains moyens, en apparence les plus pacifiques du monde. Le dernier message de l'archiduc Jean, à la date du 22 décembre 1808, invitait Fr. Nessing, cafetier à Bozen, Pierre Hùber ou Grùber, aubergiste à Bruneck, et le Sandwirth à se rendre à Vienne, pour convenir des dernières mesures à , prendre. Ce billet était écrit au nom du prince par un Tyrolien, Antoine Steger, armurier de l'empereur, et adressé à Nessing.
* Monsieur et cher cousin, disait-on, enfin le fiancé est tout décidé à aller bientôt lui-même chercher sa promise... En lisant le billet désolé que celle-ci lui adressait : « Est-ce ma faute ce à moi, s'est-il écrié en branlant la tête, si oc Ton ne m'a pas permis plus tôt de l'épouser! « Mais elle se réjouira d'autant plus qu'elle
t a plus longtemps attendu et souffert. »
«De fait, elle peut se vanter d'être heureuse, car elle ne trouvera pas au monde un si brave, un si bel homme. Le fiancé m'a donc pressé d écrire sans retard au père de la mariée, et de l'inviter à se rendre ici le plus tôt possible au festin des noces, avec ses bons amis et frères de la vallée de l'Adige, et aussi ceux de l'Innthal, sans oublier le Barbon (surnom d'Hofer). Que ne sont-ils ici déjà ! Cher monsieur et cousin, faites bien toute chose, préparez les conviés à la noce. J'ai charge de vous le dire ;• car tout doit être si proprement ordonné que rien de tel ne se soit jamais vu. Le fiancé, vers la fin de janvier, se rendra à Grselz, pour s'occuper des diamants, et de là, il ira voir sa future épouse. Dieu leur donne bénédiction et bonheur ! Ici, rien de nouveau, sinon que les Espagnols, à cette heure, doivent être battus. Les Français sont quand même de bons et braves soldais... »
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" Sur cet avis, nos trois Tyroliens partaient pour Vienne le 1 6 janvier. A peine arrivés, ils eurent avec le prince de fréquentes entrevues dans lesquelles le plan de délivrance fut définitivement arrêté. Ils promettaient au nom de
• leurs compatriotes de se soulever au premier signal et de profiter de leurs relations avec les Grisons et les Suisses pour opérer un mouve-
• ment qui se communiquerait bientôt à la Souabe d'un côté, au Piémont de l'autre. Après s'être entendu avec l'archiduc et le baron de Homayr, intendant au 8 e corps d'armée, sur toutes les questions de temps, de lieux et de personnes, les voyageurs reprirent la route des montagnes, et, se divisant le pays, se mirent à parcourir les communes où chacun d'eux comptait le plus d'amis. Comme on peut le deviner, la plupart étaient encore des aubergistes. Hofer fit entre autres deux conquêtes importantes en la personne de Jacob Sieberer, de Saint- Jean, à qui sa bravoure avait précédemment mérité
le brevet de major, et de Joseph Straub, de Hall, l'un des héros de l'insurrection.
Après avoir parcouru les environs de Salzbourg et les vallées de Brixen, de Ziller, de l'Inn et de Wipp, André regagna Passeyer, sans qu'un seul Bavarois soupçonnât rien de son périlleux voyage. Bientôt, tous les gens de Passeyer, de Vintschgau, du Nonsberg, du Sulzberg (Val di Non e di Sole) se racontèrent tout bas l'entrevue de Vienne, et jurèrent de seconder le Sandwirth.
O serait toutefois une erreur de croire que les paysans seuls conçurent le projet de la délivrance. Hofer rallia à sa cause les plus nobles familles du pays aussi bien que les montagnards, et, pour citer un exemple, voici comment, la lutte déjà engagée, il gagna trois jeunes gentilshommes et sut les entraîner avec lui.
Un jour, il se rend à un château (1) habité
1. Il se nomme aujourd'hui Windeck et les touristes le visitent souvent.
par Népomucène deSchasser et ses deux frères. A peine entré, le Sandwirth, un grand rosaire et une image de la sainte Vierge au cou, adresse aux nobles habitants la salutation tyrolienne : « Loué soit Jésus-Christ. > Et tout aussitôt : a Je me suis arrêté ici pour dire qu'on doit partir pour délivrer la patrie. » Les trois jeunes gens d'applaudir. Mais la jeune femme de Népomucène fond en larmes à ces mots ; en vain son mari la console ; en vain l'aïeule, avec un courage vraiment Spartiate, lui répète qu'après tout il est beau de mourir pour son pays ; ni ces belles maximes, ni ces tendres exhortations ne calmaient une trop légitime douleur.
Cependant, comme l'exigent les lois de l'hospitalité tyrolienne, une bouteille de vin avait été placée devant l'étranger. Celui-ci se lève et, portant la santé de la jeune dame :
« Longue et heureuse vie, Madame, dit-il; mais, de grâce, laissez- moi tout doucement
emmener votre mari, et ne pleurez pas trop, de peur que votre petite Fanny, qui est dans vos bras, ne s'éveille et ne se désole, *
La victoire était remportée, et la jeune femme debout tendait la main au Sandwirth, qui, la secouant fortement : e Voilà, s'écriat-il 9 une bonne Tyrolienne ! »
« Mais, mon brave, interrompit Népomucène de Schasser, quel mauvais sabre avez-vous là? cela ne peut aller ainsi. » — a Oh I dit Hofer, qu'importe le sabre, si le cœur est bon ? *
Mais déjà le gentilhomme lui ceignait au côté son épée de Hauptmann, dont la poignée figurait une croix.
Cette épée, portée par le Sandwirth jusqu'au jour où le feld-maréchal Schasteler lui donna un sabre d'honneur, dut une particulière célébrité au drame historique d'Immermann : « une Tragédie en Tyrol (1). » (1827.)